Archives mensuelles : septembre 2016

Légende du temple d’Angkor Vat

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Autrefois, en 544 de l’ère bouddhique (an 1 de l’ère chrétienne), année du Singe, Néak Vong et Néang Téav,couple d’origine roturière possédant des mérites divins, âgé de trente et un ans, fut ondoyé et monta sur le trône. Le mo¬narque prit le nom de règne de Préah-Bat-Sâmdach-Tévavong-Aschar, c’est-à-dire « Merveilleux-Souverain-de-la-Lignée-Divine». Il s’installa dans le palais royal de Mohanokor, la « Grande-Cité».
Le couple royal régna paisiblement sans qu’aucun ennemi n’osât venir le déranger. Les mandarins, les brahmanes ainsi que le peuple vivaient calmement grâce aux mérites merveilleux et à la puissance des souverains.
Le roi Tévavong-Aschar n’avait aucun enfant. Il ordonna à la reine d’observer les préceptes bouddhiques afin d’obtenir un fils. Elle accepta et prépara le rituel de demande d’un fils.
Au bout de sept jours, la reine rêva qu’Indra, le suprême roi des dieux, descendait du ciel, venait toucher son ventre et lui offrait une guirlande de fleurs. Ensuite, il était retourné à sa résidence céleste. A son réveil, elle apprit à son auguste époux ce rêve. Le grand monarque fit venir un devin pour l’interpréter. Ayant réfléchi, il dit :
– La reine va avoir un fils comblé d’une puissance qui vaincra tous les ennemis de toutes les directions.
Peu de temps après, la reine fut enceinte. Quand la grossesse fut à terme, elle donna naissance à un fils d’une grande beauté. Le roi, l’excellent père, lui donna le nom de Kétoméaléa, c’est-à-dire « Lumineuse-Guirlande-de-Fleurs », en raison du songe de la reine.
Quand Kétoméaléa eut grandi et atteint l’âge de six ans, Indra ordonna au dieu Méatolei de prendre le char divin Pichayon pour aller le chercher et le conduire au Ciel des « Trente-Trois ». Kétoméaléa, en effet, dans l’existence an¬térieure, avait été le fils d’Indra : celui-ci l’avait envoyé re-naftre en être humain afin qu’il protégeât la religion boud¬dhique et qu’il prft soin du royaume dans la gloire, la pros¬périté et la paix.
A la tombée de la nuit, le dieu Méatolei monta sur le char divin Pichayon, descendit du ciel, entra dans le palais et prit avec soin dans ses bras Kétoméaléa. Puis il le déposa dans le char divin Pichayon qui s’envola. Il l’emmena devant Indra au Ciel des « Trente-Trois ».
Le matin, le roi Tévavong-Aschar et la reine se réveillèrent et ne virent pas leur fils. Ils furent très affligés, ils firent venir un devin pour faire des calculs magiques. Celui-ci prédit :
– En ce qui concerne l’auguste enfant qui a disparu, il suffit que le peuple, les mandarins, les brahmanes de tout le royaume observent les préceptes bouddhiques pendant sept jours ; alors on retrouvera l’auguste enfant dans le palais.
Le souverain ordonna donc à toute la population du royaume, pour retrouver son auguste fils, d’observer les préceptes bouddhiques. Le peuple tout entier fit selon l’ordre du roi.
Quant à Indra, le suprême souverain, il enseigna à Kétoméaléa les dix devoirs royaux. Il le baigna sept fois par jour pendant sept jours dans un bassin parfumé de son jardin. Ensuite il invita sept brahmanes divinisés à venir réciter des formules magiques et asperger d’eau merveilleuse Kétoméaléa afin qu’il eût une vie de plus de cent ans.
Tous ces rituels achevés, Indra ordonna au cocher d’atteler l’auguste char divin, y fit monter Kétoméaléa et survola ses palais pour que celui-ci en appréciât toute la beauté.
Quand Kétoméaléa eut regardé en détail les palais d’Indra, le cocher l’emmena visiter encore les écuries célestes.
Ensuite, Indra lui demanda :
– Est-ce que tu es content de ce que tu viens de voir ?
– J’en suis émerveillé, répondit-il.
Indra ajouta :
– Bien ! Je te confierai le royaume du Cambodge.
Pour cela, si un de mes palais que tu viens de voir te plaît et si tu souhaites en faire bâtir un au Cambodge de la même beauté, tu n’as qu’à en formuler le vœu. Je vais t’envoyer un architecte afin qu’il le construise immédiatement dans ton royaume. Le jeune prince, très émerveillé et très impressionné par Indra, réfléchit :
– Il ne faut pas que je fasse construire dans mon royaume un palais plus beau ou aussi beau que les palais d’Indra. Cela risque de provoquer le mécontentement de ce dernier. Kétoméaléa, ayant ainsi réfléchi, répondit :
– J’aimerais faire bâtir un palais qui ait une beauté comparable à celle de vos écuries.
Le souverain des dieux dit en souriant :
– La beauté de mes écuries te plaît-elle ?
Indra convoqua alors Pisnouka. Celui-ci était le fils de la danseuse céleste nommée Tip-Soda-Chan, « Fille-Divine-de-la-Lune » et du vieux Lim-Séng ; sa mère l’avait emmené au ciel chez un dieu, le grand maître des arts plastiques et de l’architecture. Ce jeune homme s’était efforcé d’apprendre à dessiner, à sculpter, à jouer de la musique auprès de son divin maftre. Ayant assimilé toutes les matières enseignées par lui, il savait construire un bateau pouvant se déplacer sur la terre ferme, sculpter sur l’argent et sur l’or, faire fondre tous les métaux et mélanger de l’eau avec de l’argile pour les transformer en pierre…
Quand Pisnouka fut arrivé, Indra dit :
– Toi, tu es de naissance humaine, tu ne peux pas demeurer éternellement au paradis. Je vais t’envoyer au Cambodge et tu y bâtiras, pour mon fils Kétoméaléa, un palais aussi beau que mes écuries. Quand tu en auras achevé la construction, je descendrai présider la cérémonie du couronnement de mon fils afin qu’il monte sur ie trône.
Au bout de sept jours, grâce à la puissance des mérites des habitants de tout le royaume qui avaient suivi les préceptes bouddhiques, Indra ordonna à Méatolei d’atteler son char divin et d’emmener Kétoméaléa et Pisnouka en direction du Cambodge. Le roi Tévavong-Aschar et la reine furent très contents de revoir leur fils.
Pisnouka commença à construire le palais d’Angkor-Vat. La construction terminée, il peignit chacun des bas-reliefs des différentes couleurs qui leur convenaient afin que la beauté de ce palais fût comparable à celle des écuries d’Indra.
Kétoméaléa, très satisfait de ce palais, combla de lou¬anges Pisnouka et lui demanda d’en bâtir beaucoup d’autres, décorés également de superbes bas-reliefs.
Indra, le suprême souverain, accompagné en cortège par de nombreuses divinités, descendit dans le monde inférieur afin de donner l’ondoiement à son auguste fils et de lui conférer le nom de sacre de Arittha-polapéa-hano, c’est-à-dire « Destructeur-puissant-des-ennemis ». Enfin il donna à notre pays khmer le nom de Kampuchea (Cambodge) qui reste encore de nos jours.

Présentation de WAM TOUR

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Gérard THEVENET – contact@wamtour.com –WAM – Artisan voyagiste au Cambodge – www.wamtour.com

Histoire khmère : Le pêcheur qui devint roi

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Depuis un moment, le bateau dans lequel était étendu Iyang ne dansait plus. Des voix s’élevèrent autour de lui. « Oh, hisse ! … Encore un effort. Oh, hisse! » Iyang entendit lé fond de la pirogue racler sur les galets. Il essaya de lever le bras et il se sentit paralysé de toutes parts. Alors il se rappela l’accident, le gros poisson qu’il avait aperçu, filant dans les rapides du Mékong, le coup d’épervier qu’il avait donné et, soudain, cette emprise du filet qui sous un coup de vent s’était retourné et l’avait coiffé des pieds à la tête. Il avait tenté de se dégager, mais il était si étroitement pris dans les mailles qu’il avait dû y renoncer. Se laissant tomber dans le fond de sa pirogue, il avait usé ses dents sur le filet sans même parvenir à l’entamer. Il comprit qu’il était prisonnier d’un Génie et il décida de s’en remettre au bon plaisir de son geôlier.
— Oh, hisse!… dirent encore les voix. Là! Ça y est!…
D’entre les mailles de son filet, Iyang essaya de parler. Mais il était si faible qu’il put à peine murmurer. Tant d’heures avaient passé qu’il en était arrivé à ne plus compter les jours ni les nuits. Il avait eu faim, puis il avait eu des visions si délicieuses qu’il ne pensait plus à son ventre vide. Et il était bien près d’expirer quand il reprit conscience au bruit que faisait sa pirogue en raclant le sol.
Ceux qui s’exclamèrent d’étonnement devant leur trouvaille, ce furent un vieux pêcheur et sa femme qui s’épongeaient le front, encore tout haletants de leur effort. D’abord, ils prirent Iyang dans son filet pour un gros poisson qu’un pêcheur avait abandonné dans son embarcation. Et déjà le vieil homme brandissait son coupe-court pour transpercer sa prise, lorsqu’une question le fit sursauter
— Qui me tire ?
Le vieux, croyant que sa femme lui parlait, la regarda :
— Mais je n’ai rien dit, Père, répondit-elle. Ce n’est pas moi qui ai parlé; la voix parait venir de la pirogue.
Alors le vieillard prit son couteau et, délicatement, il coupa maille à maille l’épervier. Un jeune homme en sortit qu’on eut tout juste le temps de soutenir avant qu’il ne s’écroulât d’épuisement.
Après qu’il se fut reposé et qu’il eut avalé quelques aliments que la vieille femme était allée chercher, il raconta son histoire. Il dit qu’il venait du pays pnong qui, ainsi que tout le monde sait, est sur les bords du Mékong, le puissant fleuve du Cambodge. Il parla de la ville la plus proche, Kra Tié, et annonça pour finir que le lendemain matin il reprendrait sa route.
— Le fleuve est bien large, constata-t-il, et le courant a dû m’emmener bien loin de mon village.
— Ma foi, mon garçon, dit le vieux, je ne sais pas si vous venez d’un grand fleuve : il doit alors se trouver fort loin d’ici car jamais je n’en ai entendu parler.
— Mais toute cette eau, n’est-ce pas le Mé kong ? cria Iyang, soudain angoissé.
— Ça ? Mais c’est la mer!…
Des deux côtés, on fut long à se comprendre. Iyang surtout, ne pouvait se rendre à l’évidence. Il avait bien entendu les vieux de son village parlé d’un fleuve si grand qu’on n’en voyait pas les rives. Ils disaient aussi que c’était à des jours et à des jours de pirogue et que l’eau y était salée. Mais Iyang savait bien qu’ils radotaient. Et voilà qu’il se trouvait sur les bords de ce fleuve si large. Il alla jusqu’à l’eau, la goûta et revint, soucieux.
– Et alors, où suis-je ici ?
— Tu es en Annam, mon garçon, et le bourg le plus proche s’appelle Sam son, à deux jours de marche d’ici.
Le jeune homme se fit une raison : après tout, il n’était pas très heureux dans son village. A la mort de son père, son oncle était venu s’installer dans la maison du défunt, s’était emparé de ses buffles, de ses jarres de terre et des gongs de bronze, seule richesse de la famille; c’est tout juste, même, si sa tante lui donnait sa part quand il rapportait sa pêche à la maison.
Décidément, le couple des vieux Annamites était accueillant. On le traitait comme le fils de la maison et Iyang pensa que pour ce vieillard qui avait perdu tous ses fils dans les guerres contre les Chams, il pourrait, plus tard, être celui qui assurerait le culte des mânes. Alors, devant la tablette des ancêtres de ses hôtes, il accepta d’être fils adoptif.

Du temps passa. Un jour, comme ils avaient besoin de se rendre à Sam Son pour vendre leur poisson sec, les deux vieux laissèrent Iyang à la maison, afin de la garder des voleurs, car le pays était plein de soldats en congé, autrement dit de mauvais garçons assez enclins au brigandage.
— Surtout, recommanda la vieille, ne touchez pas à cette jarre: elle vient de mes aïeux et abrite, à cc que m’a dit ma grand-mère quand j’étais fillette, le Génie qui fait les Rois. Mais nous ne nous en sommes jamais aperçus!… ajouta-t-elle avec un sourire.
Iyang garda la maison; mais, un soir qu’il décrochait son arbalète pour aller faire une ronde autour de la maison, une flèche tomba tout droit dans la jarre. Il plongea le bras dans le récipient pour reprendre son arme et ne trouva qu’un caillou. Comme il examinait celui-ci, il s’aperçut que son bras était tout doré. Il le lava, le frotta avec du sable, mais en vain : son avant-bras restait étincelant. Il regarda la pierre, et vit qu’elle portait comme une empreinte de griffe. De colère, il alla jusqu’à la porte et, dans l’obscurité, il lança le caillou à travers la cour : un mugissement plaintif lui répondit.
Iyang sortit, son arbalète tout armée, et il vit un buffle saignant qui boitait. Il s’approcha et constata que la cuisse de l’animal était transpercée. Par terre, le caillou luisait faiblement. Machinalement, le jeune homme le ramassa et le lança à nouveau sur un arbre : à sa stupeur, il le vit traverser le tronc sans effort, laissant derrière lui un énorme trou! Il comprit que c’était là l’Esprit qu’il avait libéré. Il reprit respectueusement la pierre et rentra dormir, non sans s’être entouré le bras de linges pour dissimuler la teinte dorée qui pouvait le trahir.
Quand, en rentrant, la vieille le vit avec le bras emmailloté, elle lui demanda ce qu’il avait :
— Oh, rien, Mère, je me suis coupé en dépouillant un chevreau.
La vieille femme, compatissante, voulut défaire le linge, voir la blessure et appliquer des baumes. Mais Iyang s’y refusa avec colère. Le soir venu, comme il s’était endormi, la femme, inquiète, vint tout doucement dérouler le linge. Elle vit que le jeune homme ne portait aucune blessure, mais qu’il tenait un caillou dans sa main toute dorée.
— Notre fils a trempé son bras dans la jarre malgré ma défense, se dit-elle. L’Esprit l’a adopté et il faut maintenant le vouer tout entier à sa puissance.
Alors, elle alla réveiller son mari, et tous deux, sans éveiller le dormeur, le lavèrent doucement avec l’eau de la jarre.
Comme tout bon Pnong, Iyang avait la peau brune, mais celle-ci devint rapidement dorée. Après un deuxième lavage, l’or parut plus beau. A la troisième ablution, l’or étincela sous la pauvre clarté de la torche. Et Yyang s’éveilla, apparemment point trop surpris de se voir ainsi resplendissant et d’apercevoir, prosternés à ses pieds, le vieux et la vieille qui répétaient :
— O Roi, tu es Celui qui devait venir ici accomplir de grandes choses; tu es Celui que les sorciers ont annoncé. Protège ta mère et ton père adoptifs.
Bien entendu, pour que tout le village ne s’exclamât point devant sa couleur dorée, Iyang avait dû abandonner le modeste pagne qu’à la mode pnong il portait, ceignant ses reins. Il dut revêtir le pantalon noir et la tunique annamite qui l’étouffaient. Alors il obtint d’aller conduire les buffles au pacage. Là, isolé, il pouvait, sans éveiller de curiosité, se dévêtir et exposer au soleil son corps avide d’être libre.
— Vois-tu ces collines ? lui avait indiqué le vieillard : derrière, dans des marécages, s’élèvent des palais. Ne t’y aventure jamais si tu ne veux pas rencontrer le Grand Dragon qui, tous les sept ans, vient ici dévorer une fille du Roi, qu’on lui donne. Et aussi on lui fournit cinq cents buffles, cinq cents porcs, cinq cents cages de poulets et de canards. Surtout, ne dépasse pas le faîte des collines!
Autant dire à un enfant qu’il y a des gâteaux dans un coffre et qu’il est interdit d’y porter la moindre dent…
Tous les jours, Iyang conduisait ses buffles de plus en plus loin de la maison. Pendant que, vautrées dans la boue, les bêtes protégeaient du soleil et des piqûres de moustiques leur peau sensible, Iyang pêchait des cyprins et des perches dans les mares.
Un jour, un buffle se leva en mugissant et se mit à galoper vers les collines, ivre de la douleur que lui causaient d’énormes sangsues attachées à ses flancs. Iyang le suivit, monta sur la hauteur et, de l’autre côté, aperçut de splendides bâtiments qui s’élevaient au milieu des marécages. Il rejoignit son buffle, le débarrassa des sangsues et l’enfourcha, le poussant vers les palais.
On aurait dit que les bâtiments étaient neufs et pourtant ils paraissaient abandonnés. Le jeune homme les compara aux ruines khmères qu’il avait autrefois découvertes dans sa forêt natale, bien loin de là. Il franchit la porte qu’aucun soldat ne gardait et vit dans la première enceinte des centaines et des centaines de buffles et de porcs. Laissant là sa monture, il poursuivit sa route et arriva dans le palais central. Comme il faisait chaud et que personne n’était en vue, le jeune pêcheur abandonna ses vêtements, ne gardant que son mince pagne; beau comme un dieu d’or il gravit l’escalier.
Dans une grande salle, il trouva une jeune fille qui cousait des vêtements. Elle était richement vêtue et elle ne sembla manifester aucune surprise à l’arrivée du visiteur. Lui, pauvre pêcheur, il n’avait jamais vu teint si délicat; s’il avait connu les roses thé — mais il n’y en a pas en pays pnong — il l’aurait comparée à cette fleur. Il pensa alors à la pâleur nacrée qu’a la pleine lune en juin et il ne sut que murmurer :
— Comme tu es jolie!
Ce qui est bien la manière la plus élégante d’entamer conversation avec une inconnue. Mais Iyang était sans malice et s’il parla ainsi d’amour, ce fut sans s’en douter.
Quand le soir arriva, les deux jeunes gens en étaient déjà à se tenir par les mains et à se regarder avec tendresse.
— Je suis la fille du Roi, dit enfin l’inconnue. Je n’ai plus que quatre mois à vivre. Dans cinq lunes, le Dragon, Père des Eaux Mortes, viendra me dévorer. Il aura auparavant avalé tout le cheptel que tu as vu dans les cours. Si on ne lui donnait pas tous les sept ans une fille du Roi et du bétail, il dévorerait tous les habitants du royaume.
— Laisse-les dévorer, interrompit Iyang.
— Cela n’avancerait à rien… C’est la Loi! Ainsi elle a été de tout temps, ainsi elle sera toujours. C’est à ce prix que le Dragon Père des Eaux Mortes dispense la pluie aux humains.
— S’il en est ainsi, dit Iyang, dès qu’il aura assez plu et que les paysans auront suffisamment d’eau dans leurs rizières, j’irai tuer le Dragon.
— Vous n’avez pas beaucoup de puissance, fit la jeune fille en regardant la taille mince de son défenseur.
– Si fait, repartit-il, plus que vous ne le pensez! Mais je dois posséder un de ces sabres que, dans mon pays, forgent les géants qu’on appelle des Yéaks.
— Je serai inquiète pendant votre absence, dit la Princesse attristée.
— Non, répondit le jeune homme, car je pourrai vous donnez de mes nouvelles. Je vais vous montrer comment…
Dans la cour était rassemblé le troupeau destiné au Dragon. Avisant une bufflonne, Iyang alla la traire. Prenant une petite tasse, il la remplit de lait puis la suspendit par sept fils.
— Si ce lait devient rouge, dit-il, vous apprendrez ma mort. Si les fils se détendent, vous saurez que je suis malheureux. S’ils restent bien tendus, vous connaîtrez que tout va bien.
Et il se retira après avoir doucement respiré la joue délicate de la Princesse.

Lorsqu’il rentra, il annonça aux deux vieux qu’il allait partir vers le soleil couchant, qu’il franchirait la haute chaîne de montagnes, qu’il ferait son chemin dans la forêt et qu’il arriverait ainsi sur les bords de son fleuve natal, le Mékong. Mais il ne dit pas que c’était pour aller au royaume des Yéaks.
— Mais, mon pauvre enfant, les tigres et les panthères vont te dévorer! Nous ne pouvons te laisser partir…
— Je suis puissant, ne l’oubliez pas, dit le jeune homme avec colère, en découvrant ses bras dorés. D’ailleurs, si vous me retenez ici, je retournerai ma langue dans ma bouche, je mourrai, et mon Esprit viendra vous tourmenter dans cette vie et dans l’autre!…
On résiste quelquefois à une puissance humaine, mais on cède toujours à la menace des Esprits. D’ailleurs, en Annam, on discute avec violence sur un sujet pour n’y plus penser une heure après. Le soir, Iyang trouva sa mère adoptive qui, en reniflant, lui préparait une hotte comme en portent les sauvages Moïs des hautes forêts. Mais Iyang n’était-il pas un Pnong, un vrai sauvage des sylves cambodgiennes ?
— Afin que vous ne soyez pas inquiète de moi, dit le jeune homme, je vais vous donner un moyen de savoir ce qui m’arrivera.
Et, remplissant de lait une petite tasse, il répéta ce qu’il avait dit à la princesse. Ensuite, il prit la route de l’Ouest, sa pierre à la main.

Le voyage dura plus d’un mois. Adroit, Iyang sut éviter la désagréable rencontre des éléphants sauvages, des panthères et du seigneur Tigre. Il sut même se garer des sangsues et des impitoyables fourmis rouges, plus féroces que les fauves. Il est vrai que le jeune homme était un véritable fils de la forêt et qu’au reste il n’oubliait pas de se recommander à l’innombrable peuple des Esprits invisibles. Il leur avait d’ailleurs sacrifié un poulet blanc avant de se mettre en route.
Enfin il arriva dans le royaume des Yéaks et, ayant franchi les dix-huit enceintes, il se présenta sans se faire annoncer devant le Roi des Yéaks.
— Qui franchit ainsi la porte de mon palais ? s’écria le Souverain.
— Moi, Iyang… Grand-Oncle, ajouta le pêcheur, je viens vous demander un sabre pour tuer le Dragon, Roi des Eaux Mortes.
— Tuer le Dragon ? Mais, mon garçon, il faut une autre carrure que la tienne pour ce bel exploit!…
Et le Roi pensait tout bas : « Je vais éprouver son courage. » Alors il se dressa de toute sa hauteur. Il faut avouer qu’il était effrayant. Sa tête touchait le plafond, ses yeux se mouvaient avec rapidité dans tous les sens comme ceux d’une langouste, ses crocs recourbés tels ceux d’un sanglier retroussaient sa lèvre supérieure. Et, ce qui était le moins rassurant, il faisait siffler un immense coupe-court au-dessus de la tête de l’imprudent. Il est certain qu’à des centaines de kilomètres de là la Princesse et la vieille durent voir le lait rosir dans leurs tasses.
Mais Iyang ne se démonta pas pour si peu. Avec adresse, il lança sa pierre dans le tournoiement d’éclairs, avec tant de précision et de force que la lame vola en éclats et que le mur du fond de la pièce s’abattit avec fracas.
— Diable, pensa le Yéak, voilà un rude compagnon!
Alors sa figure se fit aussi aimable qu’elle pouvait le paraître avec des traits à ce point féroces, et il invita le jeune homme à se restaurer. Mais Iyang écarta l’un après l’autre les plats qui lui étaient présentés.
— Si je mange des oiseaux, je ne penserai plus à ma mission, dit-il. Si je mange des iguanes, j’aurai le goût de bananier sauvage dans la bouche. Si je mange de la chair de buffle, j’aurai le goût d’herbe. Si je mange des cailles, je n’aurai plus de cheveux sur la nuque. Si je mange de la chair de singe, les arbres de la forêt ne me laisseront pas passer au retour… Non, Roi, je ne puis manger que de la cervelle d’un poisson gros comme une baguette.
— Oh! fit le Yéak, ce garçon est rusé et difficile à contenter.
Et il partit en maugréant pêcher les minuscules poissons.
— Maintenant que vous m’avez bien servi, dit Iyang après son repas, il va falloir, Grand-Oncle, que vous me forgiez un sabre.
— Ce n’est pas difficile, fit le Roi, dompté. Ayant pris du bois odorant, il le fit consumer afin d’avoir du charbon.
— Maintenant, allume ce charbon, ordonna-t-il.
Tout bas, il pensait : « Le jeune homme va allumer le charbon. S’il est puissant, la flamme va s’élever haut dans la pièce. Sinon ce n’est qu’un imposteur et je le massacrerai avec joie pour toutes les humiliations dont il m’abreuve depuis ce matin. »
Mais Iyang, son caillou dans la main, remua le bras avec tant d’énergie que la flamme jaillit haute et enflamma le toit de palmes séchées de la forge.
— Hé là, hé là!… Arrête!…. Ce garçon est vrai ment puissant, pensa le Yéak. Après tout, je dois l’aider : il nous débarrassera de ce Dragon qui nous interdit l’accès de la plaine.
Alors, se baissant, il voulut prendre la pierre du foyer pour la porter à l’abri. Mais elle était si lourde qu’il ne put, quelle que fût sa force de Yéak, arrivé à la soulever.
— Laisse cela, Grand-Oncle, dit Iyang en écartant le Roi.
Glissant son poing armé du caillou sous la dalle, il souleva celle-ci sans effort.
De tous côtés arrivèrent des Yéaks qui portaient des morceaux de minerai et qui se mirent à souffler sur le feu. Malgré toute son assurance, Iyang ne se sentait pas très à l’aise au milieu de ces figures démoniaques, aux crocs relevés, les joues gonflées de l’effort de soufflerie, qui haletaient au-dessus du foyer. Bientôt les morceaux de minerai se mirent à fondre et un ruisseau incandescent coula dans une rigole. S’il fut un homme étonné, ce fut Iyang. Dans les forêts on ne connaissait que le travail du bois; en Annam, on se servait de lames en bronze trempé. Le fer était encore inconnu.
Quand il fut refroidi, les Yéaks soulevèrent à grand peine le lingot et le mirent à nouveau sur le foyer jusqu’à ce qu’il rougît. Puis ils disparurent tandis que le Roi commençait à forger l’arme avec de grands « Han! ». Peu à peu, la lame prenait corps. Lorsque le moment de la trempe arriva, un immense jet de vapeur sortit en sifflant du bassin où le Yéak avait jeté le sabre.
— Essaye maintenant le tranchant sur cet arbre, dit le Roi en tendant l’arme au pêcheur.
Iyang, qui ne lâchait toujours pas son caillou tout-puissant, donna un coup formidable sur le tronc désigné. L’arbre fut abattu, mais le sabre était brisé.
— Il faut recommencer, fit le Géant.
Et il se remit à forger. Quand la lame fut bien trempée, polie, affilée, il tendit à nouveau le sabre à Iyang :
— Essaye encore, dit-il.
Le jeune homme se mit à frapper. D’un coup, les troncs étaient fauchés sans que le sabre fût même ébréché. Il l’essaya dans les eaux d’une cascade et tua des saumons qui remontaient le courant.
L’arme était parfaite! Le Roi des Yéaks la munit d’une poignée et la tendit à Iyang. Celui-ci, après avoir soupé d’une jarre pleine de trois coudées de riz, autant d’oeufs, autant de piments et d’aubergines rondes, après avoir fumé huit noeuds de bambou pleins de tabac, remercia le Roi et s’enfonça dans la forêt. Longtemps, les feux se reflétèrent à travers les troncs d’arbres sur son corps doré. Pour la première fois, un homme s’en retournait vivant du royaume des Géants.

— Bien des fois, le lait a menacé de devenir rouge, mon petit, lui dit la vieille femme lorsqu’il revint. Bien des fois les sept fils sont devenus tout mous et je tremblais alors pour toi.
— Et maintenant que te voilà revenu sans encombre, ajouta son père adoptif, tu vas aller conduire les buffles. Mais fais bien attention de ne pas t’engager dans les marécages qui sont derrière la colline : c’est que bientôt doit arriver le Dragon.
Iyang riait sous cape, car il n’avait jamais dit aux deux vieux qu’il était entré dans le Palais, qu’il avait reniflé tendrement la joue d’une princesse belle comme la lune de Juin et qu’il lui avait promis de tuer le monstre.
Pendant une semaine, il partait tous les matins à l’aube conduire les buffles. Puis, sitôt hors de vue, il montait sur le cou de l’animal le plus puissant pour se rendre au Palais. Et l’on peut facilement s’imaginer les douces heures qu’il y passait.
Si joyeuse que fût la Princesse lorsqu’Iyang arrivait, elle ne tardait pas à tomber dans un silence plein de tristesse.
— C’est demain que le Dragon arrive, dit-elle un jour. Demain, je…
Et elle éclata en sanglots. Car, à quinze ans, on commence à avoir un goût forcené pour la vie.
— Demain! cria joyeusement Iyang. Je le savais…
Mon père et ma mère adoptifs m’ont bien recommandé d’aller faire paître les buffles du côté des salines, ajouta-t-il en riant.
Le lendemain, c’est à l’aube qu’il arriva. A peine eut-il le temps de voir les tendres couleurs du matin s’envoler comme un grand vol de tourterelles. Aussitôt né, le soleil se mit à chasser la nuit à grands coups de rayons.
— Cachez-vous… Vite, vite!… Voilà le Dragon qui entre dans la cour.
— Me cacher ? Mais je suis plus puissant que tous les
Dragons de la terre, répondit orgueilleusement Iyang. A peine eut-il prononcé ces mots que la pièce s’obscurcit. C’était le Dragon qui se montrait à la fenêtre — car sa nature lui interdisait de rien faire comme tout le monde. Il était vraiment affreux, ce Dragon, et splendide dans son horreur. On ne voyait d’abord qu’une énorme gueule qui crachait des flammes semblables à autant de langues. Tout le long de son corps frémissaient de gigantesques nageoires, nervurées comme des voiles de jonques. Les écailles de son dos dessinaient des losanges bleus et jaunes, alors que celles de son ventre étaient livides; au moindre mouvement, elles s’entrechoquaient avec un bruit de métal.
— Hhhoufff! grogna le Dragon en apercevant la Princesse blême de terreur dans un coin de la chambre. Que voilà donc un succulent dessert!… Mais allons d’abord déjeuner. Je parie bien que, cette fois encore, le Roi ne m’aura pas donné mon compte de bêtes. Ah! ces Annamites!…
Dans la cour, les cageots de canards avaient été engloutis en un clin d’oeil, osier et plumes compris. Puis ce fut le tour des porcs : avec un grognement, ils disparaissaient au fond de la gueule comme dans un four ardent. Un moment essoufflé d’avoir mangé trop vite, le Dragon s’arrêta. Il aperçut Iyang qui était descendu dans la cour et le regardait déjeuner, assis sur les marches du grand escalier.
— Tiens! un entremets!… Ce Roi est vraiment plein de prévenances.
Et sa langue vint délicatement palper le jeune homme qui ne broncha pas.
— Dépêche-toi donc de manger tes buffles, dit seulement Iyang.
D’un coup de sabre, il fit voler la tête de la monstrueuse bête…
A leur tour, les bêtes à cornes furent avalées. A la cinq-centième, le pêcheur se leva et, du pied, poussa des barils jusque dans la gueule du Dragon.
— Il faut maintenant fumer, dit-il laconiquement.
Le Dragon regarda avec méfiance ce tabac qu’il ne connaissait point jusqu’alors, mâchonna un tonneau qui s’enflamma avec une fumée épaisse, puis un autre, puis les dix derniers. Il s’amusait à rejeter de la fumée par les narines, par les yeux et par les oreilles, et il parut tout désappointé de voir la cour vicie et son entremets disparu. Quatre à quatre, Iyang était monté dans la chambre où la Princesse agonisait de peur. A peine y fut-il entré que la tête du Dragon apparut dans l’embrasure de la fenêtre.
— As-tu bien mangé ? cria insolemment le pêcheur. As-tu bien fumé ?…
Le Dragon semblait alourdi d’avoir avalé si vite le bétail; le tabac qu’il avait fumé sans mesure lui donnait sans doute des nausées, car, sans répondre, il dodelina de la tête. Puis, dans un grand effort, il pénétra à moitié dans la pièce.
C’est ce qu’attendait Iyang. D’un coup de sabre, il fit voler la tête de la monstrueuse bête en même temps qu’il coupait par inadvertance un morceau de sa propre écharpe. Je ne décrirai pas la mer de sang qui submergea la cour, les torrents de feu et de fumée pestilentielle qui longtemps tournoyèrent autour du palais, au point que tout l’Annam sembla ravagé par un formidable incendie. Un jour entier, dans la cour, le corps du Dragon se noua, se dénoua, s’élança vers la fenêtre pour se ressouder avec sa tête. Mais Iyang avait eu la précaution de rejeter d’un coup de pied, au fond de la pièce, l’immonde gueule de l’animal. Quant au sabre, il l’avait lancé par la fenêtre : en tombant, la lame s’était enfoncée droit dans le corps du monstre, le clouant au sol.
Étonné de ne pas voir tomber la pluie, le Roi décida d’envoyer aux nouvelles. Ce furent un aveugle et un sourd-muet liés par le poignet qui partirent pour le Palais. Quand on détient le pouvoir, on n’est jamais trop prudent dans le choix de ses émissaires.
Quand ils revinrent et qu’ils racontèrent, l’un ce qu’il avait senti de son nez et touché de ses mains, l’autre ce que ses yeux avaient vu, mais qu’il ne pouvait exprimer autrement que par gestes, ce fut une stupeur à la Cour. Le Roi décida d’aller lui-même se rendre compte de ce qui était advenu.
La première personne qu’il aperçut fut sa fille, bien vivante. Il la tournait, la retournait, la humait sans arriver à comprendre la raison de ce miracle.
— Mais qui donc a tué le Dragon ? finit-il par demander.
— Je ne sais, répondit la Princesse. Sans doute, je dormais.
C’est qu’Iyang lui avait fait promettre de se taire. Bien qu’il fût encore fort jeune, il savait qu’on n’a que des désagréments à se mêler des affaires des puissants. Et ce n’est vraiment que parce qu’il avait le cœur plein de la Princesse, qu’il avait abattu le Dragon.
Mais le Roi avisa près de la tête du monstre un morceau d’écharpe.
— Qu’on trouve à qui appartient ce vêtement, ordonna-t-il. Si dans une lune vos recherches ont échoué, ajouta-t-il en regardant ses Ministres d’un air menaçant, je vous fais écorcher vifs.
Alors, car on les savait braves, tous les hommes de la forêt furent invités à descendre dans la plaine, les Sédangs, les Chamas, les Pihs et les Jaraïs. D’autres vinrent de plus loin, les Saotchs, les Chongs, les Samrés et même les Angraks à la peau si noire. Tous avaient appris qu’on recherchait pour le récompenser un homme dont l’écharpe était tranchée dans un coin et tous avaient coupé un morceau de leur propre vêtement. Mais quand, leur désignant le corps du Dragon, on leur demandait de le remuer, ils s’efforçaient en vain de le déplacer d’un pouce. Quant à arracher le sabre, il n’en était pas question…
– Va-t’en, vil menteur!… Tu ne peux même pas ébranler un Dragon mort. Comment as-tu l’audace de prétendre que tu l’as tué quand il était vivant ?
Et les coups de rotin de pleuvoir sur les échines.
En désespoir de cause, on alla chercher de frêles Annamites, de nonchalants Cambodgiens, des Siamois amollis de luxe, des Chams qui, bien que braves guerriers, étaient manifestement incapables d’affronter un Dragon. On vit même un jour le Ministre de la Guerre qui amenait par la main un marchand chinois — un catiou, comme on les appelait : vert de peur, le fils de Han s’enfuit dès qu’il aperçut dans la cour la queue diaprée du monstre.
Alors, les Ministres commencèrent à faire graver les tablettes qu’après leur mort — dont ils ne doutaient plus — ils désiraient voir placer sur l’autel domestique de leur maison.
Mais, un jour, un simple garde du Palais aperçut un jeune pêcheur dont l’écharpe était tranchée dans le coin. Il était vêtu comme un Annamite, ce garçon, mais on voyait qu’il n’était pas du pays.
Amené devant le Dragon, le Roi lui désigna le sabre.
— Eh bien! ramasse-le.
Le cœur de Iyang battait bien fort à retrouver son arme. Mais il était décidé à ne rien avouer. Tout autour de lui, on commençait à ricaner : « Encore un qui pense remuer le corps avec le bout du pied!… Un gamin!… Le sabre sera trop lourd pour lui! »
— Trop lourd pour moi! cria Iyang piqué au vif.
On ne vit qu’un éclair. D’un seul coup, le corps du Dragon fut tranché en plein travers d’une de ses boucles. Maintenant, trois tronçons gisaient à terre devant le Roi étonné et les Ministres devenus soudain tout joyeux.
— Hum!… fit le Souverain. Il n’est guère propre, notre vainqueur! Qu’on le lave.
Qui poussa des clameurs en voyant sous la crasse apparaître de l’or, un bel or tout brillant ? Ce furent les soldats, puis les chambellans, les Ministres, le Roi lui-même. Un dieu se révélait à eux et ils comprenaient que tout ce qui était advenu ne l’avait été que par la volonté des Esprits tout-puissants.
Peut-on faire autre chose, lorsqu’on est Empereur d’Annam et qu’on voit son pays débarrassé d’un monstre qui le terrorisait, que de donner sa fille en mariage au libérateur ? Il n’avait d’ailleurs pas échappé au Roi que les jeunes gens se regardaient d’un air fort doux…
— Je veux bien épouser votre fille, ô Sire, dit Iyang, car nous nous aimons tous les deux. Mais je veux laisser le trône à votre descendance mâle. Laissez-moi repartir avec mon épouse dans mes forêts. De sous les arbres, je ferai votre royaume plus fort encore.
Pendant des années, Iyang se mit, avec d’autres Pnongs, à traiter le minerai de fer, à couler dans des auges le métal incandescent, à le forger et à le tremper comme il l’avait vu faire au Yéak. Chaque année, en grande pompe, il apportait au roi d’Annam le travail des douze lunes : des socs de charrue, des aiguilles pour coudre et aussi des lances et des épées qui jamais ne se brisèrent dans les combats.
Mais un souverain de la dynastie des Li eut la malencontreuse idée de vouloir contraindre les Pnongs à servir sous ses étendards. Les Annamites envahirent la forêt. Alors les Pnongs s’enfuirent au plus profond des montagnes; ils reprirent l’habitude, qu’ils avaient perdue, de dormir dans les arbres; ils redevinrent des sauvages indomptables qui, aujourd’hui encore, n’acceptent pas de frayer avec les hommes de la plaine.
Et l’Empire d’Annam s’agrandit, s’éleva, puis s’endormit; car, ainsi que le dit la sagesse asiatique : « La plaine et la forêt doivent s’aider, sinon elles végètent misérablement, chacune dans son isolement.»

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Présentation de WAM TOUR

Créé en 2007 par moi-même qui suis présent au Cambodge depuis 1993 je vous propose mon expertise pour la réalisation de votre séjour. Il va sans dire que cette expertise représente un cout mais cela vous donne aussi la garantie d’un voyage réussi et parfaitement planifié par un spécialiste sur place. Ce cout sera moins élevé qu’en vous adressant à une agence généraliste qui utilisera de plus un ou plusieurs intermédiaires.
Mes connaissances du pays n’ont pas pour but de vous faire découvrir moi-même ce merveilleux pays car les cambodgiens sont les plus aptes à vous faire apprécier leur royaume, je suis simplement le trait d’union entre vous et eux en vous recommandant les meilleurs.

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HISTOIRE KHMERE : LE TRESSEUR DE BOITES

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Autrefois il y avait un homme qui savait bien tresser des boîtes en feuille de palmier. Voulant avoir un domestique, il alla tresser des boites à la cime d’un palmier en rêvant :
– Si je tresse une boîte, je la vendrai dix sous et si je tresse mille boîtes, j’obtiendrai cent riels. Ensuite j’achèterai un domestique. S’il ne me donne pas satisfaction, je lui enverrai des coups de pieds.
Ayant réfléchi ainsi, il leva ses mains et ses pieds pour frapper des pétioles de palme. Il perdit l’équilibre et tomba de la cime du palmier. Mais il arriva à saisir au passage une palme et resta se balançant dans l’air comme si on l’avait suspendu. A ce moment-là passa par hasard un cornac monté sur son éléphant. Le vannier s’écria :
– Si vous m’aidez à descendre de la cime du palmier, j’accepterai d’être votre serviteur à vie.
Le cornac, l’ayant entendu, fut très content. Il conduisit son éléphant sous le palmier et se mit debout sur le dos de ce pachyderme. Puis il se haussa et tendit ses mains pour prendre les pieds du vannier. Le mouvement fit remuer le dos de la bête qui brusquement s’en alla. Le cornac resta suspendu avec cet homme. A ce moment-là quatre hommes chauves, partis à la recherche de domestiques pour servir leurs femmes respectives, arrivèrent sous ce palmier. Le cornac et le vannier se mirent à pousser des cris :
– Eh, Messieurs ! Si un parmi vous peut nous aider à descendre de la cime de ce palmier, nous deux, nous accepteras d’être vos serviteurs à vie.
Les quatre chauves, les ayant entendus, furent pris d’une grande joie et réfléchirent :
– Nous les aurons comme esclaves selon notre désir.
Alors ils s’écrièrent :
– Nous quatre, nous pouvons vous aider.
Les quatre chauves se mirent debout sous le palmier, prirent un pagne et en nouèrent chacun un coin à leur cou. Puis ils avertirent le vannier et le cornac en criant ;
– Eh, vous deux ! Laissez-vous tomber de la cime du palmier.
Les deux hommes se jetèrent sur le pagne tendu par les quatre chauves. Cela fit tirer brusquement le pagne. Les quatre chauves se heurtèrent tête contre tête et moururent sur le coup. Quand le cornac et le vannier virent que les quatre chauves étaient morts ainsi, ils eurent peur et allèrent avertir une vieille femme :
– Ô, grand-mère ! Si vous arrivez à arranger l’affaire, nous resterons vos serviteurs à vie.
La vieille femme fut transportée de joie car son mari était allé défricher son champ dans la forêt et elle dit :
– Si c’est ainsi, vous allez transporter les quatre cadavres chez moi et vous les envelopperez.
Puis la vieille leur ordonna de sortir de la maison seulement un cadavre. Ensuite elle se mit à se lamenter. Les gens du village la questionnant, elle répondit :
– Mon mari est mort.
Ils emportèrent le cadavre pour le faire incinérer. La vieille leur recommanda :
– Veuillez le brûler bien ! Quand il était vivant, il m’aimait beaucoup.
Quand on eut brûlé le premier cadavre, la vieille s’écria :
– Mon mari est revenu à la maison.
Les gens du village transportèrent un autre cadavre et l’incinérèrent aussi. Ayant recommencé la même opération quatre fois, ils virent alors sortir de la forêt le vieillard, le mari véritable de cette vieille femme qui avait le corps entier tache de charbon. Les gens du village, l’ayant aperçu ainsi
saisirent de force ce vieillard et le brûlèrent vif.

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Légende du Cambodge : le singe voleur ….

LE SINGE QUI VOLA LA COURONNE
ROYALE

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Il était un roi qui passait régulièrement se distraire dans la forêt. Un jour il enleva sa couronne, la mit dans un coffre d’or et la fit garder par une femme dans un pavillon. Puis le souverain partit à la chasse avec son armée. Ayant sommeil, la gardienne de la couronne s’endormit. Alors un singe descendant d’un arbre vit cette femme dormir profondément. Il ouvrit le coffre, déroba la couronne royale, s’en coiffa et dansa fièrement sur une branche. Enfin il la cacha. La gardienne, s’étant réveillée, aperçut le coffre ouvert : la couronne avait disparu. Tout à fait affolée, elle se dit:
– Je vais certainement être exécutée par ordre royal.
Elle courut alors partout à la recherche de la couronne, mais en vain ; elle ne la trouva pas et pleura à chaudes larmes. Quand le monarque revint de la chasse, cette femme l’informa de cette affaire : elle avait eu sommeil et s’était endormie »; alors un voleur était venu dérober la couronne royale. Le roi ordonna à tous les gardes d’aller la chercher partout. Tout à coup, ils rencontrèrent un chasseur qui, une arbalète à la main, allait chasser pour assurer sa subsistance. Ils encerclèrent le chasseur, l’emmenèrent se prosterner devant le monarque et dirent :
– Celui-ci est le voleur de la couronne.
Puis ils le confièrent au juge afin qu’il fît son procès. Le juge réfléchit et questionna le chasseur qui lui répondit :
– Je n’ai pas volé la couronne. Je cherche seulement à chasser des animaux dans la forêt et ne me suis jamais approché du pavillon royal.
Le juge dit au roi :
– C’est lui le méchant voleur. Il n’y a personne d’autre qui oserait passer dans cette forêt. Ce n’est pas la peine de faire un jugement. Il suffit de le soumettre à la torture et de l’interroger pour retrouver la couronne.
Le roi ordonna qu’on martyrisât le chasseur. Celui-ci n’était pas le voleur, mais il souffrait tellement qu’il ne pouvait plus le supporter ; il cria :
-Ô Seigneur ! Je suis vraiment le voleur qui a dérobé la couronne et je l’ai donnée au Setthei (l’homme riche) car il m’avait envoyé la voler ; en échange il n’a donné une récompense.
Le souverain, ayant entendu cela, ordonna qu’on arrêtât « l’homme riche » pour le juger. Ce dernier répondit :
– Je n’ai pas envoyé ce chasseur dérober la couronne royale.
Le juge demanda qu’on torturât « l’homme riche ». Quand celui-ci souffrit si fort qu’il ne le supportait plus, il répondit :
– Ô Seigneur ! C’est vrai que j’ai chargé ce chasseur d’aller voler la’ couronne royale. Mais je l’ai donnée comme cadeau au Porôhet (chapelain royal).
Le juge demanda au roi d’arrêter le chapelain pour le juger. Celui-ci répondit :
– Ô Seigneur ! Cet « homme riche » ne m’a pas offert la couronne royale.
Le juge demanda au monarque de faire torturer aussi le chapelain. Ce dernier était innocent, mais quand il subit un supplice si douleureux qu’il ne pouvait plus le supporter, il s’écria :
– Maître ! Veuillez desserrer un peu !
Puis il déclara :
– Ô Seigneur ! « l’homme riche » m’a vraiment offert la couronne royale, mais je l’ai dissimulée dans le bois du parc.
Le souverain ordonna qu’on allât l’y chercher. Mais personne ne trouvant rien, il fit recommencer la torture.
A ce moment-là, le mandarin Polatép, venu à l’audience royale, entendit les cris du chapelain, de « l’homme riche » et du chasseur qui gémissaient et se lamentaient très fort ; il réfléchit avec lucidité et se dit :
– Si on continue à les martyriser ainsi, ils mourront. Quant à la couronne, elle disparaîtra définitivement.
Alors il demanda au roi le droit de s’occuper du procès. Le souverain donna son accord ; le mandarin Polatép examina cette affaire avec l’ensemble des hauts dignitaires. Il emmena les trois prisonniers dans une pièce aux murs bien fermés. Pendant la nuit, il envoya un secrétaire aller écouter en cachette derrière le mur sans que les trois personnes ne fussent au courant. Alors « l’homme riche » dit :
– C’est à cause de toi, chasseur, que je souffre beaucoup. Eh, chasseur ! Depuis quand t’ai-je envoyé voler la couronne royale comme tu l’as déclaré ? C’est à cause de cela que le monarque m’a martyrisé ainsi.
Le chasseur répondit :
– Ô, Seigneur ! Je n’ai pas volé la couronne royale pour vous, mais on m’a torturé si fort que je n’ai pas pu le supporter. Alors je vous ai dénoncé afin de pouvoir me sauver un moment.
Le chapelain dit à « l’homme riche » :
– Depuis quand m’as-tu offert la couronne comme tu l’as prétendu ?
« L’homme riche » répondit :
– Ô, Maître ! On m’a torturé tellement que je n’ai pas pu l’endurer. Alors je vous ai dénoncé.
Ensuite il demanda à son tour au chapelain royal :
– Quant à vous, Maître, je ne vous ai jamais donné la couronne royale. Pourquoi avez-vous avoué cela ? Enfin vous avez dit que vous l’avez cachée dans le bois du parc, mais on ne l’y retrouve pas.
Le chapelain royal répliqua :
– Ô monsieur ! Le roi n’a pas examiné minutieusement l’affaire. Brusquement il a ordonné qu’on me torture tellement fort que j’ai parlé sans me contrôler afin qu’on suspende le supplice.
Le secrétaire, ayant entendu cela clairement, nota les paroles du chasseur, de « l’homme riche » et du chapelain royal. Il les rapporta au mandarin Polatép. Ce dernier réfléchit et se dit :
– Le chasseur, « l’homme riche » et le chapelain royal ne sont pas des voleurs.
Ensuite le mandarin Polatép ordonna à un artisan de faire une couronne semblable à la précédente et de l’offrir au monarque. Puis il demanda au roi d’aller à nouveau se distraire dans la forêt du parc et de garder la couronne royale au même endroit que celui où la femme l’avait mise ; il lui dit aussi de faire semblant de dormir tout en n’ayant l’air de rien, mais d’appeler en criant fort à partir du moment où un voleur reviendrait voler la couronne royale. Ayant fait ces recommandations à cette femme, le mandarin Polatép ordonna aux soldats de faire le guet en cachette. Puis le roi partit à la chasse comme auparavant.
Le même singe, descendant de la cime de l’arbre, vit la femme dormir sans bouger. Il ouvrit le coffre, déroba la couronne royale, s’en coiffa et dansa fièrement sur l’arbre. Cette femme cria :
-Ah ! C’est le singe qui a volé la couronne.
Les gardes qui surveillaient la couronne se hâtèrent en criant :
– C’est le singe qui a dérobé la couronne et l’a dissimulée dans un trou d’arbre !
Quand le roi rentra au pavillon, la femme et les gardes l’informèrent de l’affaire en détail. Le souverain ordonna à un garde de monter voir le trou de l’arbre. Il trouva l’ancienne et la nouvelle couronne et il les apporta au roi. Celui-ci dit :
– Ah, c’est le singe qui a volé la couronne. En ce qui concerne cette affaire, si le mandarin Polatép n’était pas venu au conseil de juridiction, le juge n’aurait pas trouvé de solution et aurait martyrisé le chapelain, « l’homme riche » et le chasseur jusqu’à la mort. Quant à ma couronne, elle serait définitivement disparue.
Le monarque, ayant parlé ainsi, donna au mandarin Polatép de merveilleuses bénédictions au milieu de l’assemblée.

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Légendes du Cambodge: Le paresseux…

Le Paresseux vautré dans la cendre

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Un vieux récit rapporte qu’il était né un « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre », ainsi nommé parce que dès qu’il avait su marcher, il allait tous les jours se coucher dans la cendre. A son adolescence, il fit pousser un plant d’aubergine, mais par paresse il ne l’arrosait pas et ne savait toujours que se vautrer dans la cendre. Chaque jour, quand il se réveillait, il arrosait le plant d’aubergine avec son urine jusqu’à ce que ce plant grandît et donnât un fruit de plus en plus gros. Un jour, la jeune princesse de ce pays ressentit une chaleur cuisante et demanda à son auguste père d’aller se distraire dans la forêt. Le souverain lui en donna l’autorisation. Alors elle mobilisa des gardes à cheval, des gardes à éléphant et des fantassins. Une fois l’escorte prête, elle partit se promener à sa guise. Elle alla loin et arriva à l’endroit où habitait le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre ». Elle regarda et vit une aubergine. Elle eut envie de la manger et envoya des serviteurs la cueillir. Quand ils furent sur le point de la prendre, le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » se réveilla et s’écria :
— Eh ! Pourquoi venez-vous voler mon aubergine ? Alors ces serviteurs répondirent :
— La princesse qui se promène dans la forêt a envie de manger cette aubergine et elle nous a envoyés la cueillir.
Le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » dit :
— C’est moi qui ai fait pousser ce plant d’aubergine. Pourquoi ne demandez-vous pas d’abord ?
Ces serviteurs répondirent :
— Si c’est ainsi, nous vous demandons la permission.
— Cueillez-la, répondit le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre ».
Ils cueillirent l’aubergine et l’apportèrent à manger à la princesse.
Dès qu’elle eut mangé cette aubergine, elle devint enceinte. Elle était triste et elle craignait que son père ne le sût. Quand la grossesse fut visible, toutes les servantes s’en aperçurent et en informèrent le roi. Celui-ci leur ordon¬na d’aller chercher la princesse. A son arrivée, le souverain lui demanda :
— Es-tu enceinte ?
— Oui, Majesté, répondit-elle.
Le roi questionna de nouveau la princesse :
— Avec qui as-tu fait cela ? Dis-moi la vérité.
Elle répondit :
— Selon votre piété, Majesté, si vous me laissez vivre, je vivrai comme esclave sous la poussière de votre auguste pied, si vous me faites exécuter, je mourrai suivant votre volonté. Au moment où moi, votre esclave, je me suis promenée dans la forêt, j’ai vu une aubergine unique et j’ai envoyé les serviteurs la cueillir. Mais un homme leur a in¬terdit de toucher à cette aubergine parce que c’était lui qui l’avait fait pousser. Mais quand les serviteurs lui ont demandé l’autorisation de la cueillir, il leur a donné son accord. Dès que je l’ai mangée, je suis devenue enceinte. Chaque jour, je suis très inquiète, je crains que vous ne le sachiez et me condamniez.
Après l’avoir écouté le roi dit :
— Si c’est ainsi, il faut envoyer des batteurs de gong à la recherche du propriétaire de l’aubergine dans toutes les provinces, tous les cantons et tous les villages.
Alors des conseillers allèrent battre du gong pour avertir les gens et dirent :
— Qui a fait pousser le plant d’aubergine ?
Mais personne ne leur répondait. Quand ils arrivèrent devant le « paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre », celui-ci leur demanda :
— Vous, les batteurs de gong ! Qu’est-ce que vous cherchez ?
Ils répondirent :
— Eh ! toi, « paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre », qu’est-ce que cela peut te faire, ignorant !
Ils s’en allèrent. Ils firent des allers et retours et ren¬contrèrent de nouveau le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre ». Ce dernier questionna encore les batteurs de gong. Ils répondirent :
— Tu ne sais rien, toi, espèce de dormeur te roulant dans la cendre. Pourquoi poses-tu des questions ?
Enfin les batteurs de gong retournèrent au palais pour dire au roi :
— Ayez pitié de nous ! Nous avons battu du gong, mais personne n’a osé répondre à nos questions. Un seul jeune homme se vautrant dans la cendre nous a vus et nous a demandé ce que nous cherchions.
Le roi dit :
— Si c’est ainsi, vous allez l’amener ici.
Les conseillers allèrent ensemble le chercher. Etant arrivés, ils dirent :
— Jeune homme ! Maintenant le roi nous ordonne de venir te chercher.
Le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » répondit :
— Je suis couvert de taches de cendre.
Les conseillers s’empressèrent d’aller dire au roi :
— Maintenant, nous sommes allés le chercher, mais il nous dit qu’il ne vient pas parce qu’il est couvert de taches de cendre.
Le roi dit :
— Si c’est ainsi, vous allez le laver et vous l’emmènerez devant moi afin que je lui pose des questions.
Les conseillers repartirent, selon l’ordre royal, le baigner et le frotter. En ayant terminé, ils voulurent l’amener au roi ; mais le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » dit :
— Je n’ai pas de vêtements, je ne veux pas y aller. Les conseillers se hâtèrent d’informer le roi :
— Ayant pitié de nous ! Nous avons fait suivant vos ordres. Maintenant il nous dit qu’il ne vient pas parce qu’il n’a pas de vêtements.
Le souverain dit :
— Si c’est ainsi, vous allez lui apporter des vêtements afin qu’il s’habille.
Le roi donna alors ses vêtements habituels aux conseil¬lers afin qu’ils les apportassent au « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre ». Celui-ci dit alors :
— Sans litière, je ne viens pas.
Les conseillers s’empressèrent d’aller dire au roi .
— Ayez pitié de nous ! Majesté, vous nous avez ordonné d’apporter des vêtements à cet homme afin qu’il s’habille. Il dit encore qu’il ne vient pas sans litière.
Le roi ordonna :
— Si c’est ainsi, vous prenez une litière pour le trans¬porter ici.
Les conseillers, ayant pris une litière, allèrent le trans¬porter jusqu’au roi. Ce dernier demanda :
— Est-ce vraiment toi qui a fait pousser l’aubergine que ma fille, pendant la promenade dans la forêt, t’a demandée à manger ?
Le « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » répondit :
— Oui, Majesté, c’est vrai.
Le roi, ayant appris la vérité, réunit tous les mandarins et leur ordonna de faire des préparatifs pour célébrer le ma¬riage du « Paresseux-se-vautrant-dans-la-cendre » avec la princesse, les faisant ainsi devenir reine et souverain du pays gouvernant dans la prospérité.

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Légende cambodgienne du fantôme en bouteille

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Il était une fois un couple qui habitait loin des autres gens du village. Un jour, un fantôme passa par là, vit la femme et la trouva belle. A ce moment-là, son mari était allé chercher du bois de chauffage dans la forêt et la femme gardait la maison toute seule. Etant tombé amoureux d’elle, le fantôme voulut la prendre comme épouse. Alors il observa l’apparence du mari et il se métamorphosa en celui-ci avec une ressemblance parfaite. Ensuite il vint à la maison et se comporta comme si c’était lui. Quant à la femme, elle crut que c’était vraiment son époux ; elle l’accepta sans contestation. Le soir, quand le mari véritable revint de la forêt, elle s’étonna énormément. Le fantôme et l’homme se disputèrent. L’homme lui demanda :
– D’où viens-tu ? Tu oses venir dormir avec ma femme.
Le fantôme répliqua :
– D’où viens-tu ? Tu as l’audace de réclamer ma femme.
Ils se querellèrent et ils ne trouvèrent personne pour s’occuper de leur procès. Alors ils s’en allèrent tous les trois à la recherche d’un juge pour trancher l’affaire. Le juge ne sut pas les distinguer l’un de l’autre et il pensa que l’un des deux était un fantôme. Il voulut donc le vérifier et dit :
– Ah ! Si quelqu’un d’entre vous peut entrer dans cette bouteille, celui-là obtiendra cette femme comme épouse.
Le fantôme s’empressa de répondre :
– Moi, je peux.

Puis il s’infiltra dans la bouteille. Alors le juge prît un bouchon pour obstruer l’ouverture de cette bouteille. Enfin il la fit disparaître dans un fleuve.
Désormais le couple vécut heureux. A cause de cette histoire, il y a une parole des anciens pour mépriser un sot avec ces mots : « Espèce de fantôme en bouteille ».

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Pour tout conseil contacter :
Gérard THEVENET – contact@wamtour.com –WAM – Artisan voyagiste au Cambodge – www.wamtour.com

Mr et Mme Rousseaux à Thyda de WAM

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Chère Thyda,
Le retour est dur: froid et ciel gris à Paris. Heureusement nous avons plein d’images colorées et rieuses dans la tête. Voici quelques photos. Et encore merci pour cette merveilleuse organisation de notre voyage. A plus tard nous l’espérons.
Amitiés à tous deux
Françoise et Alain Rousseaux

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Cambodge : La légende de Croûtes de Riz.

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Autrefois, un bûcheron et sa femme vivaient dans la partie du royaume du Cambodge qu’on appelle le Tep Boreï. Au hasard des guerres, ils étaient tantôt cambodgiens, tantôt tôt siamois, selon que l’un ou l’autre peuple était vainqueur et annexait le pays : en fait, ils ne s’en apercevaient guère car ils étaient, de toute façon, obligés de payer tribut au souverain, au gouverneur de la province, au chef du village et jusqu’au dernier qui, au-dessus d’eux, détenait une once de puissance.
Un jour, une terrible épidémie ravagea le pays. Les hôpitaux que le grand roi Jayavarman, septième du nom, avait fait édifier se trouvèrent pleins. On y mourait autant qu’ailleurs, mais on avait au moins la consolation de bénir le monarque qui avait eu un tel souci de la santé de son peuple. En quelques heures le bûcheron et sa femme devinrent noirs, les voisins s’en écartèrent et ils moururent — fort simplement. Ils laissaient un enfant de trois ans que recueillit sa mère-grand.
C’était un enfant bien facile à nourrir : il n’aimait rien tant que la croûte un peu brûlée qui reste attachée au fond de la bassine à riz. Aussi sa grand-mère ne l’appela-t-elle plus que Croûte-de-Riz.
Que peuvent faire une vieille femme et un enfant dans un village à peu près vidé par la mort ? La misère s’était emparée de leur case et y régnait en despote : si l’on mangeait le matin, on passait la nuit le ventre vide; si l’on dînait le soir, la journée du lendemain était bien longue sans repas.
Mais, tout de même, des années passèrent; Croûte-de-Riz sut aménager un petit jardin, aller-à la pêche, assurer la commune subsistance.
Un jour, alors qu’il avait douze ans, des voisins dirent à Croûte-de-Riz :
— Viens-tu pêcher avec nous ? Tu rapporteras du poisson à ta grand-mère.
— Volontiers, répondit-il. Mais partez tous en avant : je vous suivrai.
Les voisins partis, l’enfant se mit en route, mais, comme il se trompa de chemin, il perdit beaucoup de temps. Aussi arriva-t-il alors que la pêche était terminée et que les voisins étaient rentrés au village.
Le corps las, Croûte-de-Riz s’étendit au pied d’un arbre. Comme tous les jours lorsque tombe le soir, la chaleur monta au royaume d’ Indra, le dieu qui veille au bien-être des hommes, et lui porta les nouvelles de la journée. Abaissant ses regards sur la terre, Indra vit l’enfant épuisé qui dormait. « Quelle destinée a ce petit, pensa le dieu en son cœur. Si je ne lui viens pas en aide, il ne pourra jamais se tirer d’affaire. »
Il fit un signe et trois poissons s’approchèrent du rivage au moment même où Croûte-de-Riz se réveillait. Celui-ci n’eut qu’à étendre la main pour saisir les poissons qui l’attendaient, immobiles. Il les attacha avec un brin de rotin et il partit en chantonnant.

En ce temps, il y avait un homme fort riche qui avait un chat. Il aimait beaucoup cet animal dont il supportait en souriant l’indépendance et l’humeur vagabonde. Mais, justement, le jour où Croûte-de-Riz était allé pêcher, le chat mangea sans vergogne le repas de son maître. Celui-ci était sans doute irrité contre le gouverneur ou contre le percepteur des impôts, ou contre quelque autre puissant fâcheux sur lequel sa colère n’avait pu se déverser. Toujours est-il qu’une rage folle le saisit devant ses bols de soupe vides et qu’il ordonna à deux servantes de saisir le chat et d’aller le perdre dans la forêt.
En route, les deux jeunes filles rencontrèrent Croûte-de-Riz qui s’en revenait joyeux. L’enfant leur demanda :
— Que portez-vous en ce sac ?
— Un chat voleur que notre maître nous a ordonné d’abandonner dans la forêt.
— Faites un échange avec moi : donnez-moi le chat et je vous donnerai deux poissons. Un seul nous suffira, à ma grand-mère et à moi.
Les servantes dirent entre elles : « Voilà une bonne aubaine. Acceptons-la : ce sera un excellent dîner pour nous.
Et Croûte-de-Riz s’en alla avec son unique poisson et, sous le bras, le chat qui ronronnait de contentement.
Tandis que tout le monde dormait, le chat sortit sur ses pattes de velours et alla, à la maison de son ancien maître, voler une marmite de riz, pleine aussi de poissons. Il revint, la tête penchée très en arrière, portant la marmite par l’anse qu’il tenait dans sa bouche. Il en fit de même tous les jours dans la suite, si bien que, depuis le moment où Croûte-de-Riz revint de la pêche avec un chat, ni l’enfant ni sa grand-mère ne manquèrent de rien.
Une autre fois, Croûte-de-Riz alla encore à la pêche avec les voisins. Mais ceux-ci, apercevant un cerf, laissèrent là les filets et préférèrent chasser. Croûte-de-Riz était trop petit pour manœuvrer tout seul ces immenses nasses : aussi, en attendant les pêcheurs, s’endormit-il au pied d’un arbre. Au soir, Indra respira la chaleur de la terre, toute chargée des faits du jour, et il aperçut l’enfant qui dormait. Il sourit en le reconnaissant et il lui envoya à nouveau trois poissons que Croûte-de-Riz, à son réveil, se mit en devoir d’emporter.
En ce temps-là, un autre homme riche avait un chien. Ce n’était pas que l’animal fût séduisant : beaucoup de races se mêlaient dans ses veines; mais il n’avait pas son pareil pour courser un daim ou pour tenir tête à un sanglier. Ce chien, errant désœuvré dans la cour de son maître, vint flairer le mortier où d’habitude on pilonne le riz pour le débarrasser de sa cuticule jaune. « Du riz cru non décortiqué, cela ne se mange pas », pensa le chien et, de mépris, il leva la patte sur le récipient empli de grain. L’homme riche était justement furieux que le gouverneur de la Province ne voulût pas lui donner son fils comme gendre et, dans sa colère, il ordonna à son serviteur d’aller noyer le chien dans une mare.
— Que portez-vous qui grogne dans ce panier, dit au serviteur Croûte-de-Riz qui revenait tout fier de sa pêche. Et ayant appris qu’il s’agissait d’un chien qu’on menait noyer, il proposa deux poissons contre l’animal. Tout le monde fut content : le serviteur nanti d’un dîner succulent, Croûte-de-Riz, et aussi le chien qui suivait au bout d’une laisse en remuant la queue.
Le chat cracha au nez du chien, le chien, courant en aboyant après le chat, lui attrapa un bout de queue et revint le museau en sang. Aussi devinrent-ils bons amis et rivalisèrent-ils pour ravitailler Croûte-de-Riz et sa grand-mère : le chat apportait le riz et le poisson, le chien se chargeait de la viande. Quant aux fruits, dans ce temps heureux, ils poussaient au bord des chemins et on n’avait qu’à étendre la main pour en cueillir.
Il nous faut parler maintenant du roi des Nagas, Phu Chung l’Invincible.
Quand on avait traversé des forêts, des plaines, des marécages, quand on avait franchi les monts Dang Rek, on n’arrivait guère loin du bout du monde. Là, vivait le peuple des Nagas, les serpents-génies des eaux et des airs qui, chacun le sait, ont sept têtes. Autrefois, ils régnaient sur le Siam et sur le Cambodge. La fille du roi des Nagas épousa, sous forme d’une belle jeune fille, un prince qui venait de l’Inde et qu’on appelait Kambu. Ce prince aimait beaucoup sa femme mais il n’appréciait guère d’avoir des serpents pour beaux-parents et il les pria aimablement de s’en aller, ce qu’ils firent avec complaisance car ils en avaient assez de vivre dans un pays où, constamment, un Naga risquait d’être écrasé par une charrette.
Un jour, les femmes du roi Phu Chung demandèrent à leur époux et souverain la permission d’aller se promener dans les grandes forêts qui bordent le royaume des hommes. Elles emmenèrent leurs servantes et ce fut une véritable armée de corps frétillants qui se glissa sous les branches ; quant aux têtes, elles étaient innombrables. Par moments, chaque Naga, reine ou suivante, étalait ses têtes en éventail: dans un vol silencieux, toute la troupe planait alors à toute vitesse au-dessus de la campagne.
Ce fut une journée délicieuse; les Nagîs cueillirent des fleurs, se roulèrent dans l’herbe; certaines, curieuses comme tout ce qui est féminin, allèrent entre les buissons épier les hommes. Une reine écervelée se cacha de ses compagnes et des suivantes, balaya de sa queue une aire sans cailloux, fit un trou au milieu et y pondit deux œufs : c’était l’espiègle Pou Naj qui revint, se retenant de rire, au milieu de la troupe prête à partir. Au moment où le soleil disparut, toutes les Nagîs prirent leur vol, si nombreuses qu’au sol la nuit en paraissait plus noire; d’un trait, elles volèrent jusqu’à l’étang de Bathbadal où, toutes ensemble, elles plongèrent pour retrouver le roi Phu Chung, bien tranquille d’avoir été une journée sans criailleries.

Maintenant, revenons à Croûte-de-Riz.
Il était devenu un beau garçon de seize ans, bien nourri, donc bien fort. Un matin, ses camarades lui proposèrent :
— Au jour, nous mènerons nos chiens chercher des tortues d’eau douce que nous mangerons. Nous allons voir si ton chien a autant de flair pour la tortue que pour le cerf.
A la pointe du jour, Croûte-de-Riz pria sa grand-mère de lui faire cuire du riz; il donna le riz blanc au chien et il mangea lui-même la croûte brûlée. Puis il dit :
— Chien, mon frère aîné, viens; nous allons chercher des tortues dans les rivières de la forêt.
Au cours de la recherche, Croûte-de-Riz se sépara de ses camarades et chassa seul avec son chien qui, courant de-ci de-là, aperçut les œufs de la Nagî et jappa trois fois. Le garçon, tout heureux en entendant son chien donner de la voix, courut en battant des mains, se disant : « Certainement, mon chien a trouvé une tortue. » Lorsqu’il arriva, il vit deux énormes oeufs. Il s’écria : « Eh là! J’ai trouvé des œufs de tortue. Ce sera bien la première fois que j’en mangerai. »
Il les enveloppa dans son écharpe et il reprit la route du village, tout heureux de la chasse de son chien.
Rentré à la maison de sa grand-mère. il cria dès l’entrée :
— Vieille, allez demander qu’on vous prête un chaudron. J’ai trouvé des œufs de tortue : nous allons les faire cuire et nous les mangerons.
La grand-mère, qu’il avait ainsi appelée avec respect « Vieille », ce qui est un hommage rendu à la sagesse et à l’indulgence qu’on acquiert avec les années, alla lui chercher un chaudron; ce faisant, elle raconta aux voisins la découverte de son petit-fils.
Celui-ci avait déjà mis les œufs dans le chaudron, de l’eau sur les œufs, et il se préparait à allumer le feu quand les voisins arrivèrent, amenés par la curiosité. Ceux-ci, qui peinaient à tirer une maigre subsistance de leurs rizières, étaient assez jaloux de voir Croûte-de-Riz et sa grand-mère ne manquer jamais de rien, bien que ceux-ci n’eussent qu’un jardinet, grand comme deux sarongs côte à côte.
— Tu as trouvé des œufs de tortue d’une dimension que, depuis nos aïeux, personne n’a jamais vue et par dérision tu viens, insolent gamin qui n’a ni champ ni rizière, nous narguer en les faisant cuire au milieu de nous… Et alors que notre peau se tend sur nos os, nous allons voir ton ventre qui s’arrondit! Va-t’en, va faire cuire tes œufs loin d’ici!
Et d’un coup de pied, une femme renversa le chaudron dont l’eau, épandue, éteignit le feu qui commençait à flamber.
Croûte-de-Riz, furieux, se demanda ce qui leur rendait le cœur si mauvais, car il avait oublié son enfance et ne se rappelait plus combien la faim jamais satisfaite assombrit la bonne humeur. Il retira les œufs du récipient et les enveloppa dans son écharpe, mit de la braise dans le chaudron qu’il suspendit à son bras, siffla son chien et s’en alla vers la forêt.
Au plus profond des bois, il alla puiser de l’eau puis il alluma le feu sous le chaudron, posa les œufs dans la bassine et s’éloigna, pensant revenir les manger quand ils seraient cuits.
Il se trouva que ce jour était justement celui où les œufs devaient éclore. La chaleur douce de l’eau qui chauffait atteignit, à travers la coquille, le corps des petits Nagas qui faisaient tous leurs efforts pour briser leur enveloppe. Ils se démenèrent si bien qu’ils rompirent leur coquille; mais aussi ils renversèrent la marmite qui, en se retournant sur eux, éteignit le feu. Croûte-de-Riz, pensant que ses œufs étaient cuits à point, revint à son fourneau qu’il trouva saccagé. Il se mit à gronder : « Qui donc a eu l’audace de venir me voler mes œufs, de renverser mon chaudron ? »
Quand il souleva la bassine et qu’il trouva dessous les deux petits Nagas qui, de leurs vingt-huit yeux blancs, gros comme des œufs de poule, le regardaient, le garçon tressaillit : il croyait voir des animaux inconnus, car il ignorait que c’étaient des Nagas, génies des eaux, les anciens maîtres du royaume du Cambodge. Comme il était brave, il prit un bâton pour assommer chaque tête mais il le laissa tomber de stupeur en entendant les Nagas lui dire :
— Oh! cher frère aîné, toi qui recueilles les chats et les chiens, tu ne vas pas nous frapper ? Nous te supplions de nous prendre en pitié car nous ne sommes pas de simples animaux, mais bien les fils du roi Phu Chung et de la nagî Pou Naj qui nous a pondus par plaisanterie dans la forêt vierge. Frère aîné, emmène dans un lieu désert de la forêt tes petits frères, élève-les, permets qu’ils puissent un jour regagner leur royaume. Nous rendrons à notre aîné bienfait pour bienfait, accomplissant tous les désirs de son cœur.
Croûte-de-Riz eut le cœur plein de compassion pour les petits Nagas : il avait appris que ces étranges êtres étaient des Nagas, mais il ne savait pas encore que c’étaient des génies. Il haussa les épaules quand ils parlèrent de bienfaits; mais, comme ils étaient faibles et misérables et qu’ils faisaient appel à sa bienveillance, il alla chercher du riz au village. Pendant quinze jours, il apporta secrètement aux deux petits Nagas, dont l’un était un mâle et l’autre une femelle, la plus abondante des nourritures. Ils grossirent tellement que, dès le septième jour, le chaudron leur fut trop étroit et que Croûte-de-Riz, qui en avait soin comme de son frère et de sa sœur, dut les transporter dans une retraite plus spacieuse. Chaque jour, le garçon trouvait une nouvelle peau que les Nagas avaient abandonnée pendant la nuit.
Le quinzième jour, le Naga dit à la Nagî :
— Chérie de ton frère, nous voici déjà grands; nos membres ont pris de la vigueur. Essayons de voler pour apprécier nos forces.
Tous deux, gonflant leurs têtes en éventail, prirent leur vol et s’élevèrent, agiles, dans les airs. Puis ils redescendirent dans leur cachette. Lorsque Croûte-de-Riz leur apporta le repas, ils lui dirent :
— Cher grand frère aîné, tes petits frères, grâce à ta bonté, ont atteint leur croissance. Ils désirent retourner dans leur royaume. Ils t’invitent à les accompagner chez le roi leur père; ensuite ils te raccompagneront en paix sur la terre des hommes.
— Chéris de votre frère aîné, si vous désirez m’emmener avec vous, j’y mets une condition : allez chercher le sampot que porte le roi votre père et donnez-le-moi pour m’en revêtir : aussitôt, je partirai avec vous.
— Consens seulement à venir avec nous : tu passeras tes bras autour de nos cous et nous t’emporterons. Puis nous te donnerons le sampot du roi.
Rassuré, Croûte-de-Riz alla trouver sa grand-mère.
— Vieille, veuillez faire des galettes sèches de riz et donnez-m ‘en un plein panier car votre petit-fils va entreprendre un long voyage.
Et il ne voulut rien dire de plus, se bornant, au moment du départ, à recommander à sa grand-mère de donner, chaque jour, leur pleine écuelle de soupe au chat et au chien.
Le cœur des enfants est si pur encore qu’ils ne redoutent rien : Croûte-de-Riz considérait maintenant les Nagas comme des êtres avec lesquels il est vraiment facile de vivre; on l’aurait beaucoup surpris en lui faisant connaître la peur que peuvent en avoir les hommes. Il partagea une partie de ses galettes avec les deux Nagas qui avaient atteint maintenant plusieurs mètres de long et il enveloppa ce qui restait dans une écharpe en prévision d’un long voyage.
— Frère aîné, lui dirent les deux jeunes Nagas, embrasse solidement nos deux cous; ne regarde pas à terre de peur que le vertige ne te fasse tourner la tête et que tu ne tombes.
Ils baissèrent leurs quatorze têtes, Croûte-de-Riz passa les bras autour de leurs cous et ferma les yeux. Avec un bruit sourd, l’équipage quitta la terre.
Un marcheur aurait mis trois mois à couvrir la distance qui s’étend jusqu’au Bathbadal. Les Nagas la franchirent en trois heures. Le soleil n’était pas encore au haut de sa course qu’ils arrivèrent au-dessus d’un immense lac qui, d’en haut, paraissait gris comme un bain d’étain fondu. C’était la frontière du royaume. Un grand virage, un vol plané qui rapprochait Croûte-de-Riz si rapidement de la terre qu’il en avait le ventre chaviré, et ce fut un moelleux atterrissage.
— Frère aîné, va te cacher dans cet arbre creux, de peur que les Nagas, voyant le fils d’un homme, ne viennent te dévorer. Reste dans cette cachette pendant que durant trois jours nous irons, selon la coutume imposée aux jeunes Nagas, tremper notre venin dans le lac. Après quoi, nous reviendrons te chercher.
Au bout d’un moment, une vapeur s’éleva des lacs et l’eau se mit à bouillonner. C’était le venin qui agissait : la chaleur en parvint au roi Phu Chung qui s’agita et, bientôt, ne put rester en place dans son palais. Il réunit toutes ses femmes, les dignitaires, les serviteurs et les suivantes, et il emmena tout le personnel du palais se divertir sur la rive.
— Si je n’étais sûr, dit-il, que tous mes enfants de l’année sont déjà grands et ont transformé leur venin dans le lac, je croirais à la naissance de nouveaux Nagas. Mais je sais bien qu’il n’en est rien car je vois toute ma descendance autour de moi. Ce doit donc être Indra qui baigne ses rayons dans mes eaux. Bénie soit sa puissance!
Tous les Nagas folâtraient dans l’herbe, s’enlaçaient pour jouer. Puis les Nagîs voulurent se baigner et elles glissèrent dans l’eau qui s’était refroidie et
qui maintenant était blanche comme du lait. Le roi était resté sur la rive à regarder les ébats de ses femmes.
— Petite sœur, dit le jeune Naga, voici le roi notre père; couvrons-nous avec des feuilles de lotus pour qu’il ne nous voie pas encore.
La jeune Nagî, qui était de caractère espiègle, aperçut la première femme du roi et ne put se retenir de lui caresser le cou avec le bout de sa queue. La reine poussa un cri et se dressa hors de l’eau
— Qui ose ainsi s’approcher de moi ? Qui a l’audace de jouer avec la Grande Nagî ?
Et elle se démena tellement dans sa dignité offensée qu’elle fit de grandes vagues à la surface des eaux qui étaient devenues transparentes comme du cristal de roche Les feuilles de lotus s’en allèrent à la dérive et les deux petits Nagas se trouvèrent à découvert, un peu penauds. Ils montrèrent tous leurs visages — il y en avait quatorze — au-dessus de l’eau.
Rien ne peindra la stupéfaction du roi, qui connaissait tous ses enfants (car il n’existe pas de Nagas qui ne soient fils et fille du souverain de Bathbadal) et qui voyait surgir des eaux deux beaux petits Nagas qu’il ne reconnaissait pas.
— Vous deux, Naga et Nagî, d’où venez-vous ? interrogea-t-il. Comment s’appelle votre mère. (Et il n’osait dire : « Qui est votre père ? » se demandant soudain si un autre Naga de ses ancêtres n’avait pas autrefois quitté le lac pour aller fonder plus loin un royaume rival.) Comment pouvez-vous vous montrer insolents au point de toucher la reine ?
Le jeune Naga étala l’éventail de ses sept têtes et répondit fièrement :
— Oh! Naga que je ne connais pas, parle-moi donc un peu plus humblement : tu ne sais sans doute pas que tu parles au fils du roi Phu Chung qu’on appelle Invincible.
Le roi se mit à rire de ses neuf bouches — car, étant roi, il avait deux têtes de plus. Il se sentit soudain rassuré : le petit Naga ne venait pas, comme le fils d’un des oncles du Souverain Invincible, revendiquer le royaume de Bathbadal. C’était sûrement là un génie, un simple génie, qui avait osé prendre la forme d’un Naga pour se moquer du roi. Il répondit
— Tu oses te moquer de moi. Je suis le roi Phu Chung et je connais tous mes enfants : ils sont là à jouer autour de moi. Viens donc combattre avec moi et nous verrons bien de quel sang tu es.
Le combat commença, furieux, dans l’eau qui était devenue couleur émeraude. Pendant des heures, les corps s’enlacèrent à se briser, les têtes se déplacèrent si rapidement que par moment on aurait dit qu’il y en avait des milliers. Au soir, Phu Chung interrompit la lutte et disparut au fond du lac.
A peine, le lendemain matin, le soleil surgissait-il au-dessus des collines, que le roi émergea des eaux.
— Enfant, de qui es-tu le fils ?
— Je suis le fils du roi Phu Chung.
— Enfant, je connais tous mes fils. Nous avons combattu dans les eaux et tu t’es révélé mon égal. Je veux pourtant te faire avouer qui tu es : recommençons la lutte dans les airs.
Alors le petit Naga dit à sa sœur :
— Chérie de ton frère, reste ici tranquille et n’aie aucune inquiétude…
— Nous servirons-nous d’arcs et de flèches, interrompit le roi.
— Comme vous l’entendrez.
Alors le roi tira une flèche qui se changea en une galette de maïs, puis le petit Naga en tira, à son tour, une qui arriva sur le corps du roi sous forme de fleur. Alors ils laissèrent tous deux tomber leurs armes et ils s’étreignirent dans les airs. Enlacés, ils se déplaçaient avec rapidité et couvraient le lac d’une ombre épaisse. Au soir, le roi dénoua l’étreinte et plongea dans le lac. Il est à penser que, cette nuit-là, les commentaires allèrent bon train chez les Nagas.
Au petit matin, le roi Phu Chung rejoignit ses femmes, ses dignitaires, ses serviteurs, qui étaient restés toute la nuit sur les bords du lac, à parler de ces étranges événements.
— Enfant de Naga, dit-il, réponds-moi sincèrement : de qui es-tu fils ?
— Je suis fils du roi Phu Chung qu’on nomme l’Invincible et qui règne sur le royaume de Bathbadal. Un jour que ma mère était allée se distraire dans la forêt, elle me pondit dans un fourré, elle pondit aussi ma sœur et elle abandonna ses oeufs dans le royaume des hommes. Maintenant que je suis devenu grand, je suis venu prêter hommage au roi mon père — à vous, si vous êtes réellement le souverain de ces lieux.
L’étonnement pénétra le cœur auguste du monarque qui appela toutes ses femmes et les interrogea : cela dura plusieurs heures tant le roi avait d’épouses : enfin arriva le tour de Pou Naj, la jeune Nagî. Elle se prosterna et, ses sept têtes dans la poussière, elle avoua son inconséquence; elle termina en disant : « Je n’ai pas osé ensuite l’avouer à Votre Majesté car je craignais d’être punie. Je sais que je mérite la mort pour avoir ainsi abandonné des enfants royaux chez les hommes. Si vous jugez que je doive mourir, j’accepterai votre sentence; si vous me laissez la vie, je consens à être votre plus humble esclave.
— Oh, chéri de ton père, dit le roi sans lui répondre, je ne pouvais savoir que tu étais mon fils !
Les jeunes Nagas, voyant le cœur de leur père
ainsi apaisé, s’inclinèrent devant lui dans la posture des suppliants, c’est-à-dire quatre têtes baissées et trois levées.
— Oh! mes chéris, maintenant que je sais que vous êtes mes enfants, que vous n’êtes pas des étrangers ou les enfants d’un oncle venus pour me disputer mon royaume, tout ce qui est ici est à votre discrétion. Parlez donc sans crainte.
— Que Votre Majesté veuille bien apprendre que, lorsque nous étions sur la terre, il s’est trouvé un enfant d’homme qui a été bon pour nous, qui nous a soignés, nous a protégés, nous a nourris. Sans lui, nous n’aurions jamais conservé la vie, nous n’aurions pas connu les visages de notre père et de notre mère. Nous l’avons caché dans un arbre; mais jamais il n’osera venir jusqu’à vous sans une preuve de votre bienveillance. Nous nous sommes engagés à lui apporter un de vos vêtements en gage de paix. Consentez-vous à le lui remettre ?
Le roi fit chercher son plus beau sarong, celui qu’il avait mis à son couronnement : en son étoffe’ jouaient tous les rayons du soleil, les reflets de la lune, la moirure des eaux du lac sacré. Des pierres étincelantes le bordaient et des fleurs aussi belles que si elles avaient été naturelles y faisaient éclater leurs brillantes couleurs. On mit ce vêtement dans une litière que portèrent les plus forts des Nagas. Toute la troupe des serpents des eaux s’en alla ainsi chercher Croûte-de-Riz, dans un grand bruit de musiques et dans une suave odeur de parfums inconnus.
— Frère aîné, appelèrent les Nagas, nous te prions de venir. Le roi notre père t’envoie ses vêtements, des parfums pour les répandre sur ton corps, une litière pour te porter auprès de sa royale personne. Il t’attend dans son palais des eaux.
Croûte-de-Riz sortit de sa cachette, mais quand il vit une si grande quantité de Nagas, il se coula dans l’arbre, épouvanté. Des milliers de têtes oscillaient doucement à perte de vue, des corps immenses, gros comme des troncs d’arbres, faisaient chatoyer le bleu, l’orange et le gris perle de leurs écailles. Alors, voyant qu’on ne pouvait le décider, des Nagas, en riant, ouvrirent l’arbre, sans effort. L’enfant y apparut, courbé, les poings sur les yeux. On l’oignit de parfums, on le revêtit du merveilleux sarong royal, on le déposa dans la litière et tout l’équipage prit son vol au-dessus du lac, si serré que les eaux devinrent soudain violettes d’être privées du soleil. Puis, dans un grand jaillissement de gouttelettes d’eau, le cortège d’un seul coup s’abîma dans le lac.
Le roi Phu Chung descendit de son trône au-devant de Croûte-de-Riz, lui-même resplendissant comme un jeune roi. Il s’enroula autour de son visiteur et chaque tête l’embrassa neuf fois — cela fait quatre-vingt-un baisers, ce qui est bien un accueil royal! Puis, après les compliments et les remerciements, commencèrent les fêtes qui durèrent trois jours de soleil. Au bout de ce temps, Croûte-de-Riz dit à ses deux amis :
— Mes frères chéris, voici trois jours que vous m’avez amené ici : j’ai pu voir que vous y étiez heureux. Maintenant, je dois retourner auprès de ma vieille qui est bien seule; je dois aussi retrouver mon chat et mon chien.
N’osant protester, les jeunes Nagas lui dirent
— Frère aîné, nous n’osons t’offrir nos trésors : jamais nous ne pourrions t’en donner assez et tu ne serais pas assez fort pour en emporter le dixième. Accepte au moins ce cristal au moyen duquel tous tes désirs seront réalisés suivant ton cœur. Ce qu’il créera ne sera qu’une illusion et ceux qui en seront témoins y croiront comme à une réalité. Tout ce que tu souhaiteras se formera à ton commandement : tu en jouiras comme de choses vraies et ton cœur en sera plein de contentement; tes voisins en seront étonnés et, malgré leur jalousie, ils respecteront l’apparence que tu leur imposeras de ta richesse et de ta puissance. Quand tu formuleras un voeu nouveau, l’illusion ancienne disparaîtra pour faire place à une nouvelle. Ainsi, jamais on ne te volera ni ne te dépouillera : tu seras plus riche encore que le roi des hommes de ton pays dont la puissance est à la merci de la cupidité de ses voisins.
Les deux Nagas menèrent Croûte-de-Riz prendre congé du roi qui, d’émotion, l’embrassa beaucoup plus de quatre-vingt-une fois. Puis ils dirent à l’enfant de se suspendre à leur cou et, d’un seul vol, ils l’emportèrent là-même où ils avaient brisé leur coquille; le chaudron était encore là, qui avait abrité leurs premiers jours : aujourd’hui, il ne contiendrait même pas une de leurs têtes!
— Frère aîné, lui dirent-ils avant de le quitter, si tu as besoin de nous, pense à tes deux chéris : nous sentirons ta pensée et viendrons à ton aide.
Tous trois se dirent adieu avec émotion et se séparèrent. Les deux Nagas reprirent leur vol et Croûte-de-Riz rentra dans son village, aux ricanements des voisins qui lui demandaient : « Eh bien, étaient-ils bons tes œufs de tortue ? » La grand-mère, bien heureuse de l’arrivée de son petit-fils qu’elle renifla avec tendresse, lui demandant :
— Petit garçon, où es-tu allé si longtemps ?
— Vieille, je suis allé fort loin d’ici, répondit respectueusement Croûte-de-Riz.
(Mais il ne voulut pas dire où, car il était trop heureux d’avoir son cœur plein d’un grand secret, si grand que pas un homme ne voudrait le croire.)

Trois jours après son retour, Croûte-de-Riz, qui n’avait cessé de réfléchir, s’approcha de sa grand-mère :
— Vieille, je vous prie d’aller demander pour moi la main de Néang Srah, la fille de notre roi.
— Tu plaisantes, mon chéri!
— Je ne plaisante guère, mère-grand et voici une belle écharpe pour vous présenter devant mon futur beau-père.
D’un grand geste, il avait fait naître au bout de ses doigts l’image d’une somptueuse écharpe, qu’il agitait devant les yeux de la vieille femme en disant :
— Vous la voyez bien, grand-mère, vous la voyez ?
— Naturellement, je la vois, mais je ne sais qui de nous est le plus fou, de moi qui vois soudain au bout de tes doigts une écharpe digne d’une princesse ou de toi qui veux devenir gendre du roi…
— Allez, vieille, vous n’aurez qu’à dire au roi que c’est pour moi que vous lui demandez la main de sa fille aînée.
Elle tremblait bien fort (la vieille paysanne) en se prosternant devant le souverain et c’est à peine si celui-ci entendit sa requête.
Ces temps anciens, étaient, après tout, des temps heureux. S’il arrivait parfois que le souverain, dans un moment d’humeur, trouvât votre demande importune et saugrenue et vous fît couper la tête — ce qui n’était qu’un moment désagréable à passer, suivi de jouissances éternelles dans le sein du Bouddha — vous pouviez aussi avoir la chance d’arriver quand le roi revenait victorieux d’une guerre ou qu’il faisait son premier ministre mat au noble jeu d’échecs : ces jours-là, la demande la plus folle pouvait être agréée. C’était en tout cas une chance à courir.
La vieille formula sa demande juste le jour où le roi venait de faire empaler son ministre des Finances, voleur fieffé chez qui l’on avait retrouvé des millions et des millions de pièces d’argent dérobées au trésor royal. Le souverain était joyeux, peut-être moins d’avoir récupéré une partie du capital de l’État que de s’être débarrassé, une fois pour toutes, de ce ministre qui — le fourbe! — lui prêchait des économies. Aussi se mit-il à rire avec une force capable d’ébranler les colonnes de la salle d’audience, ce qui déchaîna l’hilarité des courtisans, attentifs à contenter celui qui les nourrissait et les habillait.
« Cette vieille a bu trop de liqueur de palme ou alors elle a dormi la bouche ouverte et un génie s’est introduit en elle, qui maintenant se moque de moi, dit tout bas le roi à son ministre des Jeux. Je vais me moquer bien davantage. »
— Vieille, dit-il avec une fausse solennité et en dissimulant l’envie qu’il avait de rire, Vieille, j’accorde ma fille à ton petit-fils. Mais il construira un pont d’argent pour que je puisse franchir le ruisseau qui passe devant votre village, et aussi il bâtira un palais d’or pour ma fille, le tout d’ici à demain. S’il n’a pas exécuté mon ordre, demain soir je vous enferme tous deux, toi et ton petit-fils dans une cage de fer et je vous fais griller à petit feu… Ainsi j’ai dit!
— Ainsi Il a dit, répétèrent tous les courtisans, riant sous cape.
La vieille femme rentra chez elle, se coucha en poussant d’affreux gémissements, refusant toute nourriture. Quand Croûte-de-Riz arriva, elle dit :
— O, chéri de ta grand-mère, je t’avais dit que je ne voulais pas aller au palais et tu m’y as obligée. Et demain nous grillerons tous deux dans une cage de fer. A petit feu, a dit le roi!…
— Ne vous inquiétez donc pas ainsi, fit l’enfant en se mettant à rire. Levez-vous, mangez bien : j’exécuterai les désirs du roi, mon beau-père.
Au milieu de la nuit, Croûte-de-Riz se leva, alluma des bâtonnets d’encens, invoqua les Devas, le Parfait, les Génies et les Esprits des Éléments, des Bêtes et des Choses.
— Nagas, mes frères chéris, je désire voir naître un palais d’or et un pont d’argent. Lorsque j’agiterai mon cristal, que ces choses se produisent!
Au même moment, l’écharpe qui couvrait la grand-mère sommeillant s’évanouit. Croûte-de-Riz sortit et il vit, brillant sous la lune, le pont et le palais. Il rentra, pensif, et contempla sur sa natte la vieille, misérablement vêtue. Il agita encore le cristal et dit : s Nagas, que ma grand-mère soit richement habillée pour la fête. » Et aussitôt, il vit la vieille femme dormant dans des étoffes lamées d’or, enrichies de pierreries. Seulement, quand il sortit, pont et palais avaient disparu.
Alors, il haussa les épaules, serra encore une fois le cristal dans son poing et il dit : « Nagas, faites un palais d’or, un pont d’argent, une chaussée de marbre qui ira jusqu’au palais royal et aussi un costume de fête pour ma grand-mère. » Et sous ses yeux, tout s’accomplit aussitôt.
A son réveil, le roi vit, à la porte de son palais, une chaussée de marbre qu’il ne connaissait pas. Il envoya un officier d’ordonnance au rapport et celui-ci revint en disant que cette longue chaussée conduisait à un modeste village, qu’un pont d’argent la terminait en enjambant la rivière, et que de l’autre côté du pont un palais d’or s’élevait, plus grand que celui du roi même.
Naturellement, le roi fut obligé de tenir sa parole. D’ailleurs il ne le regrettait pas : un gendre riche peut être utile à son souverain… Les jeunes époux s’installèrent dans le palais d’or où Croûte-de-Riz garda auprès de lui, outre sa grand-mère, son chat et son chien.
Le bruit se répandit au loin de ce qui s’était passé à Tep Borei. Le roi de Siam, apprenant qu’il s’y trouvait un palais en or garni de pierres précieuses, eut le cœur rempli d’envie. Il leva une armée et vint camper sur les frontières du royaume. De là, il envoya un héraut d’armes dire au roi, beau-père de Croûte-de-Riz, qu’il lui déclarait la guerre; mais que si toutefois le roi du Cambodge acceptait sans combat sa suzeraineté, cela éviterait de grands malheurs; enfin que, s’il refusait de se soumettre, son royaume serait envahi, dévasté et réduit en servitude.
Le roi du Cambodge en fut affligé, comme on peut le penser, et il regretta un moment d’avoir accepté un gendre si riche, objet de la convoitise de ses voisins. Il réunit les hauts dignitaires et leur dit :
— Voici qu’un roi orgueilleux, à la tête d’une armée innombrable, vient menacer mon pays qu’il veut asservir. Qui de vous ose aller lui livrer bataille ?
Un terrible silence suivit cette demande. A ce moment arriva Croûte-de-Riz que son royal beau-père mit au courant. Son gendre lui répondit :
— Je demande à Votre Majesté de me confier la défense du royaume.
— Combien veux-tu, de corps de troupes, demanda le roi.
— Je n’en demande point : je veux aller combattre seul.
— Chéri de ton beau-père, les armées ennemies sont nombreuses et puissamment armées; des éléphants munis de tours pleines d’archers les précèdent, les chariots à butin suivent, innombrables.
Sire, ne vous mettez pas en souci. Renfermez-vous dans votre palais et n’en sortez qu’au son de mes trompettes de victoire. Ah! j’oubliais… Pour couvrir les frais de cette guerre, je ne demanderai rien à Votre Majesté : je me servirai seulement de l’or de mon palais et de l’argent du pont : on reconstruira ces masures quand les ennemis seront défaits.
Mais du temps avait passé et, quand Croûte-de-Riz arriva à Tep Borei, il vit que les ennemis, sans attendre la réponse du roi, s’étaient déjà emparés du palais d’or et qu’émerveillés ils promenaient leurs mains sur les parois brillantes. Croûte-de-Riz se mit à rire. Au milieu de la nuit, il fit ses invocations avec ferveur, il agita son cristal et il se vit aussitôt, à trente pieds au-dessus du sol, sur un éléphant armé en guerre; autour de lui, une armée immense d’archers, de lanciers, de frondeurs, attendait immobile. En même temps, le palais disparaissait, à la grande stupeur des ennemis. Inutile de raconter la bataille car ce fut un massacre.
Au matin, Croûte-de-Riz arriva devant le palais du roi. Il avait chargé les chariots ennemis — parce que ceux-là étaient réels — de toutes les armes des adversaires et aussi de grandes jarres remplies des oreilles coupées sur les ennemis morts ou prisonniers. Avant d’entrer, il fit un geste : tous ses soldats disparurent et, une fois de plus, le palais d’or et le pont d’argent apparurent à Tep Borei.
Un officier prisonnier avait cependant surpris le geste de Croûte-de-Riz. Avec stupeur, il avait vu l’armée victorieuse fondre comme une nuée en même temps que naissait dans le soleil levant le palais d’or qui, la nuit précédente, avait si mystérieusement disparu sous ses pieds. Il comprit qu’il y avait là quelque sortilège et il se présenta sous un déguisement au vainqueur qui l’agréa comme page. Ce nouveau serviteur témoignait un tel dévouement à son maître que ce dernier lui accorda sa confiance, au point qu’un jour il le pria d’assurer la garde du cristal. Pendant que Croûte-de-Riz passait de doux moments avec sa femme Néang Srah, le page s’enfuit avec la précieuse pierre. heureusement que personne ne connaissait les mots magiques. Mais le roi de Siam, se doutant que c’était grâce à ce talisman que le roi du Cambodge l’avait vaincu, réunit à nouveau ses troupes et fondit sur Tep Borei. Croûte-de-Riz, sa femme et sa grand-mère n’eurent que le temps de se sauver dans les bois tandis que les ennemis se répandaient dans le pays ; nombreux comme des fourmis, ils faisaient prisonniers le roi, ses ministres, ses favoris et ils mettaient la main sur ses trésors.
Alors, Croûte-de-Riz appela son chat et son chien et il leur dit :
— Mes petits frères, venez à mon aide dans cette terrible circonstance : faites-moi retrouver le cristal et je rentrerai en possession de ma puissance. Alors, je vous nommerai ministres et je construirai des refuges pour tous les chats perdus et pour tous les chiens errants, aussi vrai que l’ancêtre de mon beau-père, le roi Indravarman VII, le fit pour les lépreux, les cholériques et tous les pesteux de son royaume.
Le chien et le chat se mirent en route. Ils arrivèrent au bord d’un ruisseau — qu’en ces pays on nomme un Stung — et ils virent un crocodile qui se chauffait au soleil, le ventre plein d’un petit bufflon. Voyant qu’il n’avait plus d’appétit, ils lui dirent :
— Frère aîné Crocodile, porte-nous sur l’autre rive.
Sans répondre, le saurien les traversa sur son dos.
En marchant, le chat réfléchissait à ce qu’il allait faire, alors que le chien courait entre les pilotis des maisons en quête de quelque chose à manger, fût-ce impur. Au soir, le chat aperçut un rat blanc qui traversait le chemin. Affamé, il se précipita, le roula sous sa patte et l’emporta intact dans sa bouche, comptant bien s’amuser de lui un moment avant de le dévorer.
— Seigneur Chat, dit le rat dès qu’il eut repris respiration, je suis le Roi des rats blancs. Si tu me dévores, tu ne seras rassasié que pour un moment. Si tu me laisses la vie, je m’engage à te conduire dans la meilleure cuisine du pays où tu trouveras du poisson à ta convenance : bouilli, séché, rôti, sauté, ce qui, tu l’avoueras, est tout de même meilleur qu’un Roi des rats.
— Hum! fit le chat qui avait déjà commencé à déguster la queue du rat.
— Si tu me laisses la vie, reprit, plus pressant, le Roi des rats blancs, je m’engage aussi à te venir en aide dès que tu en auras besoin. Tu sais que mon peuple arrive à passer par un trou de souris.
— Hum! fit encore le chat. Seulement, cette fois, il laissa là son repas et assis sur son derrière, il songea longuement. Écoute, dit-il enfin au rat, si tu peux m’apporter la clé du coffre du roi de Siam, je m’engage à ce que mon peuple fasse une trêve de dix ans avec le tien.
Le rat s’enfuit aussitôt sans répondre tant il avait hâte de réussir. Dès le lendemain une armée de rongeurs commençait d’entamer le coffre. Ce fut bien pénible car le meuble était en bois de fer : il ne resta plus que deux dents clans chaque mâchoire lorsque l’opération fut terminée. Alors le rat blanc revint et dit au chat.
— Nous n’avons pu trouver la clé du coffre, que le roi porte toujours sur lui, mais nous avons pu ouvrir le meuble. Que puis-je y chercher pour toi ?
Le chat lui ayant dit que c’était le cristal, le rat repartit et revint le lendemain soir. Comme l’objet était trop gros pour être pris dans sa bouche, il l’avait mis dans une pantoufle du roi et six souris avaient traîné le butin jusque dans les faubourgs de la capitale où attendait le chat.
Alors, en revenant, le chien dit au chat :
— Frère aîné, pour que je me rende utile donne-moi le cristal à porter.
— Contente-toi de nous garder, répondit le chat. Je ne te donnerai pas le cristal. Si tu voyais un animal quelconque, tu aboierais et tu laisserais tomber le talisman. Et ce serait encore moi qui aurais tout le souci de le retrouver.
En parlant ainsi, ils étaient arrivés près du Stung : le crocodile y était toujours plongé, mais ce jour-là il ne semblait guère rassasié et il bâilla trop ouvertement en apercevant les deux compagnons.
— Hum!… dit le chat. Descendons plus bas : je crois qu’il y a un gué; en tout cas, c’est plus sûr que la gueule bien endentée de cet animal.
Pour traverser, le chien insista tellement que le chat, qui n’aimait guère nager, lui confia le cristal. Tandis qu’ils gagnaient la rive opposée, le chien aperçut trois gros poissons qui jouaient à la surface. Par plaisanterie, il aboya pour les effrayer : les poissons piquèrent vers le fond de la rivière, accompagnés par le cristal que, naturellement, le chien avait laissé choir. Un poisson avala goulûment la pierre magique et s’enfuit.
— Ah, Chien! Voilà de tes coups!… Le cristal
est bien perdu cette fois : va donc le chercher… Désormais, je ne m’en mêle plus.
Le chien s’assit, penaud, et les oreilles tombantes, se mit à hurler. Alors le chat partit à la recherche d’une loutre. A la nuit tombante, il en attrapa une qui venait pêcher à la rivière.
— Loutre, je te fais grâce de la vie et de celle de tes petits dont j’ai découvert le nid, mais tu me rapporteras le cristal qu’un poisson a avalé.
Le Roi des loutres, averti, fit pêcher tous les poissons du voisinage : on leur ouvrait le ventre sans rien y trouver, et les jours passaient sans résultat. Le chien, qui errait dans le village, sauta un jour sur des boyaux de poisson qu’une femme jetait par la fenêtre à la rivière. Il se cassa net une dent dessus, mais quelle ne fut pas sa surprise et sa joie en crachant le cristal.
Le voyage reprit donc vers Tep Borei. Le chat s’était institué gardien de la pierre; mais, un jour, le chien le harcela tellement — lui mordant les pattes, le secouant’ drôlement par la queue, lui disant qu’après tout il avait bien retrouvé le talisman — que le chat, excédé, lui confia le cristal. Ce ne fut pas long : passant au long d’un cheval mort, le chien aperçut un vautour qui en faisait son repas; il ne put se retenir de lui lancer quelques injures et lâcha le talisman. D’un coup d’aile le vautour, mécontent, lui donna une grande claque, puis, apercevant quelque chose qui brillait sur le chemin, il fondit dessus et s’envola, le cristal au bec.
— Me croiras-tu, maintenant ? dit le chat. Comment vas-tu arranger cette histoire ? Fais comme tu voudras, après tout : moi, j’en ai assez et je rentre à la maison.
Et il s’éloigna, la queue pointée vers le ciel. Au détour du sentier, il se cacha derrière un buisson et il ne put s’empêcher de rire à la vue de la mine piteuse du chien qui, les yeux au ciel et la langue pendante, semblait attendre que le cristal lui redescendît des airs dans la gueule.
Au même moment, le chat fit un bond en entendant du bruit sous les feuilles : c’était un cobra qui s’éveillait; celui-ci n’eut pas le temps de gonfler son cou que, déjà, le chat le coiffait et lui maintenait la tête contre le sol.
— Je te tiens, Cobra, et je te tiens bien. Mais si tu me jures par le rayonnement d’Indra que tu me serviras fidèlement, je te fais grâce de la vie, à toi et à tes oeufs dont j’ai trouvé le nid.
Le cobra promit tout ce que voulait le chat et alla se cacher dans le cadavre du cheval. Le vautour, un peu gêné par le cristal qui s’était arrêté dans son gosier, ne tarda pas à descendre et, en se dandinant, il alla se percher sur une côte du cheval. Auparavant, il avait longuement plané, et il avait vu le chien et le chat qui s’éloignaient, déconfits. Mais. Mais il n’avait pas
vu la mort se cacher dans le cheval : elle lui sauta à la gorge dès que, de son bec, il commença à tirer de savoureux morceaux de viande.
En possession du cristal, le chat reprit son chemin, précédé du chien qui faisait l’important et s’en allait la queue haute. Mais, au soir, ils se disputèrent et se battirent, si bien que le chat lâcha le cristal. Le chien s’en empara et détala, ventre à terre. Le chat, qui en avait assez, prit un raccourci et arriva à la maison!
— Chat, mon frère aîné, as-tu réussi à reprendre le cristal ? lui dit Croûte-de-Riz en le prenant dans ses bras.
— Oui, je l’ai repris. Le chien, qui est derrière moi, l’a dans sa gueule, répondit le chat qui paraissait fort las.
Puis il raconta à son maître toutes les péripéties de leur voyage, comment le chien s’était conduit, l’avait mordu, lui avait repris le cristal de force plu-sieurs fois. Croûte-de-Riz n’en pouvait plus de rire. A ce moment le chien entra en boitillant, la langue longue et la queue entre les jambes.
— Où est mon cristal, chien mon frère aîné ?
— Il est tombé je ne sais où…
Furieux, Croûte-de-Riz injuria le chien :
— Vaurien, va immédiatement chercher le cristal.
Si tu ne le retrouves pas, je te tuerai sur l’heure! Au moment où le chien, aidé du chat qui l’avait pris en pitié, s’éloignait pour rechercher le talisman, une aigrette voleta au-dessus de l’humble case de Croûte-de-Riz.
— Voilà bien une belle parure pour mon épouse chérie, dit le jeune homme. Prenant son arc, il transperça l’oiseau. Comme il le dépouillait, il sentit le cristal dans le ventre de la bestiole…

Il est à peine besoin de dire avec quelle rapidité Croûte-de-Riz se constitua une armée, comment il envahit le royaume de Siam, avec quelle sévérité il défit ses ennemis, tua le roi et chargea des milliers de chariots d’un butin qu’il était bien sûr de ne pas voir s’évanouir en nuage.
Avant même d’aller embrasser sa femme et de délivrer son beau-père, il tourna le cristal : son armée se volatilisa et le château apparut, tout en or, prêt à recevoir son maître qui revenait en vainqueur.
Le roi du Cambodge prit la décision d’abdiquer en faveur de Croûte-de-Riz. Les magiciens consultèrent les oracles et indiquèrent le jour propice. Jamais le royaume ne vit une telle cérémonie, jamais nouvelle dynastie ne commença dans une telle joie.
Alors que le cortège revenait au palais, un épais nuage passa très haut dans le ciel, à des milliers et à des milliers de mètres, obscurcissant le soleil; on
vit même, en plein jour, quelques étoiles. Le peuple se prosterna, croyant qu’il s’agissait là d’un sourire d’ Indra, adressé en souhait de bonheur au nouveau souverain. Deux fleurs de lotus tombèrent en tournoyant jusque sur les genoux de Croûte-de-Riz qui avait pris le nom royal de Bouclier et sur ceux de sa femme qu’on continuait d’appeler Neang Srah, nom aussi doux qu’une caresse. Le jeune roi reconnut les lotus du lac sacré de Bathbadal et comprit que, conduits par ses frères cadets, les Nagas étaient venus à son couronnement.
Ces lotus ne se fanèrent jamais, car eux aussi, étaient de bienfaisants génies.
Ainsi finit l’histoire de Croûte-de-Riz, telle que, de bouche en bouche, elle nous est parvenue, depuis les temps où le Cambodge était le premier royaume du Sud, telle aussi que pendant des nuits et des nuits encore, à la lueur des torches, les conteurs la chanteront aux fils des Khmers immortels.

Chanson de guerre de Croûte-de-Riz

Jok et Dok et Bok… Mon armée chemine.
Deux par deux les éléphants
Avancent sous les bois.
Mon armée s’engage sur la piste,
Silencieuse comme un python,
Étouffant le bruit que font les épées.
Jok et Dok et Bok.
Par les Nagas, mes frères dieux

Qui m’emportèrent à Bathbadal,
Deux par deux, les Nagas
Plongent, combattent, et jouent,
Par les Nagas qui m’ont donné la pierre Je pulvériserai l’ennemi
Comme ceci :
Jok et Dok et Bok.
Derrière mes chariots,
Dans une lune, quand je reviendrai,

Deux par deux, les chariots Fléchiront sous le poids du butin.
Derrière mes chariots Suivront les prisonniers :
Le roi de Xien Maï, les princes,
Et leur orgueil et leur jactance abattus.
Et dans la forêt joyeuse Leur désespoir retentira. Jok et Dok et Bok.

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L’avis de deux clientes sur WAM Cambodge

Un témoignage de cliente venues en aout 2016 :

Bonjour Mr Thévenet,

gérard ph - Copy

Nous voici de retour à Paris. Nous n’avons pas eu l’occasion de nous revoir avant de quitter Siem Reap.

Nous tenons à vous remercier de la qualité de vos services, de l’excellence professionnelle du

Guide S……..

Nous gardons un excellent souvenir de notre séjour à Siem Reap. Ceci nous permet de poursuivre

Le projet d’emmener, en 2017,   les enfants de l’orphelinat de Kampong Speu.

Bonne continuation.

MME DELELIS MME DE CLERCK

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