Archives mensuelles : mars 2015

Angkor : Les Rois Bâtisseurs.

imagesÂme du royaume khmer, les temples d’Angkor représentent la fierté nationale des Cambodgiens, (c’est d’ailleurs l’emblème de leur drapeau), un lieu de pèlerinage pour les Dieux Shiva – Vishnou – Brama, et surtout une somptueuse beauté pour nos yeux. Les centaines de temples qui subsistent ne constituent que la partie sacrée de l’immense centre politique, social et religieux de l’ancien Empire khmer, une cité qui comptait, à son apogée au IX ème siècle, 1 million d’habitants. Les constructions en bois pour les maisons , les bâtiments publics ,les palais ont disparu au fil du temps. La brique et la pierre étaient réservées aux édifices sacrés, dont certains font partie des merveilles à visiter, le tout étant disséminé sur une trentaine de kilomètres autour de Siem Reap.
Angkor Vat ou Angkor Wat est le plus grand des temples du complexe monumental d’Angkor au Cambodge . Il fut construit par le roi Suryavarman II au début du 12ème siècle en tant que temple de son état et capitale. Temple le mieux préservé d’Angkor, il est le seul à être resté un important centre religieux depuis sa fondation, premièrement hindou et dédié à Vishnou, puis bouddhiste. Le temple est le symbole du style classique de l’architecture khmère. C’est le lieu touristique principal du pays.
Angkor Thom était la cité royale construite par le roi Jayavarman VII (qui régna probablement de 1181 à 1220)
À l’intérieur de cette enceinte, se trouvent les ruines de palais, de temples et d’autres bâtiments, envahies par la forêt. Les principales sont : Les vestiges du Palais Royal, le Phiméanakas, la Terrasse des Eléphants, la Terrasse du Roi Lépreux, Le Bayon, les deux petits temples bouddhiques le Preah Palilay et le Tep Pranam, deux édifices dont on ne connait pas ce pourquoi ils ont été construits le Khléang du Nord et le Khléang du sud, douze petites tours à usage festif appelées Prasat Sour Prat. Angkor Thom avait un système de gestion de l’eau très perfectionné.
Ta Prohm est un temple construit sur le modèle du Bayon à la fin du 12ème siècle. il a été érigé par le roi Jayavarman VII comme monastère et université bouddhique sous le nom Rājavihara (le monastère du roi). À la différence de la plupart des autres monuments d’Angkor, Ta Prohm a été laissé dans un état proche de sa re-découverte au début du 20 ème siècle. Ses murs recouverts de racines géantes rendent sa visite trés attractives et différentes des autres lieux.
Banteay Srei est situé à 20 kms au Nord-est, ce temple en grès rose et dédié aux femmes est le plus beau de tous, c’est celui qui se trouve dans le meilleur état de conservation. Il a été achevé en 967 sous le règne de Jayavarman V.
Le groupe de Roluos à 10 kms au sud-est est compsé de trois temples : Lolei construit en 893 par le roi Yasovarman, Le Preah Kô consacré en 880 et le Bakong consacré en 881 sous le règne d’Indravarman I.
Les principaux autres temples et sites sont :

A l’Est : Thommanon, Chau Say Tevoda, Spean Thma, Ta Nei, Ta Keo, la chapelle de l’hôpital, le Banteay Kdei, le Srah Srang, le Prasat Kravan et Bat Chum.
Sont aussi répartis sur le site : Prè Rup,Le Mébon Oriental, Banteay Samre, le Preah Khan, Neak Pean, Krol Kô, Ta som, Le mébon occidental, Ak Yum, Phnom Krom, etc…..

Pour découvrir l’essentiel d’Angkor trois jours sont nécessaires, pour une découverte plus détaillée il faut y consacrer de 5 à 7 jours et être accompagné d’un guide compétent qui ne vous laisse pas le temps de s’ennuyer tant ce lieu magique est riche d’histoire mais aussi de légendes qui vous feront rêver encore bien longtemps après votre retour. Ces visites peuvent être entre autres entrecoupées par des excursions sur le Lac Tonlé Sap qui est le plus grand d’Asie du Sud-est, il couvre plus de 10 000 kms² en période de hautes eaux, de nombreux villages authentiques sont également accessibles au départ de Siem Reap ainsi que des réserves naturelles.

UN VILLAGE DE TISSERANDES DE SOIE NATURELLE.

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Au cœur du Cambodge se trouve le district de Phnom Srok qui comprend plusieurs villages construit autour d’un lac artificiel, ce dernier long de 12 km et large de 9 km a été construit durant la période khmère rouge et sa construction a couté la vie à des milliers de pauvres cambodgiens réduits à l’esclavage.

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Dans ces villages la population fait pousser des muriers et élève des vers à soie qui servent à produire des fils de soie 100% naturels.

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Wam Tour vous propose des balades dans ces villages pour découvrir tout le processus de fabrication jusqu’aux métiers à tisser ancestraux ou il vous sera possible d’acquérir de magnifique étoles directement auprès de celles qui les ont fabriqué.
Nous entrecouperons cette visite d’un pique-nique que vous pourrez déguster au bord du fameux lac qui sert à irriguer des centaines d’hectares de rizières permettant ainsi plusieurs récoltes annuelles.
Gérard THEVENET – WAM – Agence de voyage locale francophone indépendante au Cambodge.

LA LÉGENDE DU TEMPLE D’ATTHAROEUS

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Dans tout le Cambodge, les bouddhistes khmers ont l’habitude, selon une coutume fermement conservée depuis l’ancien temps, de construire des temples qui donnent à l’est. Mais nous trouvons également un temple qui donne au nord. C’est le temple d’Attharoeus (en pali, attharasa : dix-huit) situé sur la colline de Préah-Réach-Troap, « Fortune-Royale », dans le canton de Ponhéa-Lü, province de Kandal. Et cela est si étrange que nous avons fort envie d’en savoir la raison.
Voici l’histoire de ce temple :
Au XIIIe siècle de l’ère chrétienne, à la fin de l’époque angkorienne, l’empereur de Chine dépêcha plusieurs groupes d’envoyés afin de faire des recherches, des enquêtes dans divers pays pour savoir quelles civilisations ils avaient. Si un pays avait une culture florissante, il fallait le signaler à la Chine qui prendrait alors ce pays comme ami. Si un pays avait une civilisation terne, la Chine l’aiderait ou le prendrait comme vassal.
Alors les envoyés chinois pénétrèrent dans tout le pays khmer pour y effectuer des recherches et des enquêtes et revinrent pour informer leur roi par ces mots :
— Le Cambodge est prospère et florissant, mais il est un peu plus terne qu’auparavant. Les habitants marchent pieds nus, mangent avec leurs doigts, ils ont la tête nue et n’utilisent pas de techniques commodes. Mais cela ne durera pas longtemps, le Cambodge sera de nouveau plus prospère et florissant qu’avant.
Ces envoyés le savaient parce qu’ils avaient vu tout d’abord un endroit dont le traité des astrologues chinois prédisait qu’il donnerait de bons résultats divers pour le pays. Et cet endroit était la colline de Préah-Réach-Troap dans le canton de Ponhéa-Lü, province actuelle de Kandal. Les envoyés chinois avaient vu que cette colline avait la forme d’un mokâr (en sanscrit makara : grand animal marin : crocodile ?) , animal sur le corps duquel est maintenant le monument funéraire Trai Troeung (C’est le paradis où il y a 33 dieux dont Indra est le souverain suprême), sur sa tête et ses moustaches le monument Tontim, et sur sa queue la statue du Bouddha mourant. De plus, sur cette colline, se trouvait une grotte dont la profondeur allait jusqu’en bas. Les Chinois virent que dans peu de temps le mokâr sortirait de cette grotte. Puis le traité des astrologues chinois prédisait que si un pays ou un endroit voyait surgir un mokâr, ce pays aurait une puissance large et florissante. Les autres pays ne pourraient plus le battre. A cause de cela, pour la sécurité de la Chine dans l’avenir, tous les mandarins chinois firent une pro-position à leur empereur en ces termes :
— Il faut lever une armée pour aller combattre et prendre le Cambodge en le transformant définitivement en pays vassal. L’empereur de Chine réfléchit et dit :
— Si nous agissons de cette façon, c’est comme si nous violions tout à fait ce pays. D’autre part le Cambodge est encore puissant et florissant. Nous ne pouvons pas le battre facilement. Si la Chine bat le Cambodge à la guerre, elle aura des difficultés en raison de la perte de nombreux soldats et de la détresse qui gagnera la population.
C’est pourquoi, pour empêcher le mokâr de surgir dans cet endroit, les Chinois voulaient obstruer fermement la grotte de cette colline d’une façon ou d’une autre. Alors ils pensèrent :
— Si nous prenons des pierres pour obstruer cette grotte, nous craignons qu’un jour les Khmers ne comprennent notre idée et ne les soulèvent. Pour cela, il faut quelque chose d’honoré par les Khmers.
Alors les Chinois virent que le Cambodge était très attaché à la religion bouddhique. Partout où il y avait une
statue du Bouddha, il y avait un temple. Les Khmers n’osaient pas démolir un tel endroit. C’est pourquoi l’empereur de Chine ordonna aux mandarins de venir demander à ceux-là la per-mission de construire un temple sur le sommet de la colline Préah-Réach-Troap. Après avoir obtenu leur autorisation, les Chinois bâtirent d’abord une statue de Bouddha selon le style khmer. Puis ils construisirent un temple abritant la statue du Bouddha selon la tradition khmère mais aussi selon le traité d’astrologie chinoise. C’est à cause de cela que ce temple donne vers le nord, c’est-à-dire qu’il est orienté vers la Chine. Quant au nom de ce temple, on ne sait pas comment les Chinois l’appelèrent. Mais les Khmers qui virent dans ce temple une très grande statue de Bouddha,’ Vainqueur-des-démons, d’une hauteur de dix-huit coudées, nommèrent le temple d’Attharoeus, ce qui signifie « Temple-(du Bouddha)-de-dix-huit-coudées ».
Par la suite, l’empereur de Chine envoya ses mandarins apporter trois énigmes à résoudre au roi du Cambodge. Si le roi khmer ne pouvait pas expliquer ces trois sortes d’énigmes, le Cambodge serait sous la domination de la Chine et devrait apporter chaque année des tributs à son empereur. Ces trois énigmes de l’empereur chinois, nous allons les relater.
D’abord un mandarin chinois, le rapporteur de l’empereur de Chine pour les énigmes à faire résoudre par le roi du Cambodge, se leva devant le souverain et tous les mandarins khmers, et fit les gestes suivants :
Première énigme : Le mandarin chinois courba le dos, tendit les deux bras comme quand on embrasse quelque chose de très grand.
Deuxième énigme : Le mandarin chinois serra un poing et le leva à la hauteur de son visage.
Troisième énigme : Le mandarin chinois tendit le bras vers l’avant et déploya raidement les cinq doigts.
Ensuite il fixa une date au roi du Cambodge et dit :
— Dans sept jours je reviendrai vous saluer pour vous demander de me donner les solutions.
Le roi du Cambodge eut du chagrin et ordonna à tous les mandarins de s’efforcer de réfléchir et de trouver ces énigmes. Parmi tous ces mandarins, personne ne put résoudre ces énigmes. Alors le souverain leur ordonna de battre du gong pour chercher un homme ayant assez d’intelligence pour les résoudre.
A ce moment-là, il y avait un bouvier qui voyait ces gens en réunion. Il s’en approcha, resta debout pour écouter et répondit :
— Ces trois énigmes sont très faciles à résoudre :
Première énigme : mettre les deux bras en rond se traduit par une nasse à poisson.
Deuxième énigme : serrer le poing et le lever se traduit par une pique.
Troisième énigme : déployer les doigts et les tendre en avant signifie qu’on a trouvé cinq poissons.
Ayant entendu, tous les gens réfléchirent et lui demandèrent :
— Tu plaisantes ou non ?
Cet homme lui répondit :
— Ces trois énigmes se traduisent vraiment ainsi.
Les habitants rapportèrent ses paroles pour en informer le mandarin qui frappait du gong. Il emmena le bouvier pour le présenter au grand souverain. Quand le roi demanda à cet homme la résolution des trois énigmes, celui-ci salua et lui dit discrètement :
— La première énigme veut dire qu’il y a un territoire qui est notre pays khmer.
— La deuxième énigme veut dire qu’il y a un souverain qui règne sur ce territoire.
— La troisième énigme veut dire qu’il y a cinq ministres qui travaillent et s’occupent des affaires du peuple en secondant leur souverain.
Le jour fixé étant arrivé, les mandarins chinois entrèrent saluer le roi khmer et lui demandèrent les solutions. Le souverain khmer prit la parole et appela le bouvier afin qu’il résolût les énigmes. Alors, après avoir rendu hommage à son roi, le bouvier résolut ces trois devinettes devant les mandarins chinois par ces mots :
— Première énigme : il reste un chakrâva (en pâli cakravala : litteralement « cercle ou sphere »; sorte de rang de montagnes superposées encerclant le monde) pour arriver au chakrâva où nous habitons actuellement.
— Deuxième énigme : dans ce chakrâva il y a un énorme mont Sumérus (C’est le mont Méru).
— Troisième énigme : dans ce chakrâva il y a cinq Bouddha.
Les mandarins chinois acceptèrent comme justes les solutions des trois énigmes. Ensuite ils se prosternèrent et prirent congé du roi du Cambodge pour aller informer leur souverain. L’empereur chinois demanda qu’on noue désormais une amitié avec le Cambodge sans jamais chercher de querelles.
Quant au bouvier, le roi du Cambodge lui donna une grosse fortune et lui attribua le titre de dignitaire de Thnenh-Chey-Bândit.
Fort longtemps après, le temple d’Attharoeus tomba en ruine ; il n’en resta que la pierre de bornage et la statue du Bouddha.
A l’époque de Lovèk, Chan Réachéa, le grand souverain comblé de mérites bouddhiques, donna l’ordre de construire un nouveau temple. Quant à la statue du Bouddha, elle resta intacte et inchangée et elle n’a été qu’à peine réparée.
Mais à cause du mauvais état de ce temple, Sa Majesté le roi Norodom, l’auguste personne, utilisa de l’argent venu du trésor royal et des quêtes chez les gens du royaume pour cette reconstruction dont le chef du clergé Tieng dirigea en personne les travaux. Ce nouveau temple fut terminé et on en fit le bornage rituel en 1911 durant le règne de Sa Majesté Sisowath.

Les pagodes de Phnom Pros et Phnom Srey

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LA « COLLINE-DES-HOMMES » ET LA « COLLINE-DES-FEMMES »

Si nous faisons le voyage de Phnom Penh à Kompong Cham, en prenant la route nationale numéro 7, arrivant à la borne kilométrique 116 et regardant au nord-est, à notre gauche, à une distance d’un kilomètre de la route na¬tionale, nous voyons deux collines qui se dressent côte à côte, mais celle de l’est est plus haute que celle de l’ouest. La plus haute s’appelle Phnom Srei, « colline-des-femmes », et la moins haute est dénommée Phnom Pros, « colline-des-hommes ».
Voici la légende concernant ces collines :
II y a fort longtemps, une reine nommée Srei Ayuthyéa régnait dans le pays des Khmers. Comme elle était souveraine régnante, personne n’osait la demander en mariage pour en faire son épouse. C’est donc elle qui demanda en mariage un bel homme qui lui plaisait. Suivant l’exemple de la reine Srei Ayuthyéa qui avait choisi son époux, les femmes qui étaient sous son auguste autorité firent de même.
Durant ce règne, il était pitoyable de voir certaines femmes qui, ayant un physique désavantagé, demandaient les hommes en mariage ; ceux-ci les refusaient. Ils acceptaient seulement de belles femmes à prendre comme épouses. Cela dura tout le règne de cette souveraine.
Au cours du règne qui suivit, les femmes tinrent réunion et dirent :
– A présent, c’est indigne pour nous, les femmes, d’allerdemander les hommes en mariage. Pour cela, nous allons prendre de la terre pour en élever des collines et nous proposons un pari aux hommes : eux, avec de la terre, devront élever une colline et nous, les filles, ferons de même. Parions ensemble.
Si les hommes perdent, ceux-ci, à leur tour, devront nous demander, nous, les femmes, en mariage.
Après avoir réfléchi à cela, elles allèrent proposer aux hommes le projet de pari comme il a été dit. On choisit des « chefs-de-recrutement » qui furent chargés d’aller quérir en grand nombre des participants et des participantes. Du côté des hommes, il y eut un « chef-de-recrutement » qui alla rassembler les hommes, de même du côté des femmes. Des hommes et des femmes étant rassemblés en nombre suffisant, ils parlèrent entre eux :
– Nous tous, nous devrons transporter de la terre jusqu’à l’apparition de l’étoile du matin. Tant qu’elle ne se lèvera pas, nous ne devrons pas nous arrêter.
Ceci étant accepté, ils transportèrent de la terre en la mettant sur les épaules ou sur la tête selon la force de chacun.
A un certain moment pendant la nuit, après trois ou quatre heures de travail, les femmes, plus intelligentes, hissèrent une petite lanterne, le plus haut possible, du côté nord-est de la colline. Les hommes, voyant cette lanterne que les femmes avaient hissée à l’aide d’un bambou, la prirent pour l’étoile du matin. Ils cessèrent de travailler et s’endormirent tous sans exception pendant que les femmes transportaient de la terre jusqu’au lever de la vraie étoile du matin.
Au premier chant du coq, les hommes se réveillèrent, virent la véritable étoile du matin et s’exclamèrent :
– Nous tous, nous avons commis une erreur, la vraie étoile du matin vient de paraftre.
Puis ils jetèrent leur regard sur la colline faite par les femmes, plus grande et plus haute que la leur. Ils se sentirent humiliés d’avoir été joués par les femmes.
A partir de ce moment-là jusqu’à nos jours, ce sont les hommes qui demandent les femmes en mariage.

LE CROCODILE ET LE CHARRETIER

Il était une fois un crocodile qui vivait dans un grand étang. Quand la saison sèche arriva et que le lac fut asséché, ce crocodile ne put plus y rester. Il grimpa sur la rive à la recherche d’un endroit où il y aurait de l’eau.
Un jour, un vieillard conduisant une charrette, le rencontra en train de ramper au milieu de la route.
Le crocodile pria le vieillard de le prendre dans sa charrette et alors ce dernier lui demanda :
– Mon petit-fils, où veux-tu aller ?
Le crocodile répondit :
– Je n’ai plus d’abri, car l’étang où je vivais est maintenant asséché ; je ne peux plus y rester ; alors je pars à la recherche d’un lac, d’une rivière ou d’un fleuve qui ait de l’eau pour vivre. Si vous avez pitié de moi, grand-père, emmenez-moi dans un endroit où il y a de l’eau et déposez-moi là-bas.
Ayant accepté, le vieillard détela alors les bœufs, souleva l’animal et l’allongea sur la charrette. Comme le crocodile avait peur de tomber, il demanda au charretier de l’attacher solidement sous la charrette. Le vieillard fit selon les paroles de l’animal. Enfin, il attela les bœufs et partit. Lorsqu’ils arrivèrent à un étang où il y avait de l’eau, le vieillard arrêta la charrette, détela les bœufs, puis délia le crocodile. Il dit :
– Il y a assez d’eau dans cet étang, rampe et va vivre là.
Mais le crocodile était un animal très ingrat. En plus, comme il était affamé et qu’il était privé de nourriture depuis des jours, il dit au vieillard :
– Grand-père, tu m’as ligoté sous la charrette. J’en ai beaucoup souffert. Il faut que tu me donnes à manger un de tes bœufs pour t’acquitter. Mais si tu ne me le donnes pas, je vais te dévorer à l’instant même.
Ayant entendu cela, le vieillard eut très peur, alors il dit en le suppliant :
– Eh crocodile ! Tu me dois de la reconnaissance, c’est moi qui t’ai conduit ici, et dire que maintenant tu veux me dévorer ! Je n’ai commis aucune faute. Tu ne devrais pas me tuer. S’il en est ainsi, je ne suis pas d’accord. Attends que j’aille chercher un juge pour décider de l’affaire et j’obéirai à sa sentence.
Le crocodile consentit à cela et dit :
– Oui grand-père, va chercher n’importe quel juge. Vas-y vite, je t’attends ici.
Le vieillard, des bananes à la main, alla chercher un juge. Il rencontra un lièvre sur un tertre. Le lièvre, voyant le vieillard porter les bananes et traverser la forêt dans sa direction, lui demanda :
– Grand-père, pourquoi avez-vous les yeux pleins de larmes ? Quel malheur avez-vous rencontré ? Venez ici.
Alors le vieillard lui raconta toute son histoire avec le crocodile. Le lièvre, ayant entendu cela, dit à ce dernier :
– Oui, le crocodile est un animal qui n’a pas de gratitude envers vous ; j’accepte de devenir juge. Grand-père, n’ayez pas peur. Donnez-moi ces bananes à manger et puis, nous irons ensemble.
Le vieillard tendit alors les bananes au lièvre. Une fois que ce dernier eut fini de manger tous ces fruits, ils s’en allèrent ensemble vers l’endroit où le charretier et le crocodile s’étaient arrêtés. Etant arrivé, le lièvre dit au crocodile :
– Eh bien crocodile, tu étais égaré dans la forêt, tu ne savais pas où aller, c’est pourquoi le grand-père a eu pitié de toi et a accepté de te prendre dans sa charrette. Maintenant que tu es arrivé à un endroit convenable pour vivre, pourquoi te montres-tu si ingrat envers lui et veux-tu même Se dévorer ? Quel mal a-t-il donc fait ?

Le crocodile répliqua :
– Oui, il est vrai, Monsieur le juge, que ce grand-père a accepté de me prendre dans sa charrette, mais il m’a beaucoup maltraité. II m’a ligoté tellement fort que je n’arrivais presque plus à respirer. Il m’a fait souffrir ainsi, c’est pourquoi je me suis mis en colère. Il faut qu’il me donne un de ses bœufs à manger et s’il s’y refuse, je dois le dévorer.
Le lièvre arrangea sa réponse suivant la situation :
– Eh bien grand-père, vous l’avez attaché trop fort, c’est pour cette raison qu’il s’est fâché ; mais pourquoi l’avez-vous serré si fort qu’il ne pouvait plus remuer ?
Le vieillard lui répondit :
– Oh non, je ne l’ai pas serré très fort, je l’ai attaché tout juste pour qu’il ne tombe pas.
Le lièvre reprit :
– Hé ! Le plaignant prétend qu’on l’a serré trop fort et l’accusé déclare que c’est juste assez pour ne pas tomber ; tous les deux, vous n’avez personne comme témoin, ainsi crocodile tu dois remonter sur la charrette pour que le grand-père t’attache de nouveau. Je vais voir si c’est trop serré ou non. De cette manière, je peux rendre la justice en toute équité.
Le crocodile qui était un animal sot grimpa sur la charrette et le vieillard prit les liens et le lia comme avant. Alors le lièvre demanda au crocodile ;
– Eh bien crocodile, grand-père a-t-il attaché fort de cette façon ?
L’animal rétorqua :
– Oh non, avant il m’a attaché plus fort que cela, s’il m’avait attaché comme en ce moment, je ne me serais pas mis en colère contre lui.
Le lièvre continua encore :
– Grand-père, serrez-le doublement plus fort que cela, pour qu’il soit d’accord.
Le vieillard serra encore plus fort les liens. Le lièvre demanda :
– Eh crocodile, cette fois, est-ce que c’est aussi serré que la dernière fois ?
Le crocodile répondit :
– Non, ce n’est pas aussi fort qu’avant.
Le lièvre commanda au vieillard :
– Grand-père, allez couper du bois pour faire des traverses afin de pouvoir le resserrer solidement.
Ayant suivi ses conseils, le vieillard resserra de tous les côtés le crocodile très fort au point que celui-ci ne pût plus respirer. Il répondit :
– Auparavant, il m’a serré très fort de cette façon. Seigneur ! Personne ne peut le supporter. Soyez témoin. Qui dit le mensonge et qui dit la vérité ?
Le lièvre, voyant que le crocodile ne pouvait plus bouger, commanda au vieillard :
– Qu’attendez-vous donc ? La grande hache sur la charrette, pourquoi ne la prenez-vous pas pour l’abattre ?
A quoi bon laisser vivre un tel ingrat qui oublie le bien qu’on lui a fait ?
Le vieillard, trouvant que l’occasion lui avait été favorable puisque le lièvre parlait ainsi, s’empressa d’arracher sa grande hache et fendit la tête de l’animal et le coupa en plusieurs morceaux, grands et petits. Le crocodile trouva aussitôt la mort.
Le lièvre conseilla au charretier :
– Sa queue, grand-père, vous pouvez la faire fumer afin de la conserver pour en mettre dans des soupes et des salades.
Le vieillard fit tout ce que le lièvre lui conseillait et offrit à ce dernier des bananes et des concombres pour lui avoir évité la mort.
Ensuite, il attela les bœufs, prit congé du juge lièvre et regagna son domicile.

La vie merveilleuse de Noix-de-Coco

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Cette histoire dirait qu’elle débuta en 1038. Beaucoup plus exactement nous dirons qu’elle commença en l’année du Rat, ère du Cheval. Le mois importe beaucoup, car c’était celui du Crabe — qui, chacun le sait, est des plus néfastes. Pour comble de malheur, l’étoile Hau était au plus haut du ciel, signe évident de calamité.
Qui naît au moment où l’étoile Hau est au sommet du ciel, dans le mois du Crabe de l’année du Rat, est évidemment soumis aux plus déplorables influences! On conçoit qu’avec ces conditions de départ dans la vie, le jeune Kadop eut une existence complètement en dehors de la normale…
Sa naissance fut elle-même entourée des circonstances les plus extraordinaires. Sept jours avant que Kadop vînt au monde, sa mère était allée se baigner dans une source et n’avait aucune idée d’avoir un enfant. A peine se fut-elle plongée dans l’eau fraîche que soudain la vasque de pierre où elle s’était étendue se trouva sèche, absolument sèche comme si, depuis des lunes, des feux de bergers y avaient été allumés.
Aussi, après un présage si étonnant, personne dans le village cham où vivait le charron Pan, personne ne fut étonné que Jong, la jeune femme de celui-ci, annonçât qu’elle allait avoir un enfant. Tout le monde fit des voeux pour que ce fût un garçon, car les pauvres gens n’avaient eu jusque-là que des filles, progéniture sans valeur aucune.
Ce fut un garçon… Sans en entendre davantage, le charron alla remercier la déesse brahmanique Baghâvâti Uma, épouse de Çiva. Après s’être incliné dans le temple de briques rouges en forme de bouton de fleur, il s’en retourna tout bonnement cercler ses roues de chariot. Mais le soir, quand il revint, les voisines, les cheveux épars, lui apprirent que son fils n’avait ni bras ni jambes et était rond comme une noix de coco.
— Bah! dit Pan le charron, que quelques coupes d’alcool de riz avaient rendu optimiste. Bah! Nous l’appellerons Noix-de-Coco et voilà tout…
Tout de même, comme il craignait le mauvais
sort, il eut l’idée de pratiquer ce qu’on appelait le rachat. Au matin, il alla déposer son enfant sur le bord de la route que suivent les villageoises pour se rendre au marché, puis il se cacha derrière un buisson. Une vieille femme entendit crier et se pencha sur le nouveau-né.
— Ô mon petit morceau, dit-elle apitoyé. Trois âmes et sept Esprits de vie, que fais-tu là. ? Qui a eu le coeur assez dur pour t’abandonner ? Ah! si ma fille pouvait t’adopter… Mais elle a déjà tant à faire avec ses six enfants!… Et moi, ma poitrine desséchée ne pourrait te nourrir.
— Oh! le joli petit enfant que vous avez trouvé là, dit le charron en se montrant. Si vous ne pouvez l’élever, voulez-vous me le vendre ? Je vous en offre trois cents sapèques. C’est une somme!…
La villageoise, tout heureuse de l’aubaine, ne demanda pas mieux que d’accepter. Pour ne pas en perdre l’habitude, elle marchanda et l’accord se fit pour trois cent dix-huit sapèques, plus quatre chiques de bétel. Chacun s’en fut content, la vieille mâchonnant sa noix d’arec et le charron heureux d’avoir repassé à une autre le mauvais sort que Noix-de-Coco pouvait avoir apporté dans la maison.
Cet enfant fut étonnant de précocité. A sept mois, il savait non marcher mais se diriger en roulant sur lui-même; à trois ans, il parlait couramment; à cinq ans, sans se tromper, il vous récitait toute la généalogie des dieux brahmaniques — et c’est fort compliqué! — y ajoutant, pour peu que vous insistiez, les principales prescriptions de la religion islamique que pratiquaient les Chams Banis. A sept ans, chose plus utile que d’être savant en théologie, il pouvait à merveille garder les chèvres.
Aussi fut-ce d’une manière toute naturelle qu’il demanda à sa mère d’aller trouver le Roi et de le prier humblement d’admettre le petit, tout-petit Kadop comme gardien des troupeaux.
A la vérité, ce n’était guère le moment d’aller trouver le grand Indravarman. Dans le village de Ka Jong, on n’avait connaissance des nouvelles du royaume que plusieurs lunes après les événements. D’ailleurs, une bonne récolte, les pluies, les méfaits du seigneur Tigre n’étaient-ils pas d’une autre importance que ce qui se passait à la cour de Vijaya ? Aussi les habitants étaient-ils excusables d’ignorer que le royaume cham s’était scindé en deux et qu’il y avait maintenant deux États : celui de Phan rang, dans le Sud, au Pandarang, et celui de Cha ban, au Nord. Et personne ne pourrait blâmer les pauvres bûcherons isolés dans la forêt de n’avoir pas appris que le royaume du Nord était envahi par les Annamites et que le glorieux Indravarman II, après avoir perdu le sud de son royaume, se faisait dépouiller maintenant du nord_ de ses ltats par l’empereur du Dong khi.
— Aller trouver le Grand Indravarman ? dit la mère (car elle ignorait que le roi cham était en fuite), Mais c’est folie!… Tu n’as ni pieds ni mains, j’ai chaque jour peur que tu ne perdes mes trois chèvres et tu veux garder les buffles du Roi!… C’est insensé!
Mais Noix-de-Coco insista tellement qu’elle se mit en route pour le Palais. Elle ne fut pas trop étonnée de voir que les maîtres avaient changé. Mais qu’importe qui les gouverne pour de pauvres charrons : ils n’en paieront pas moins un impôt, chaque année plus élevé, et les typhons ravageront toujours les rizières.
Quand dame Jong arriva au Palais, les chiens aboyèrent avec fureur. Les officiers de garde sortirent : c’étaient des « pan nongs » chams, autrement dit des militaires d’antichambre, toujours prêts à faire leur cour au puissant du moment. Quand la femme leur expliqua le but de sa visite, ils s’esclaffèrent :
— Mais ce c’est plus le roi Indravarman qui règne ici! C’est le Grand et Noble Empereur d’Annam Li Thanh Ton, qui a défait les Chams et remporté la plus grande victoire de ce siècle!
Quelques jours après, la femme revint avec son enfant. Celui-ci avait tant roulé sur le chemin qu’il en était plein de poussière. Pendant qu’assise dans un couloir daine Jong attendait que le souverain passât, tant qu’elle pouvait elle frottait Noix-de-Coco. Lorsque retentit le grand tambour qui annonçait l’arrivée de l’Empereur, Joug se mit à genoux, le front sur les dalles, prête à exposer sa requête. Il était autrefois plus facile d’aborder le Fils du Ciel qu’aujourd’hui le dernier des mandarins.
— Mon fils, poussière de la plante de tes pieds d’or, ô mon Roi, mon fils voudrait garder tes buffles.
— Mes buffles ?… Mais, ma pauvre femme, avec ceux que j’ai amenés du Dong kin pour ravitailler mes armées et tous ceux que j’ai eus ici en butin, j’en ai bien trois cent mille! Et mes trente bouviers ne suffisent pas à la tâche… .
— Tes buffles, dit une voix pointue, je les garderai bien tout seul, quand même ils seraient trois fois trois cent mille!
Et Noix-de-Coco roula jusque sur les sandales dorées de l’Empereur. Il est à penser qu’il étonna le souverain, car celui-ci, d’un air indifférent, dit ce simple mot : « Va! »
La moitié du Palais était dehors pour voir la sortie de Noix-de-Coco qui roulait, talonnant les bêtes qui s’attardaient. Et chacun de se tenir les côtes de rire… A midi, la petite princesse Mi Nuong — dont le nom signifie Reine de Beauté – s’en vint dans la brousse porter à manger à Noix-de-Coco. En ce temps-là, les moeurs étaient très simples et personne ne s’étonnait de voir une fille de roi venir servir un petit bouvier.
Elle trouva tous les buffles paissant bien tranquillement et revint en courant en faire part à son père le souverain. Le plus surprenant fut que, le soir, tout le troupeau revint complet aux étables, chose que depuis sa victoire l’empereur d’Annam n’avait pu obtenir de ses serviteurs, bien que pour l’exemple il eût fait trancher quelques têtes.
— Tu me rapporteras aujourd’hui des lianes que tu couperas dans la forêt, ordonna le lendemain le roi Li Thanh Ton à Noix-de-Coco. Et tu les enrouleras autour des cornes d’un buffle : j’en ai besoin pour consolider les toits du Palais.,
Ce jour-là, la petite Mi Nuong alla encore porter son repas à Noix-de-Coco. Mais, parce qu’une enfant de six ans est curieuse comme une femme, elle se cacha pour surprendre l’artifice par lequel le bouvier pouvait, sans pieds ni mains, retenir trois cent mille buffles: De derrière un buisson, elle vit des serviteurs innombrables, tous beaux et bien vêtus, couper les lianes et rassembler les bêtes qui s’écartaient. Il y avait même, pour divertir Noix-de-Coco, un palais avec, devant, des chiens et des chèvres qui faisaient des tours.
Émerveillée, elle appela faiblement le petit bouvier : aussitôt, la brousse redevint vide. Portant son plat de riz, la petite princesse ne pouvait en croire ses yeux.
Au soir, le retour fut triomphal. Ce n’était pas un buffle qui avait des lianes enroulées autour de ses cornes, mais tout le troupeau. Et des serviteurs qui comptaient les bêtes pour tâcher de prendre en faute le bouvier en trouvèrent trois cent mille et dix, car dix bufflons étaient nés dans la journée. Comme il avait beaucoup de dignité, le Grand Roi Li Thanh Ton, vainqueur des Chams, ne voulut pas montrer sa perplexité, mais il resta songeur toute la soirée.
— Ce jour, tu me rapporteras un paquet de perches, dit l’Empereur. J’ai à faire réparer mes palissades.
Se cachant à nouveau, la petite princesse vit tous les animaux de la forêt qui étaient venus rendre hommage à Noix-de-Coco, sans songer à s’entre-dévorer. Il y avait là des sangliers, des biches, des tigres, des aigles et des tourterelles, des pythons et des lapins, même un rhinocéros et plusieurs éléphants sauvages. Montant sur un arbre pour mieux voir, Mi Nuong surprit Noix-de-Coco sortant de son enveloppe. C’était un jeune garçon à la peau ambrée, d’une merveilleuse beauté, — de cette beauté qu’a la lune de Juin au lendemain de la nuit où elle est pleine.
— Frère aîné, dit la petite princesse en posant respectueusement son plat devant Noix-de-Coco qui avait repris sa forme ronde. Frère aîné, je…
Et elle éclata en sanglots, car son petit coeur de fillette était déjà plein d’amour.
— Non pas Frère aîné, ô Princesse : je ne suis qu’un bouvier. Appelle-moi donc tout simplement : « Garçon ».
Tous les deux discutèrent longtemps sur ce point. En réalité, ils étaient aussi intimidés l’un que l’autre. Enfin, croyant mettre Noix-de-Coco à l’aise, Mi Nuong lui demanda de couper une perche, « pour m’aider à regagner le palais de mon Père, ajouta-t-elle, car je suis bien fatiguée. »
Le jeune bouvier parut fort embarrassé : il ne voulait pas sortir de sa coque devant la fillette et, sans bras ni jambes, il ne pouvait rien faire que rouler.
— Prenez donc une de celles qui sont coupées, fit-iI. Je n’ai plus la force d’en abattre une de plus!
Le croirez-vous ? Il fallut, le soir, cent charrettes pour rapporter les perches que l’Empereur avait demandées : il y avait de quoi remettre à neuf toutes les palissades de Cha ban.
Le quatrième soir, les choses faillirent se gâter. Les deux filles aînées du Roi, Ngoc Hoa et Luc Xuong — Perle harmonieuse et Jade étincelant — étaient occupées à préparer le thé vert lorsque Noix-de-Coco, tournoyant sur lui-même, arriva tout trempé près de leur feu. Un orage épouvantable avait éclaté au moment même où le bouvier ramenait son troupeau, toujours accru de quelques têtes.
— Va-t’en, monstre! lui crièrent-elles, furieuses. Tu salis tout et tu nous effrayes, plus encore qu’un tigre…
Comme Noix-de-Coco aperçut à ce moment Mi Nuong qui, de derrière une portière, lui adressait un tendre sourire, il ne dit rien; il se contenta de rouler sur les pieds des deux jeunes filles en se retirant.
Le lendemain, Mi Nuong arriva dans la brousse, revêtue de ses plus beaux atours : en même temps que son riz, elle portait un plat de chiques de bétel.
— Vous allez donc porter ces feuilles de bétel à la fiancée de votre frère, en signe d’engagement ? demanda Noix-de-Coco.
— Non, répondit la petite en s’empourprant. Mais j’ai pensé que, peut-être, vous-même voulez vous fiancer à une jeune fille… Aussi, j’ai préparé pour vous ces feuilles de bétel que vous enverrez à la famille de celle qui vous plaît. Mais n’en dites rien à personne.
Alors au soir, le troupeau rentré, Noix-de-Coco roula tout au long du chemin jusqu’à la maison de sa mère. La nuit entière se passa en discussion entre Jong et son fils. Au matin, lassée de l’insistance de Noix-de-Coco, Jong l’emmena au Palais.
— Je viens pour une affaire que j’ai, dit-elle en arrivant, et je veux voir l’Empereur.
En même temps, de sa manche, elle s’évertuait à faire briller la coque de son fils.
— Mon fils, ô Grand Roi vainqueur de mon peuple, mon fils, boue de tes pieds augustes, veut épouser une de tes filles.
— Ma foi, dit en souriant le souverain, ton fils n’est pas précisément une beauté, mais il m’a rendu de tels services qu’il ne me déplaît pas de le voir entrer dans ma famille. Il faut que je voie laquelle de mes filles consent à l’épouser.
Les filles d’Annam ne sont cependant jamais consultées lorsqu’on parle de leur mariage. Mais, en l’occurrence, il s’agissait d’une fille de roi et d’un monstrueux bouvier, fils d’un charron : la chose valait bien qu’on fît quelque entorse à la coutume.
Ngoc Hoa, consultée, prit un air hautain et se retira sans un mot. Luc Xuong cracha par terre de mépris et ne dit que : « Un vrai tigre!… » Mi Nuong rougit, ce qui valait tous les aveux d’amour.
— Bien! dit le Roi. Il épousera donc Mi Nuong. Mais il faut auparavant que je sache le vrai nom de Noix-de-Coco, puis que je consulte les devins pour savoir si les astres des deux enfants peuvent s’accorder. Après quoi, tu pourras, Jong, aller faire part de ces fiançailles aux grand’mères et aux grands-pères de ton fils.

Le nom joue un rôle important dans la vie du peuple d’Annam, plus d’ailleurs que chez les Chams. Quand l’enfant est petit, sa mère le nomme volontiers « Peau de banane » ou « Queue de poisson », appellations qui indiquent aux mauvais Génies que l’âme enfantine dont ils voudraient s’emparer a vraiment peu d’importance. Ensuite, on adopte un numéro d’ordre : « deux » OU « six », selon qu’après le Génie protecteur (qui a le numéro un) on est l’aîné ou le cinquième enfant. Le vrai nom est caché. Ce n’est qu’à la mort de celui qui le porte qu’il sera prononcé et écrit : il sera alors gravé sur la tablette qui, au milieu de l’autel domestique des ancêtres, abrite l’âme de ceux ayant disparu de la famille.
Mais Kadop était cham et s’était toujours appelé ainsi, quoique chacun le nommât plus couramment Noix-de-Coco. Aussi les devins annamites du Roi, fidèles à la tradition, décidèrent-ils qu’on le nommerait « Haï », ce qui veut dire le premier, l’aîné, les filles ne comptant pas dans la numération.
— Pour le reste, ce n’est pas mauvais, ajouta l’astrologue en chef. Le promis a un an de plus que la fillette : ne faut-il pas que l’âge du mari, lorsqu’il dépasse celui de la femme, le fasse en chiffre impair ? Il y a bien ce mauvais Rat de l’année et ce détestable Crabe du mois… Mais la fiancée est née en l’an du Chat et au mois du Taureau : les uns annulent les autres!… Et leurs deux éléments, Terre et Eau, se compléteront.
Alors Jong, pour satisfaire à la coutume annamite, envoya au Roi un plateau rempli de chiques de bétel et de noix d’arec, avec deux boucles d’oreilles. Et elle alla ensuite discuter la dot que l’Empereur devait donner pour qu’un garçon prît sa fille. Le souverain se crut généreux en offrant cent cinquante ligatures de cent sapèques et fut bien étonné d’entendre Jong discuter. Mais le marchandage est si profondément ancré dans le caractère des femmes d’Asie que le Roi ne put y mettre fin qu’en offrant deux cents ligatures et vingt-cinq coups de rotin. Jong s’en tint alors aux cent cinquante ligatures…
Et, les enfants fiancés, on décida d’attendre huit ans. Maintenant le fiancé devait « faire le gendre » chez ses beaux-parents. Ne faut-il pas que ceux-ci apprennent à le connaître ? La qualité de Roi n’empêche pas qu’on exploite tant qu’on le peut les forces du promis tandis qu’il en est encore temps : il ne faudra plus compter sur lui quand, pour de bon, il aura conquis sa femme…
Ce que fit Noix-de-Coco pendant un an est inimaginable : les buffles étaient devenus innombrables, des porcs s’y étaient joints, et aussi des milliers et des milliers de canards isabelle; on ne lui demandait plus de rapporter des lianes et des perches, mais les plus gros arbres de la forêt, des poissons gros comme des veaux et des charrettes pleines de fruits et de légumes.
Puis, un matin, tout disparut : les gardes annamites, les étendards dentelés où étaient brodées des constellations, les quatre cent mille buffles, les porcs, les canards et jusqu’au Grand Empereur Li Thanh Ton. Celui-ci avait reçu de mauvaises nouvelles de son empire du Dong kin que les Chinois avaient envahi et il avait dû partir en hâte pour défendre le nord de ses États.
Il appela l’ancien roi Indravarman pour gouverner à sa place, sûr de la fidélité de son nouveau vassal. Puis, en une nuit, il vida Cha ban sans y laisser âme qui vive autre que les pannongs chams qui se préparaient à acclamer le nouvel occupant du trône.
Noix-de-Coco était allé passer la soirée chez darne .Jong sa mère : on n’eut pas le temps de le prier de rentrer au Palais. Quand, à l’aube, il pénétra dans la capitale, il n’avait plus de fiancée.

Bien des années passèrent. Les riz poussèrent et furent fauchés, les buffles piétinèrent dans la boue des rizières. Des tigres sortirent des forêts pour emporter du bétail, des crocodiles se traînèrent hors des rivières pour manger de petits enfants imprudents qui ne se méfiaient pas assez de ces gros troncs échoués sur les berges.
Désireux de reconquérir les provinces du Pandarang qui s’étaient séparées de son royaume, le Puissant Bouclier Indravarman reconstitua son armée. Ce n’était pas dans les conditions du traité qu’il avait signé avec l’empereur Li Thanh Ton. Celui-ci, avait appris que son vassal manquait à sa parole et levait une armée. Il quitta la capitale du Dong kin, fondit comme un épervier sur le royaume des Chams et, en deux jours d’assaut, s’empara de Vijaya.
C’en était fait de la glorieuse septième dynastie cham. Comme un bufflon attaché au bout d’une corde, le roi Indravarman prisonnier suivit la litière de son vainqueur, l’empereur d’Annam, jusqu’à Thang Long où il perdit la tête, proprement enlevée par l’exécuteur particulier de Li Thanh Ton.

Quatorze ans avaient ainsi passé. On était en l’année de la Grenouille (pour la commodité, nous traduirons par l’an 1070). Kadop avait grandi, ce qu’on peut exprimer en disant qu’il était de la taille de vingt noix de coco. Cette fois, il avait suivi son futur beau-père, mais en palanquin, car on ne pouvait songer à ce qu’il roulât sur les trois mille li du chemin.
Comme il avait vingt-deux ans, les devins se réunirent pour choisir le jour du mariage et déterminer le nombre et la qualité des vêtements, des mets et des invités. C’est là recherche à laquelle on n’attache jamais trop d’importance : sait-on ce qui peut arriver en faisant à la légère un choix qui pourrait mécontenter quelque Génie…
Pendant plusieurs semaines, on battit les forêts pour capturer paons, chevreuils et lièvres destinés au repas de noces. Et l’on dressa des tables pour une ripaille ininterrompue, de cent jours et cent nuits.
Après neuf siècles, on parle encore de ces épousailles, du maître de mariage tout vêtu de bleu qui précédait le cortège, sabrant l’air de grands coups de coupe-court pour éloigner les mauvais Esprits. Derrière lui, marchaient des serviteurs portant sur des plateaux de laque rouge les chiques de bétel rituelles, les quinze mille sapèques offertes par l’Empereur au charron Pan, les vêtements donnés à l’épousée.
Dans un palanquin soigneusement fermé venait ensuite la princesse Reine de Beauté. Qui aurait écarté les rideaux de soie rouge aurait aperçu, piquées sur les revers de sa robe, dix aiguilles disposées là pour coudre le bonheur. Par instants, la Princesse sortait une main fine et semait sur la route des poignées de sel et de riz. Le sel et le riz!… L’essence même de la vie du peuple d’Annam.
Sous l’immense tente bleu et jaune qu’on avait dressée dans la plaine, des femmes se promenaient, un pot de chaux à la main pour chasser les Génies malintentionnés. Des tables étaient dressées où, en silence, on s’assit par quatre autour de chaque plateau. Pendant ce temps, les nouveaux mariés se prosternaient devant l’autel des ancêtres sur lequel on avait disposé des mets dont l’odeur devait nourrir les mânes de la famille.
Durant toute la première journée, les deux pauvres enfants durent servir leurs invités. On n’oublie pas la hiérarchie en Annam, car c’est bien le pays d’une minutieuse étiquette : les mariés servirent le Roi, les princes et les ministres, puis ensuite les parents, les notables et, pour finir, toutes les petites gens qui, depuis des mois, rêvaient de ce repas pantagruélique. La pauvre Mi Nuong sentait ses jambes flageoler sous elle, quoiqu’elle se fût allégée de ses lourds bijoux d’or et de son collier d’ambre à trois tours. Quant à Kadop, en bonne Noix-de-Coco, il roulait d’un bout à l’autre de la tente, poussant avec adresse les plats vers les invités. Ce n’est que tard dans la nuit que les nouveaux époux purent enfin se reposer, boire les coupes d’alcool de riz qu’après la libation la jeune femme renversa l’une sur l’autre en signe que, désormais, le mari et la femme ne feraient plus qu’un.
— Mais comment, sans pieds ni mains, ton mari pourra-t-il t’aider et te protéger ? demanda au troisième jour la Reine Mère à sa fille.
— Mais, Mère, comme tous les autres hommes, je pense… répondit la princesse.
Et elle avoua que, tous les soirs, Kadop sortait de sa coque et qu’il se révélait alors un jeune homme des plus beaux et des plus tendres.
— Il est même plus nacré que moi, ajouta en riant la jeune femme.
Ngoc Hoa et Luc Xuong étaient là qui entendirent cet aveu. Elles n’eurent de cesse qu’elles ne se fussent cachées et qu’elles n’eussent assisté au miracle, admirant le jeune homme, «beau comme la lune de Juin ». Alors, folles de regret et de jalousie, elle se mirent à haïr leur jeune soeur.
C’est bien cent jours et cent nuits que la tente vit nourrir les invités du Roi. « Je ne croyais pas avoir autant de sujets! » disait avec bonhomie le souverain. Mais, à la fin, les invités eux-mêmes, bien que certains fussent revenus trente ou quarante fois à la table, demandèrent grâce. Ils étaient excédés de porc laqué, de canard au sucre, de petits pâtés et de carpes au caramel. Ils n’avaient plus envie que de riz bien grossier et de saumure de poisson. Le Roi avait au moins obtenu ce résultat que son peuple n’enviait plus ceux qui mangeaient à leur faim.

Mais les femmes perdent rapidement de vue ce qu’on leur offre : elles ne rêvent plus que de ce dont on les prive. Mi Nuong se desséchait d’une envie : voir dans le jour son mari sans coque. Comme il se refusait à être homme autrement que la nuit, elle prétexta, un matin, qu’elle avait froid et alluma du feu. Sans que son mari s’en aperçût, elle brûla la coque de Noix-de-Coco.
Plusieurs jours durant, Kadop dut s’envelopper du matin jusqu’au soir dans ses couvertures. Mais sa femme sut lui faire l’aveu de sa faute avec une confusion si gentille qu’il ne put qu’en rire et s’entraîner à vivre le jour sans son enveloppe. Quelle imprudence il commettait et combien il connaissait mal le coeur des femmes!
apparaître les serviteurs que m’envoient mes Esprits protecteurs, recommanda Kadop.
La barque au large, les trois princesses décidèrent de se baigner. Mi Nuong eut tôt fait de rejeter ses vêtements et de plonger, la tête la première. Mais la bague était trop large à son doigt de grande fillette et elle glissa dans la mer. Ngoc Hoa et Luc Xuong aperçurent leur soeur qui, entre deux eaux, cherchait à rattraper le bijou et elles songèrent tout à coup à Kadop qui était en train de dormir sur le rivage. Sans se concerter, elles hissèrent avec précipitation la grande voile, et la jonque cingla vers la terre, abandonnant Mi Nuong.
Il faudrait être un grand poète pour chanter la douleur de Kadop… Le palais retentissait de ses sanglots et au soir, dans les vallées, le vent portait aux villageois les gémissements du veuf. L’Empereur eut beau promettre au jeune homme de l’adopter comme fils aîné pour honorer ses mânes quand il mourrait, les deux princesses vinrent essayer de le consoler, chacune avec l’espoir secret de s’en faire épouser, Kadop n’aimait plus que de mener paître les buffles du souverain, couper des lianes et dépouiller des perches : il pensait au temps où la petite princesse venait lui apporter son riz dans la brousse et ne s’en désolait que davantage. Il ne lui restait même pas l’espoir de se faire assister de ses Esprits, car il ne possédait plus sa bague enchantée.
Mais les histoires ne sont jamais tout à fait tristes !… Mi Nuong avait à temps rattrapé la bague au moment où un poisson vorace allait l’avaler et elle était revenue à la surface, le bijou au doigt. Las! La mer était vide et la côte trop lointaine pour revenir à la nage.
— Esprits de Noix-de-Coco, venez à mon aide, cria-t-elle la bouche déjà pleine d’eau.
Mais, en mer, les Esprits n’étaient pas dans leur royaume et il n’était pas dans leur pouvoir de créer une jonque et des mariniers. Tout ce qu’ils arrivent à faire, c’est de rapetisser Mi Nuong au point qu’elle pût entrer à l’intérieur d’une coquille d’huître.
Et avec beaucoup d’autres huîtres, elle fut un jour ramassée par des pêcheurs. Comme ceux-ci avaient ouvert sa coquille pour en décorer les bordures de leur jardin, Mi Nuong se trouva libérée. Mais elle ne sut probablement pas tourner comme il le fallait le chaton de la bague : toujours est-il que tout ce qu’elle put obtenir, c’est que la table des braves gens chez qui elle était venue échouer fût garnie de mets choisis et de chiques de bétel.
Chaque jour il en fut ainsi, si bien que les pêcheurs étonnés se cachèrent pour voir qui leur apportait une abondance si miraculeuse. Mi Nuong avait beau ne pas être plus grosse qu’une perle, elle fut aperçue, attrapée et longuement admirée, passant de l’un à l’autre au creux des rudes mains. Les pêcheurs attendris virent ainsi qu’elle portait un collier minuscule de grains d’or et aussi que des larmes ruisselaient au long de ses joues. Ils ne surent quoi faire pour la distraire; ils passèrent la nuit à jouer du violon à deux cordes, ils lui apportèrent des poissons étranges aux vives couleurs, ils l’emmenèrent voir battre le paddy : la minuscule princesse paraissait toujours aussi triste.
– Y a-t-il un roi dans ce pays ? demanda-t-elle un jour.
— Certainement, il y en a un. Le plus Grand de tous les Empereurs du monde…
— A-t-il des enfants ?
Alors les pêcheurs lui racontèrent l’histoire des trois filles de l’Empereur dont l’une s’était noyée en plongeant pour rattraper une bague que lui avait confiée son mari.
— Et… (Alors, elle s’arrêta, le souffle coupé.) Et le prince Kadop s’est-il remarié ?
— Les deux autres filles du Roi voudraient bien l’une et l’autre l’épouser, mais, lui, il pleure nuit et jour.
Et tous les assistants purent voir la princesse en miniature qui, les mains croisées sur son coeur, se pâmait de joie.
De ce jour, celle-ci se mit à tisser de ces écharpes bariolées — des dalahs — que les femmes se mettent sur la tête. A mesure que le tissu sortait des mains de Mi Nuong, il s’élargissait. Quand il y eut une centaine de ces dalahs amoncelés dans un coin, la princesse pria la femme du pêcheur d’aller les vendre au Palais royal. Elle lui passa au doigt la bague qui s’élargit aussitôt.
Toute petite dans sa coquille ouverte au soleil, Mi Nuong regarda la femme qui s’éloignait. Dans la chatoyante cargaison résidait tout l’espoir de la princesse.
— Je rie sais qui prier d’entre vous, ô Dieux et Génies, tant vous êtes nombreux mais je fais voeu, si Kadop me retrouve, de sacrifier cent buffles blancs et de brûler chaque jour de mon existence les neuf bâtonnets d’encens… Un pour chacune de mes âmes, ajouta-t-elle en soupirant.
La femme était assise dans l’antichambre de l’Empereur, en train de plier ses écharpes, quand le souverain vint à passer, si triste et si voûté de chagrin qu’on n’aurait pas reconnu dans cet homme accablé le vainqueur des Chams et des Chinois. Le regard de Li Thanh Ton fut attiré par les couleurs brillantes des étoffes et machinalement il se baissa pour les considérer.
— Mais, s’exclama-t-il, il n’y a jamais eu que ma fille Mi Nuong pour tisser de tels dalahs…
Perdue dans ses écharpes brodées de fleurs et d’oiseaux, la femme dut parler toute la nuit. Elle raconta la pêche de son mari et de son frère, elle décrivit l’abondance que connut son humble maison, la découverte d’une minuscule créature « grosse comme une perle » et toujours triste…
A ce moment, Kadop rentra, vêtu en bouvier, la figure sombre. De la porte, il aperçut au doigt de la femme la bague qui brillait.
— Où as-tu volé cela, chienne ? cria-t-il violemment.
Et la femme dut raconter encore une fois l’histoire de la coquille d’huître. Kadop n’attendit pas la fin de la narration, empoigna la femme sous son bras et sauta sur le premier cheval qu’il trouva aux écuries. Toute la nuit, tout le jour et toute une nuit encore, ils galopèrent. Et c’est en trombe que le prince entra dans la maison des pêcheurs, criant : « Mi Nuong, Mi Nuong, trois âmes et neuf Esprits de Vie, Mi Nuong, où ,es-tu ?
Surprise, Mi Nuong chercha où se cacher, car elle avait le coeur qui battait si fort qu’elle ne se sentait pas la force de se faire reconnaître de son mari avec tant d’émoi dans l’âme. Elle ne vit qu’une vieille noix de coco vide qui servait à prendre de l’eau dans la jarre et elle s’y blottit.
Mais Kadop avait repris sa bague : aussi ses Esprits protecteurs le conduisirent-ils devant la
cachette d’où, entre le pouce et l’index, il sortit avec précaution sa minuscule épouse.
Heureusement, dis-je, qu’il avait sa bague. Cela permit à Mi Nuong de retrouver en une seconde sa taille et de se jeter au cou de son époux. Jamais le Ciel et tout ce qu’il contient, jamais les forêts et les mers ne furent témoins d’une si grande joie. On ne peut que se taire en l’évoquant et attendre que l’émotion soit dissipée.
Les gens heureux n’ont pas de rancune. Tout de même, le prince et Mi Nuong n’eurent de bonheur calme que lorsqu’ils eurent éloigné les deux princesses. On maria celles-ci bien loin de la capitale et elles s’estimèrent heureuses que le bonheur du prince eût été plus fort que sa rancune.
Mais Mi Nuong était espiègle. Ayant appris de son mari à se servir de la bague, souvent elle s’emparait du bijou pendant que le prince dormait et elle s’amusait à redevenir petite comme une perle. Alors, elle se cachait dans une noix de coco vide et riait comme une folle jusqu’à ce que son mari l’eût retrouvée. Kadop –qui, on s’en souvient, était né sous le signe du Crabe — avait par cela même le pouvoir de se servir de ces animaux. Il en prenait quelques-uns et les lâchait dans la chambre : on entendait aussitôt des cris perçants et l’on voyait sauter hors d’une noix la princesse, tout effrayée à l’idée de se sentir saisie par la taille entre deux pinces dentelées.
Quand un Annamite entend du bruit au sommet d’un cocotier, il ne manque jamais de lever les yeux. Il aperçoit des crabes de terre qui grimpent au long du tronc et vont, d’un coup de pinces, détacher toutes les noix jusqu’à ce que la dernière soit tombée à terre.
— Ah! ce n’est rien, dit-il en souriant d’un air entendu. Ce ne sont que les crabes de Kadop qui cherchent où s’est cachée l’espiègle princesse Mi Nuong…

LA PAGODE DE PANHNHA-CHI

Dans la commune de Tbaung Krâpoeu, canton de Kompong Svay, province de Kompong Thom, se trouve un village appelé Panhnha-Chi. On l’appelle ainsi car ce nom vient d’un novice, chi (terme de respect pour s »adresser à un novice qui a quitté le froc), d’une grande intelligence, panhnha, qui habitait cette pagode au sujet de laquelle court la légende suivante :
A l’époque où les monnaies en argent pur étaient rares, nous, les Khmers, nous utilisions encore des sapèques en cuivre ou en plomb. A ce moment-là, un groupe de Chams (ancien peuple du royaume Champa), marchands de boeufs, passaient par la province de Kompong Thom pour acheter et emmener des boeufs et des buffles afin de les vendre en Cochinchine. Quand ils arrivèrent à cette pagode récemment construite et à laquelle on n’avait pas encore donné de nom, ces Chams y entrèrent pour de-mander l’hospitalité.
Au crépuscule, un élève du chef de la pagode emmena une paire de boeufs plus beaux de forme et de couleur que les autres et les attacha sous une cellule près de la sala (Dans une pagode, le sala est soit une maison où les bonzes doivent prendre les repas, soit une salle de repos reservé aux voyageurs) où les Chams se reposaient. Alors les Chams, qui étaient en train de cuire du riz, virent ces boeufs du chef de la pagode qui leur plurent et le chef des marchands pensa :
— Si j’achète les boeufs de ce chef de pagode, je ga¬gnerai une barre d’argent.
Ayant réfléchi, le chef des marchands alla vers la cellule du chef de la pagode pour parler d’achat. En arrivant, il s’assit les jambes pliées, salua le bonze les mains jointes selon la coutume cambodgienne et se mit à louer la religion khmère :
— Les bonzes de toutes les pagodes ont beaucoup de compassion envers les voyageurs quelle que soit leur religion.
Je suis né dans la religion islamique, c’est trop tard. Si j’étais né Cambodgien, je serais, peut-être, bonze jusqu’à la fin de ma vie comme vous maître.
Le chef de la pagode ne se rendait pas compte que les paroles de ce marchand étaient flatteuses et il lui répondit : — C’est vrai, ainsi est la religion khmère.
Son visage s’épanouit comme s’il était très content dans son coeur en entendant les louanges de ce marchand. De temps en temps il lui répondait :
— Oui, nous sommes bien ainsi, nous les Khmers.
Ce marchand trouva que le maître appréciait ses paroles et lui dit :
— Plus tard, quand je viendrai à nouveau acheter des boeufs et des buffles, je vous achèterai comme offrande de la teinture pour vos robes.
Le maître lui dit :
— Je suis très content, car à la campagne il n’existe pas beaucoup de colorants.
Le Cham continua encore à lui dire :
— Excusez-moi, maître ! Veuillez me céder vos bœufs attachés sous la cellule. Pourquoi les gardez-vous ? Maître !
Vous en trouverez certainement encore grâce à vos élèves,
vendez-les-nous et vous aurez de l’argent pour construire la pagode. Je vous confie dix bat (Unité monétaire siamoise).
Le maître pensa :
Les boeufs peuvent encore se trouver. En plus ces boeufs sont donnés gratuitement par mes élèves. Maintenant
le marchand me propose un prix jusqu’à dix bat. Il convient tout à fait que je les vende, car personne n’oserait donner un prix plus élevé que celui-ci.
— Oui, naturellement, je pourrai les garder pour vous, patron, dit le chef de la pagode.
Le Cham fut saisi d’une grande joie, sortit deux piastres pour verser une provision. Quant au maître, il eut aussi le coeur plein de joie et pensa :
— J’aurai cet argent pour construire la pagode.
Le Cham dit au chef de la pagode :
— Je m’engage à être de retour dans sept jours, je re¬viendrai pour prendre les boeufs et je vous verserai toute la somme d’argent. car je devrai continuer mon voyage.
Le lendemain du départ du groupe des Chams étant un jour saint, les fidèles laïcs de la pagode vinrent se réunir dans l’enceinte de ce monastère. Le maître leur dit :
— J’ai vendu les boeufs au groupe des Chams au prix de dix bat. Ils m’ont versé une avance de deux bat, il manque encore huit bat. Dans sept jours ils reviendront prendre les boeufs et me donneront de l’argent pour compléter la somme. Je les vends très cher, car j’ai besoin d’argent pour construire la pagode.
Les fidèles laïcs firent des reproches au maître et dirent :
— Maître, seigneur, vous avez mal réfléchi, ces boeufs sont très beaux, il ne convient pas de les vendre à ce prix. Si vous les vendez de cette façon, comment vous, maître, en retrouverez encore ?
— J’ai vraiment commis une erreur.
Et il se dit avec dépit :
— J’ai l’habitude de faire des reproches aux autres, maintenant on critique, en retour, ma réflexion.
Quand les fidèles laïcs retournèrent à leur demeure, le maître, chef de pagode, entra dans sa chambre, la ferma à clé et n’en sortit plus. Tous les bonzes de la pagode s’in¬quiétèrent. A ce moment-là, un bonzillon d’une grande intel¬ligence, élève favori du grand maître, dit aux autres bonzes :
— J’ai trouvé une ruse dont je peux faire part au maître pour qu’il ne soit plus fâché.
Les autres bonzes acceptèrent que ce bonzillon emploie
son stratagème afin que le maître ne soit plus en colère.
Alors, le bonzillon alla frappa à la porte et dit au maître :
— Je vous demande de venir manger. Si vous avez peur que les Chams reviennent pour prendre les boeufs, moi. votre miséricorde, je connais une ruse pour qu’ils ne puissent pas les prendre. Mais je vous demande de partir pour un endroit lointain en emmenant les boeufs avec vous. Laissez-nous, les Chams et moi, nous affronter, votre miséricorde.
Ayant entendu cela, le maître dit :
— Cette idée est juste.
Il ouvrit la porte de sa cellule, sortit pour se rendre dans une autre pagode et emmena les boeufs afin de les mettre à l’abri ailleurs.
Dès le septième jour, le groupe des Chams arriva et vint chercher le maître. Le bonzillon leur parla :
— Le maître est pris par une affaire et il est parti pour une autre pagode. Patron, que désirez-vous ?
Ce Cham lui répondit :
— Moi, votre miséricorde, je viens prendre les boeufs que le maître m’a vendus récemment.
Le novice lui parla en ces termes :
— Prenez-les ! Mais je vous demande de me remettre de l’argent afin de compléter la totalité de la somme.
L’homme compta huit piastres et les lui donna. Le bonzillon répliqua :
— Non ! Quand le maître m’avait parlé de dix bat cela voulait dire que vous rempliriez de pièces d’argent dix de ces timbales, bat, où les bonzes mettent leur nourriture. Ce n’est pas dix bat équivalents à l’argent de dix piastres. Quand vous, patron, vous remplirez d’argent dix de ces timbales de bonze pour les donner au maître, il acceptera.
Le Cham protesta :
— Ce n’est pas vrai ! Moi, votre miséricorde, j’ai convenu avec le maître que dix bat, c’était dix piastres, j’ai versé une provision de deux piastres et il manque encore huit piastres.
Le bonzillon lui répondit :
— Il faut prendre des pièces d’argent et les mesurer dans une timbale à aumône. Un bat ne vaut pas une piastre. Pour-rait-on construire une pagode avec seulement dix piastres ?
Si vous, patron, vous n’acceptez pas de mesurer l’argent dans une timbale de bonze, je ne vous accorde pas les boeufs non plus. Les deux piastres que vous avez versées comme avance, j’accepte de vous les rembourser à la place du maître. Eh ! Prenez les deux piastres.
Le groupe des Chams était à court d’idées et ne pouvait plus discuter. Ils descendirent de la cellule et partirent en voyage.
Lorsque les Chams furent sortis de la pagode, ce bonzil¬lon alla inviter le maître à y retourner et l’informa de cette affaire.
Alors le maître revint à la pagode et félicita vivement ce novice de son intelligence, cessa de l’appeler bonzillon et le nomma Chi-Méan-Panhnha « Chi-ayant-de-l’intelligence ». Les habitants proches et lointains l’appelèrent par déformation Panhnha-Chi. Par la suite on donna à cette pagode le nom de « pagode de Panhnha-Chi » en usage jusqu’à nos jours.

LEGENDE DU TEMPLE PROM-KEL

Dans la commune de Chong Kal, canton de Sâmrong Chong Kal, Province de Siem Reap, Se trouve un ancien temple de 5 m 50 de hauteur dans lequel se dresse un bloc de pierre semblable à un trône.

Voici sa légende :

Un jour un bûcheron qui trouva un arbre roka noir Il tailla dedans un bâton magique au nom de Dâmbâng-Krânhoung (Bâton en bois de Krânhoung).

Grâce à ce bâton, le bûcheron devint très puissant, tellement puissant qu’il fut fait roi après la dynastie du roi chakrâpoat. Il prit comme nom « Sa majesté Dâmbâng krânhoung du même nom que son bâton ».

Il régna pendant 7 ans, 7 mois et 7 jours. Un jour, Il alla demander conseil à un devin celui-ci lui répondit qu’une « personne-porteuse-de-mérite » s’est réincarné dans le sein d’une femme du royaume »

Ce roi Dâmbâng-Krânhoung ordonna de brûler toutes les femmes enceintes.

Une femme qui était entrain de brûler fit tomber son bébé dans le feu , ce qui lui brûla les bras et les pieds mais il n’était pas mort. Les soldats prirent le bébé et le cachèrent dans une touffe de rotin krèk et confièrent à un chef d’une pagode. Il le prit et le fit soigner mais cet enfant garda des membres recroquevillés, paralysés. Cet enfant se déplaçait sur un siège, d’ou son surnom « Prom-Kel ».

De son côté le roi Dâmbâng-Krânhoung demanda encore conseil à son devin qui lui affirma que « l’homme-porteur-de-mérite » reviendrait dans 7 jours sur cheval blanc et régnerait dans le royaume.

Quand la population entendit la prédiction, elle se mit en mouvement pour aller voir « l’homme porteur de mérite » au palais d’Angkor-Watt.

Parmi ces gens, on vit Prom-Kel. Mais celui-ci ne pouvait suivre la foule, du fait de son handicap.

Sur son chemin, il fit la rencontre d’un vieillard qui emmenait un cheval blanc. Le vieillard lui demanda de surveiller son cheval. Le temps qu’il aille faire un tour en forêt. Le vieillard attacha son cheval à un des bras de Prom-Kel et partit.

Le cheval tira si fort sur son bras, que son bras grandit et devient normal.

Prom-Kel, heureux, fit de même avec son autre bras et ses jambes.

Prom Kel attendit le vieillard, mais en vain, Il décida donc d’essayer le cheval. À peine monter, le cheval s’envola rapidement vers le palais d’Angkor Wat. Le souverain Dâmbâng-Krânhoung se fâcha et dit :

-Qui ose voler au-dessus de mon palais ?

Plein de colère, il prit son bâton en bois de krânhoung qui avait un pouvoir magique extraordinaire et le lança en direction de « l’homme porteur de mérite », Prom-Kel, mais ne l’atteignit pas. Ce bâton alla trop loin. Tomba et disparut dans une forêt qu’on appela ensuite Prey Battambang, « Forêt du bâton perdu », et qui devint plus tard une très belle ville qu’on appelle aujourd’hui Battambang. Le roi Dâmbâng-Krânhoung comprit qu’il était magique, et se sauva définitivement au Laos.

Et« l’homme porteur de mérite » était le prince Prom-Kel qui régna en succédant au roi Dâmbâng-Krânhoung. Il prit le nom de sacre de Préah Bat Sénthoup Anouréach. Puis durant son règne, il modifia le drapeau khmer en y mettant au milieu un cheval blanc par reconnaissance envers celui qui lui avait permis de devenir souverain victorieux sur le trône du roi Dâmbâng-Krânhoung, un aventurier puissant qui avait régné après son père. Il fit construire en souvenir un temple à l’endroit où le vieillard lui avait confié le cheval et lui attribua un nom : temple Prom-Kel. Ce nom subsista inchangé jusqu’à nos jours.

CHEZ L’HABITANT AU CAMBODGE

sleeping1-1                                                                        (Prek Toal)

Nous proposons dans nos circuits sur mesure plusieurs lieux ou il est possible de faire l’expérience de passer au moins une nuit chez l’habitant et de partager leurs repas.
Tout d’abord il y a une expérience extraordinaire c’est celle de dormir sur le lac dans une maison flottante et de découvrir la vie de cette population qui vit en complète autarcie en se nourrissant de la pêche mais aussi de l’élevage de volailles gardées sur des structures flottantes, mais le plus étonnant reste encore les jardins potagers flottants. Vous aurez également la possibilité de visiter le parc ornithologique à bord de petits canoës à rames et de vous émerveiller devant les oiseaux qui peuplent le Tonlé Sap.

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                                                                          (Prek Toal)

En allant ou au retour de Battambang depuis Siem Reap il est intéressant de bifurquer au niveau de Sisophon pour atteindre le temple oublié de Banteay Chhmar et de passé une nuit chez l’habitant dans l’une des fermes qui borde le site. Un hébergement spartiate mais avec de bonnes conditions d’hygiène et un accueil des plus sympathique.
Sur les rives du Mékong se trouve l’île de Trong ou une communauté propose plusieurs homestays, dans certains les conditions d’hygiène sont quelquefois limites, déconseillé aux personnes aimant par-dessus tout l’hygiène et la propreté.

KohTrongHomestay24                                                               (Sur l’île de Koh Trong)
Idem dans le Mondulkiri ou l’hébergement chez l’habitant est difficile à conseillers aux touristes exigeants.
Gérard Thévenet – WAM – Agence de voyage locale indépendante au Cambodge.

BOUTIQUE HOTEL CAMBODGE

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Dans tous le Cambodge et principalement à Siem Reap Angkor les « Boutiques hotel » poussent comme des champignons. Il s’en construit de nouveaux, des maisons et des guesthouse bas de gamme sont transformées à la va vite et prennent l’appellation de « Boutique hotel » , ce terme ne veut plus rien dire du tout et cela devient bien souvent des pièges à touristes qui se laissent charmer par ce nom, à l’arrivée c’est souvent une grande déception.

photo_chambre3Personnellement je n’ai jamais aimé ce terme et dans nos propositions nous avons toujours appelés nos sélections des hôtels de charme qui pour moi sont de petites structures à dimensions humaines qui dans l’idéal ne possèdent pas plus de 20 chambres, qui offre un bon accueil, une bonne qualité de services avec un personnel attentif, un lieu calme avec si possible de la végétation, une piscine et des chambres suffisamment grandes avec une literie confortable et une propreté irréprochable.

Villa-Langka-Boutique-Hotel-CHAMBRE-5

Faites confiance à des agences comme la nôtre, vous ne paierez pas plus cher car nous négocions avec chaque établissement des tarifs préférentiels et c’est sur cette différence que nous nous rétribuons. Lorsque nous conseillons tel ou tel hôtel de charme nous engageons notre responsabilité. En plus des inspections nous nous basons surtout sur les fiches d’appréciations que nous ont retournées nos précédents clients, à ce jour nous en possédons des milliers.
Gérard Thevenet – WAM – Agence de voyage locale indépendante au Cambodge.