Archives mensuelles : octobre 2016

Histoire de singes à la cambodgienne

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Pourquoi les Gibbons hurlent soir et matin

Les gibbons, il y en a dans presque toutes les forêts de haute montagne. Les uns sont gris cendré et blancs; d’autres, gris et blancs, portent un manteau de longs poils gris-fer et un collier de fourrure blanche. Certains sont jaunâtres ou alors complètement noirs, avec une queue et une barbe blanche : ils ont alors une figure de vieux loup de mer.
Merveilleux acrobates, ils se posent rarement sur le sol. Ils préfèrent parcourir la forêt en voltigeant de branche en branche, ne quittant l’une que pour saisir l’autre de leurs bras démesurés. Chaque fois, ils font un demi-tour sur eux-mêmes avec une grâce et une sûreté incomparables. A terre, ils marchent les bras en l’air, les mains à demi fermées, comme soucieux de toujours s’accrocher, prêts à bondir dans les arbres comme en s’envolant.
Mais on ne peut s’imaginer, sans les avoir entendus, ce que deux cents gibbons réunis en troupe peuvent produire comme bruit!… Cela commence par une longue modulation d’un mâle isolé : « Hou-lou!… hou-lou-lou-lou-lou-lou!… » D’un arbre voisin, un autre gibbon répond; puis, peu à peu, toute la bande prend part au concert. Ce sont alors des plaintes déchirantes, des pleurs d’enfants abandonnés, des sanglots de femmes désespérées. D’un seul coup, tout s’arrête : la cérémonie de l’accueil ou de l’adieu au soleil est terminée. La forêt appartient alors aux insectes et aux fauves.
Voici la légende que racontent les Moïs Rhadés à ce sujet.
C’était au temps des aïeux. Les gibbons vivaient alors dans les forêts au milieu desquelles serpentent la rivière Srépok et son affluent le Krong Bla. Là poussent, serrés à ne pas laisser la lumière atteindre le sol, des chênes et des châtaigniers énormes, des tecks et des tracs au bois de fer et de gigantesques ban-langs, hauts de trois portées de flèche, aux pieds qui s’évasent en contreforts massifs.
Tout au long du jour, les gibbons de cette espèce qu’on appelle des doc nuoc cueillaient des fruits sauvages, se lançaient d’une branche à l’autre, ne se risquant jusqu’au sol que pour tirer les piquants d’un porc-épic ou pour agacer un pangolin jusqu’à ce qu’il se mît en boule. On pouvait alors vivre heureux; la nuit, on dormait tranquille : point de tigre égorgeant un chevreuil, point de python venant surprendre dans son sommeil un tout petit gibbon. Les seuls voisins étaient des tourterelles, des paons qui savent si bien se couler sous les buissons malgré leur queue traînante, des ours à collier orange qui, sans se presser, montent aux branches pour dévaster le miel des abeilles sauvages.
Les seuls cris qu’à cette époque poussaient les gibbons n’étaient jamais que le grincement de dents de deux mâles jaloux, le susurrement d’une mère appelant son petit ou les glapissements d’une bande de bébés-gibbons se poursuivant malicieuse-ment d’un arbre à l’autre.
Un jour, les singes — qui vivaient plus au Sud, dans les bois qui ont poussé sur les pentes des cratères — eurent l’idée de partir à la découverte. Plus de mille et dix mille d’entre eux, hurleurs, rieurs, aboyeurs, siffleurs, singes verts, singes gris à la longue queue blanche, singes violets et toute la tribu des macaques, s’en allèrent en migration vers le Nord. De temps à autre, ils apercevaient un village d’hommes. Un village, c’est de la canne à sucre, des patates douces, du riz à piller. En un tourne-main, la peine que s’étaient donnée de pauvres humains s’en allait dans les arbres, gambadant et dansant au sein des petits ventres poilus et bien gonflés.
Ravageant le pays, cassant des arbrisseaux par plaisir, ils arrivèrent dans la haute forêt. Les plus audacieux continuèrent à crier, mais bientôt l’oppression de la forêt pesa sur eux. La tristesse les envahit et ils s’arrêtèrent, domptés par la majesté des arbres. C’est à ce moment qu’ils aperçurent les gibbons.
Au début, toute la gent macaque les prit pour de petits hommes, de ces hommes que d’autres singes leur avaient dit avoir vus, là-bas très loin, dans le pays de Kambu, vivre dans les arbres. Mais à quelques grimaces qu’ils se firent, les uns et les autres, ils se reconnurent presque frères.
On se tira par la queue, on ddénicha ensemble des fruits et des racines à la saveur puissante, on se battit pour une femelle indifférente. Bref, on agit tels de parfaits singes qui, partout, se conduisent comme chez eux — c’est-à-dire fort mal…
Puis les visiteurs s’ennuyèrent. Ils se sentirent jaloux des gibbons qui vivaient dans un pays si paisible, où jusqu’au nom de panthère était inconnu. Ils résolurent de retourner dans leurs bois des hauts plateaux et ils formèrent le projet d’y attirer les gibbons.
— Eh quoi! Vous ne connaissez rien, pauvres enfants de la forêt! C’est à peine si ici l’on peut se mettre quelque chose sous la dent. Et avec quel mal, encore!… Venez donc avec nous. Dans nos bois, il pas dénouer leurs bras d’autour de leurs visages.
Quand vint le jour, ce fut autre chose!… D’abord, les fourmis rouges, qui forcèrent les pauvres abandonnés à quitter les hautes branches. Ce fut pour tomber sur les serpents : les pythons, les boas et, plus bas, les cobras attendaient leur proies, oscillaient sur eux-mêmes jusqu’à ce qu’un malheureux gibbon vint de lui-même se jeter dans la gueule ouverte — à moins qu’il ne tombât assommé d’un grand coup de tête envoyé en bélier. A terre, c’était pis encore — si c’était possible : les chiens sauvages, les dohls, qui sans un aboiement savent si bien casser les reins d’un coup de dents, les rhinocéros qui s’en vont en grognant et piétinent avec fureur tout ce qui bouge devant leurs yeux de myopes. Et les éléphants que j’oubliais, qui, d’esprit lunatique, se mettent à secouer les arbres jusqu’à ce qu’ils les rompent.
Quand, le soleil couché, tomba en quelques minutes un bref crépuscule puis la nuit, les gibbons sentirent le désespoir envahir leurs coeurs. Alors, ils se mirent à hurler et à gémir en choeur, les mains réunies en conque autour de la bouche. La nuit, la Reine de l’Ombre, la grande meurtrière s’éveillait et apportait la terreur du meurtre qu’on ne voit pas venir.
Mais quand la clarté revint et que les gibbons comprirent qu’ils avaient devant eux toute la course du soleil pour connaître de nouveaux effrois, ils ne songèrent pas à s’en aller. Ils mirent leurs mains au-dessus de leurs têtes et, à nouveau, ils hurlèrent leur désespérance. Puis, de branche en branche, ils se lancèrent, attentifs aux fourmis rouges, aux dohls, aux pythons et aux éléphants sauvages qui ne supportent pas qu’on leur tire les oreilles.
On acquiert vite de mauvaises habitudes… Peu à peu les gibbons prirent celle de hurler « Hou-lou ! Hou-lou-lou-lou-lou… » quand le soleil apparaît et quand il disparaît.
Ils ont aussi appris à ravager les champs des hommes!…

Présentation de WAM TOUR

Créé en 2007 par moi-même qui suis présent au Cambodge depuis 1993 je vous propose mon expertise pour la réalisation de votre séjour. Il va sans dire que cette expertise représente un cout mais cela vous donne aussi la garantie d’un voyage réussi et parfaitement planifié par un spécialiste sur place. Ce cout sera moins élevé qu’en vous adressant à une agence généraliste qui utilisera de plus un ou plusieurs intermédiaires.
Mes connaissances du pays n’ont pas pour but de vous faire découvrir moi-même ce merveilleux pays car les cambodgiens sont les plus aptes à vous faire apprécier leur royaume, je suis simplement le trait d’union entre vous et eux en vous recommandant les meilleurs.

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Pour tout conseil contacter :
Gérard THEVENET – contact@wamtour.com –WAM – Artisan voyagiste au Cambodge – www.wamtour.com

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Légende du Royaume du Cambodge

Les malices de Sophéa – Le Lièvre

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De tout temps les bêtes ont parlé. Elles se comprennent, non seulement entre individus de même espèce, mais même entre animaux complètement différents. Tout intervient dans la conversation, le gosier, la queue, les oreilles, les attitudes et jusqu’à ces frémissements de la peau qui ont l’air
de risées couchant les poils ou les plumes.
Mais il fut un temps où l’homme comprenait les bêtes et se faisait entendre d’elles. C’est un temps très reculé dans les âges : un temps qui peut se placer bien avant qu’un brahmane vînt de l’Inde fonder le royaume du Founan, à l’ouest du fleuve Mékong, prenant le nom de Jayavarman Ier — ce qui signifie le Bouclier Puissant; un temps plus reculé encore, avant qu’un Malais arrivât de Java pour régner,
premier souverain — qu’on appelait Kaundynia — de la dynastie des Fan.
C’est au temps où un merveilleux prince, Kambu, arriva de Birmanie, protégé par une déesse, l’Apsara Mera. Beau comme le soleil, il sut conquérir la fille du Naga, roi des Eaux. La princesse, Nagi Soma, était la filleule bien-aimée de la Lune dont elle portait le nom. Le Soleil. et la Lune, le prince et la princesse se virent et s’unirent, eurent beaucoup d’enfants qui, comme leur mère, avaient neuf têtes de serpents et, comme leur père, une beauté irréelle. Mais de cela nous parlerons un autre jour…
Quelque temps avant que Kambu ne débarquât, les hommes ne connaissaient pas encore le langage articulé. Par contre, ils avaient l’avantage inappréciable de pouvoir s’entretenir avec les animaux. Lorsque Kambu et Soma leur apprirent à parler et à écrire, lorsque Kaundynia leur apporta l’usage des vêtements, lorsque le puissant Jayavarman leur enseigna à s’abriter dans des maisons de pierre, ils oublièrent le langage de la forêt. Mais ils surent se souvenir des histoires que leur avaient racontées les animaux et c’est d’eux qu’on tient les contes de Sophéa, le lièvre dont sa malicieuse sagesse a fait le juge des bêtes.
On peut naître futé, mais on ne devient avisé que par l’expérience. Ce furent les escargots
d’eau qui donnèrent à Sophéa sa première leçon.
Le lièvre — qui n’était encore qu’un levraut, le nez tout barbouillé du lait de dame Hase, sa mère — le lièvre s’en allait près d’un étang en chantonnant : « Il n’y a pas un animal qui coure aussi vite que moi. A côté de mes pattes, on dirait de vieux bouts de bois qu’ont les autres bêtes pour se déplacer. »
Alors un vieil escargot d’eau qui paressait sous une feuille de lotus lui cria : « En es-tu bien sûr, ô Lièvre ? »
— Si j’en suis sûr ? Par le Naga, Père des Eaux, le martin-pêcheur lui-même est moins rapide que moi!
IIum!… Eh bien, puisque tu cours si vite, faisons un pari et courons ensemble.
D’une longue détente de ses pattes, »le lièvre fit un saut vertical. A la fois furieux et moqueur, il cria :
— Yeû-eu!… L’escargot qui me méprise, moi!… Et c’est toi qui oses courir avec moi ?
— As-tu peur ? Essayons donc autour de l’étang.
Pendant que le lièvre calculait s’il valait mieux partir de la patte gauche ou de la patte droite, le vieil escargot avait réuni ses frères :
— Répartissez-vous autour de l’étang, un toutes les trois foulées d’éléphant. Quand le lièvre appellera, celui qui sera devant lui devra lui répondre.
Tout occupé à brouter des herbes odorantes, le lièvre n’avait rien entendu. Quand vint le soir et que la chaleur fut tombée, une perruche bleue donna le signal du départ.
— Ah! Courons vite, cria le vieil escargot, l’air déjà essouflé avant que d’être parti.
A toute allure, le lièvre se mit à galoper au bord de l’étang. Mais il s’arrêtait souvent : il y a de si
bonnes choses à manger près de l’eau! Chaque fois, il criait :
— Frère Escargot ? Ey!…
– Ey!… répondait l’escargot qui était devant lui.
« Diable, pensait le lièvre, je n’aurais jamais cru
qu’un escargot allât si vite! » Et il forçait l’allure.
Ey! criait-il, le souffle coupé. Et, à un saut de
grenouille devant lui, une voix d’escargot lui répondait toujours « Ey!… » Et quand il eut accompli le
tour des berges, il vit le vieil escargot qui mirait ses cornes dans l’étang.
— Vois-tu, Lièvre, on trouve toujours son maître dans la vie lorsqu’on est présomptueux. Tu as perdu
ton pari : nous te condamnons à ne venir, d’un an, boire de l’eau dans cet étang.
C’est de cette époque que le lièvre devint avisé.
Il était avisé et cela ne l’empêchait pas d’être
moqueur. Sa victime était le crocodile : il est vrai que la lourdeur et la bêtise de ce saurien se prêtaient aux plaisanteries. Et il faut dire aussi que le lièvre avait quelque rancune contre le crocodile. Il n’y avait pas de semaine qu’un meurtre ne fût commis : quelque buffle, une chèvre et même le plus désarmé de tous les animaux, l’homme. Et on n’avait qu’à regarder le lendemain les crocs sanglants du crocodile pour connaître l’assassin.
Un jour qu’il avait fortement plu et que le courant de la rivière avait emporté les branches mortes qui flottent toujours au long des berges, le lièvre fut bien embarrassé pour traverser. Mais il aperçut le crocodile dont la longue tête émergeait seule.
— 0 mon grand frère Crocodile, » il n’y a plus d’herbe sur cette rive. Mais je connais de l’autre côté du stung une prairie où l’on trouve de l’herbe sucrée et de l’eau sucrée. Nous nous régalerons de coma
pagnie.
— Si mon frère Sophéa veut bien me montrer où sont l’eau et l’herbe sucrées, j’en serai fort aise. Et je n’oublierai jamais ce bienfait. Monte sur mon dos et tiens-toi bien.
Sans que le crocodile le vît, le lièvre fit la grimace devant l’aspect fangeux du dos de sa monture. Coupant prestement des feuilles de bananier, il composa une confortable litière sur les protubérances de messire Crocodile.
— Eh! Me prends-tu pour un nid de fourmis rouges, de me couvrir ainsi le dos de feuilles ? cria ce dernier.
— O grand frère, j’ai les pattes si boueuses que vraiment je craindrais de te salir…
Tout flatté de tant de considération, le crocodile se mit à nager. En cinq coups de patte, il traversa le stung. Arrivé sur le sable de la rive opposée, il s’affala, embarrassé de son poids comme tout saurien qui sort de l’eau.
— Alors, l’herbe sucrée P…
— De l’herbe sucrée pour un mangeur de viande pourrie comme toi ? cria le lièvre. Mange donc les feuilles que j’avais mises sur ton dos pour ne pas me salir les pattes!…
Et il s’en fut en gambadant.
Bien qu’ils aient une cervelle guère plus grosse qu’une noix d’arec, les crocodiles en ont assez pour y loger une rancune tenace. Le lièvre le savait bien, qui n’osait plus s’approcher des stungs pour y brou-ter les liserons d’eau nouvellement poussés. Il restait dans la plaine, mâchonnant de l’herbe sèche sans saveur. Un matin, n’y pouvant plus tenir, pensant au reste que le crocodile avait oublié sa, vengeance, il s’approcha de la rivière — un peu méfiant tout de même.
Le crocodile était là qui faisait mine de dormir, paraissant absolument sans colère. Rassuré, le lièvre se mit à brouter des liserons d’eau. Puis, enhardi,
il s’amusa à chatouiller les naseaux du saurien avec sa queue qu’il a courte et fort touffue. Ce ne fut pas long : le lièvre se sentit happé et entraîné vers la rivière, bien saisi par le milieu du corps.
Le crocodile n’aime pas la viande fraîche : il va d’abord noyer sa proie au fond de l’eau puis il la cache dans un trou jusqu’à ce que la chair se détache toute seule des os. En emportant le lièvre, il voulait profiter des derniers instants que celui-ci avait encore à vivre pour l’effrayer et se ‘venger en une seule fois de toutes les brimades qu’il avait subies.
— Hu, hu, soufflait-il entre ses dents.
Certes, le lièvre avait grand’peur, mais il ne le montrait pas. Il pensait : « Si seulement cet animal pouvait ouvrir la gueule, je pourrais m’échapper!  » Aussi eut-il l’idée de dire :
— Grand imbécile! Si tu crois me faire peur avec tes « Hu, hu!… » Au moins, si tu faisais : « Ha ha! » je ne dis pas…
En entendant cela, le crocodile fit, comme tout le monde s’y attend d’un saurien aussi borné : « Ha ha!… » Mais on ne peut faire « Ha, ha!… » qu’en ouvrant largement la gueule.
D’un bond, le lièvre fut sur la berge, un peu meurtri mais bien vivant.
— O grand naïf ! Diras-tu encore : « Ha, ha!… quand tu auras une proie dans la gueule ?
Et il s’enfonça dans la forêt.
Comme il était encore ému, il alla se coucher à l’ombre d’un arbre que par la suite les hommes appelèrent jaquier. Puis il s’endormit. Au soir, la brise se leva comme elle le fait à chaque jour qui finit. Agité par le vent, un fruit se détacha de l’arbre. Les fruits du jaquier ne sont pas gros comme des cerises, des prunes ou des pommes, mais bien comme deux ou trois noix de coco. Celui qui tomba fit « tonc » en arrivant au sol, puis il éclata pour épandre ses graines.
Le lièvre s’éveilla brusquement et fit un saut de côté. Ne voyant rien autour de lui que des débris de pulpe et croyant que la terre s’effondrait, il s’enfuit à toutes jambes en faisant des crochets. Ce fut pour se cogner contre le tigre.
Ce n’est pas que le lièvre redoutât le tigre, mais il ressentait une certaine antipathie à l’égard du félin. Les tigres du pays de Naga ne mangent pas de rats, de grenouilles ni même de lièvres comme les tigres du delta du Mékong. Mais ils dévorent toutes les bêtes sans défense de la forêt, celles-là même auxquelles le lièvre s’était attaché car elles sont touchantes de faiblesse.
— Pourquoi cours-tu si vite, Lièvre ?
— Eh!… Parce que la terre s’est ébranlée… Sauve-toi, mon frère Tigre, le gouffre approche!
Le tigre emboîta le galop du lièvre, mais il était distancé à chaque foulée. Tous deux s’arrêtèrent haletants devant un Devata qu’ils avaient failli bousculer.
— Pourquoi cours-tu si vite ? dit le Génie aux longues dents en s’adressant au tigre hors d’haleine.
— Parce que… le lièvre m’a dit… que la terre tremblait… que le gouffre approchait!…
— 0 naïf! La terre ne s’effondrera jamais.
Le tigre rugit de fureur et il se mit, la. moustache frôlant la terre, à suivre à la trace le lièvre qui avait disparu. « Je ne le mangerai pas, pensait-il, car les lièvres sentent trop l’herbe. Mais je lui casserai les reins d’un coup de patte. »
Le lièvre dormait au creux des racines d’un énorme banian, mais il ne fut pas long à se réveiller quand il entendit le tigre rugir à ses côtés.
— Ah! te voilà!… cria le fauve. C’est de ta faute si j’ai les flancs haletants et les pattes saignantes. Mais c’est bien la dernière fois qu’une bestiole de ton espèce se moque de moi!
Dans la forêt, il y a, comme chacun sait, d’innombrables esprits. Mais ceux-ci sont si occupés de leurs propres soucis que les animaux ne doivent compter que sur eux-mêmes pour se tirer d’affaire. Acculé contre le tronc du banian, le lièvre s’aperçut qu’il ne pouvait s’échapper. C’était vraiment un moment grave pour lui.
— Bien, bien, fit-il d’un air détaché. Mais comme les animaux m’ont élu roi, il faut que ce que tu comptes faire soit accompli devant ma Cour.
Il mentait effrontément, car jamais les animaux de la plaine et de la forêt n’ont pu se mettre d’accord pour se donner un roi.
– Ah!… dit le tigre, interloqué. Alors, allons à ta Cour.
— Il faut me laisser monter sur ton dos, ajouta encore le lièvre, car le Roi est fatigué.
Lorsque, l’un portant l’autre, ils arrivèrent à une clairière où tous les animaux se réunissent chaque nuit pour boire dans une mare, ce fut une belle débandade. Tout le monde n’est pas dévoré par le tigre, mais chacun redoute son caractère détestable.
— Vois-tu, Tigre, vois-tu cette fuite ? Ils tremblent devant moi parce que je suis leur roi.
— Vraiment, Sire, fit le tigre, penaud, je ne sais comment m’excuser envers vous… Où puis-je vous conduire ?
— Dans un champ de cannes à sucre sauvages. Et un peu vite, n’est-ce pas!…
— Qu’il soit fait selon le coeur de Votre Majesté, fit humblement le tigre.
Arrivé à destination, le lièvre sauta légèrement à terre, lissa ses moustaches avec ses pattes de devant et, d’un ton protecteur, il donna congé au tigre :
— Allons! Ce n’est rien… Cette fois, je te par-donne. Mais ne recommence plus, hein ?
Mais le tigre est incapable de s’amender. Toujours il promet, jamais il ne tient. Au fond de son coeur, il se mit à détester le lièvre. « Et puis, pensait-il, pourquoi est-ce lui et non pas moi que les animaux ont élu roi ? » Entre nous, il faut dire que le lièvre ne faisait rien pour se concilier l’aménité du félin. Ne l’engagea-t-il pas un jour à s’introduire au sein d’un massif de bambous épineux! Là, il l’invita à secouer vigoureusement les tiges « pour faire de la musique ». Il avait négligé de prévenir son compagnon qu’un essaim d’abeilles sauvages y avait élu domicile. Violemment secoués, les insectes sortirent en fureur et se précipitèrent sur le nez de l’importun qu’ils piquèrent rageusement. Le museau enflammé, le tigre ressemblait à tout ce qu’on voudra, excepté à un tigre. « C’est un tapir rayé! » criaient moqueusement les gibbons qui se lançaient d’un arbre à l’autre.
Le lièvre avait disparu mais n’était pas pour cela à l’abri de la rancune du seigneur Tigre.
Un jour, il rencontra l’éléphant. Le lièvre aimait particulièrement ce débonnaire pachyderme, qui n’a que le tort d’avoir un caractère fantasque et de trop aimer la plaisanterie — oubliant qu’il est d’une force prodigieuse.
– 0 mon grand frère Éléphant, vous me paraissez tout triste! Est-ce vrai ou n’est-ce pas vrai ?
— C’est vrai, mon frère le Lièvre. Ce matin, au détour d’un sentier, j’ai rencontré le tigre qui m’a craché au nez et qui m’a dit : « Je te mangerai tout vif, de la trompe à la queue! » N’y a-t-il pas là de quoi être triste ?
— N’ayez pas peur : je vais aviser.
— Oh! si mon frère le Juge me protège, je dormirai tranquille.
S’aidant d’une termitière, puis d’une touffe de bambous, le lièvre s’installa sur le cou de l’éléphant.
— Là! J’y suis… Maintenant, si je te gifle du côté gauche, tu tourneras la tête vers la gauche. Si je te gifle à droite, tourne la tête à droite. Et comme il fait bien chaud, ne néglige pas de m’éventer avec tes oreilles!…
Quand le tigre apparut au détour d’une piste, le lièvre fit semblant de ne pas le voir et gifla l’éléphant qui, sans arrêt, tournait la tête à droite puis à gauche, toujours du côté opposé à celui où était le tigre, qu’il ne voyait pas. Aussi le pachyderme restait-il joyeux et redressait-il la trompe.
« Qu’est cela ? pensa le tigre. Voilà l’éléphant qui n’a pas l’air de me craindre et voici le lièvre qui s’est emparé de cette énorme masse de viande et la gifle à tour de bras. Hugg!… Ce pays devient décidément impossible! J’aime mieux m’en aller aux
abords de la plaine. Il finira par m’arriver quelque malheur avec ce lièvre diabolique!… Et, à reculons, il se coula entre les buissons.
La sagesse du lièvre se répandit au point que les hommes entendirent les bêtes en parler. Un jour arriva qu’eux-mêmes firent appel à Sophéa. Voici comment.
Deux hommes suivaient un ruisseau, l’un d’eux portant une nasse. Arrivés au pied d’un banian qui se penchait au-dessus du stung, le pêcheur mit sa nasse dans l’eau et l’attacha aux racines. Levant les yeux vers le sommet de l’arbre, son compagnon s’exclama en riant :
— Tiens! Regarde ma nasse qui est là-haut dans les feuilles : elle est sûrement restée là depuis les dernières inondations, lorsque les eaux étaient si hautes qu’elles noyaient la forêt jusqu’aux plus hautes branches.
Pendant la nuit, le second pêcheur prit les poissons qui étaient entrés dans la nasse et, grimpant à l’arbre, il les introduisit dans ‘son propre engin, là-haut dans les feuilles. Son camarade, lorsqu’il se réveilla, s’en aperçut, se fâcha et courut chez le maire du village.
En ce temps, les hommes croyaient encore à la justice et ils préféraient s’en remettre à l’avis du plus sage pour régler leurs différends plutôt que de se battre.
— Mé kum! cria le plaignant. Mon compagnon a sorti les poissons de ma nasse qui était dans le stung et il les a montés dans la sienne qui est perchée dans un arbre depuis six lunes. Je réclame!…
— Oh! pas de doute, prononça le maire; les pois-sons appartiennent au propriétaire de la nasse où ils sont. J’ai dit!
Mécontent de cet arrêt, le pêcheur pensa au lièvre, toujours si juste, et il l’alla trouver dans la forêt.
— J’ai perdu mon procès. Le maire m’a dit que j’ai eu tort de me plaindre.
— Homme, raconte-moi ton procès, demanda Sophéa.
Après un discours si embrouillé qu’il fallait vraiment être un lièvre pour y comprendre quelque chose, le pêcheur suivit Sophéa chez le maire.
— Salut, Mé kum! dit le lièvre. Je viens te faire part de quelque chose de curieux… Figure-toi que, tout à l’heure, j’ai vu un paon qui cueillait des pois-sons au sommet d’un tamarinier! Hein! Crois-tu ?…
— Voyons, Lièvre, tu te moques! Mes ancêtres ni moi n’avons jamais vu des poissons perchés dans un tamarinier…
— Tu as certainement raison, Mé kum! Mais, puisque tu n’as jamais vu de poissons dans les hautes branches d’un tamarinier, tu ne peux non
plus admettre que les poissons puissent monter tout seul dans une vieille nasse oubliée au sommet d’un banian.
Le maire réfléchit un moment, puis il dit :
— Tu es sage, mon frère Lièvre!… Les poissons appartiennent certainement à l’homme qui avait mis sa nasse dans l’eau. Ton compagnon, ô pêcheur, est un voleur doublé d’un affreux menteur. Tu me l’enverras que je lui fasse donner trente coups de rotin. J’ai dit!
Les hommes oublient tout au cours des âges, les bienfaits comme les méfaits. Pourtant, dans leur mémoire, il est resté quelque souvenir de la malicieuse sagesse du lièvre qui savait les protéger, lorsqu’ils étaient nus et sans défense. Aussi peut-on voir aujourd’hui, gravée dans le Sceau de Justice cambodgien, l’image de Sophéa, le lièvre que les animaux et les hommes prirent autrefois comme juge de leurs disputes.

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Légende du pays des khmers

thyda 2                                                                           DSC_0312   3839462146_b34a3d5795

Les 12 filles d’Angkor

On ne sait au juste pourquoi, mais, de tout temps et en tous lieux, les pauvres gens ont eu beaucoup d’enfants : peut-être est-ce un présent des dieux qui veulent suppléer à la richesse absente par une abondante tendresse familiale… Toujours est-il que, pour ne pas manquer à la coutume, un pauvre bûcheron avait eu de sa femme douze filles en six ans — deux filles toutes les treize lunes.
Mais les dieux peuvent-ils aussi s’occuper d’une pauvre famille de bûcherons khmers perdus dans les futaies qui couvrent le mont Kulen ? Çiva lui-même, à qui cette montagne était dédiée, ne parais-sait avoir de faveur qu’à l’égard des Samrés qui y habitaient et ne descendaient de leurs huttes nichées dans les arbres que pour venir chanter la gloire du dieu en se baignant dans le stung Thom.
— Nous n’y pouvons plus arriver, dit un jour le bûcheron à sa femme. Six enfants, passe encore… Mais douze à nourrir, c’est vraiment impossible! J’irai cette nuit les abandonner dans la forêt : nul doute que les Génies ne les prennent sous leur garde.
Et ainsi fut fait.
Une des plus jeunes jumelles, Néang Pou, se montra fort avisée. Elle grimpa sur un arbre et, de là, elle cria à ses soeurs qu’elle voyait de la fumée : ce ne pouvait être que son père qui allumait une meule de charbon de bois. Sautant d’arbre en arbre à la manière des gibbons, elle guida ses soeurs qui, à terre, se glissaient entre les troncs.
Quand elles revinrent, le père n’avait pas davantage de riz à Ieur donner et il alla les perdre une nouvelle fois, mais dans une forêt si éloignée que les fillettes ne purent retrouver leur chemin. Par contre, elles se rencontrèrent nez à nez avec la reine des Yacks dont l’aspect était plus terrifiant encore que celui d’une panthère.
On dit que ventre affamé n’a pas d’oreilles; il faut croire qu’au pays khmer c’était de ses yeux qu’on était privé lorsqu’on avait bien faim. Les fillettes ne virent pas les crocs menaçants de cette géante avide de chair humaine qu’était la Yacksa; son teint vert et rouge ne les frappa pas, car, pour se faire suivre, Santhoméa la reine des Yacks leur offrit des fruits, des poissons secs et des galettes de manioc.
Des années passèrent où les petites sauvageonnes devinrent de grandes et admirables jeunes filles. Elles s’étaient liées avec la princesse, fille de la reine, encore une enfant. Néang Kang Rey était son nom; on prévoyait que sa beauté ne le céderait en rien à celle des douze filles du bûcheron, sa mère n’ayant pas encore consenti à ce qu’elle eût une figure de Yack.
Un jour, la reine s’aperçut que quatre des douze jeunes filles étaient à point pour lui être servies en repas. Aussi donna-t-elle l’ordre à ses serviteurs d’en apprêter une des plus grandes pour le repas du lendemain. Heureusement qu’un rat blanc était là, qui se souvenait que les jeunes filles l’avaient un jour sauvé du chat. Il n’eut de cesse d’avoir creusé un trou qui l’amenât auprès des malheureuses et il les prévint du sort qui les attendait.
Et les douze jeunes filles de se sauver dans la campagne tandis que la reine, furieuse, faisait rosser gardiens et cuisiniers.
Elle ne tarda pas à apprendre qu’un serviteur du roi Suryavarman avait trouvé les fugitives endormies sous un manguier du parc royal. Désireux de plaire à son divin maître, l’esclave les lui avait amenées, ne doutant pas que le souverain n’épousât la plus belle. Mais le roi, indécis et n’osant pas choisir de peur d’avoir un regret au lendemain du mariage, les épousa toutes les douze. Il faut dire qu’il était roi des Khmers et aussi qu’il incarnait le dieu Vishnou, ce qui lui donnait tous les droits et tous les pouvoirs.
La reine Santhoméa, fort rancunière d’avoir été bernée par des mortelles, mit en ordre les affaires de son royaume et se présenta l’année suivante au Palais. Elle avait, bien entendu, abandonné sa figure de Yack car elle n’aurait trouvé qu’un palais vidé par la peur; c’est une princesse charmante que les esclaves du roi reçurent en grande pompe à sa descente d’éléphant.
Que peuvent faire douze épouses, même belles et chéries — lorsqu’elles ne sont après tout que de pauvres filles de bûcheron — contre la beauté et l’expérience féminine d’une divinité ? A peine le puissant Suryavarman eût-il vu la reine Santhoméa — qui ne lui dit pas qu’elle était Yack et veuve du roi des Yacks — qu’il s’écria : « Voilà celle que j’attendais!… Je n’aurai plus d’autre épouse qu’elle. » La nouvelle reine des Khmers n’eut pas besoin de demander qu’on éloignât les douze femmes du souverain : les courtisans, soucieux de se faire bien voir, les avaient déjà enfermées dans une citerne.
— Qu’on leur crève les yeux et qu’on les prive de nourriture jusqu’à ce qu’elles aient dévoré leurs enfants, ordonna cependant la souveraine lorsqu’elle apprit que les douze femmes du roi avaient donné douze fils à ce dernier. Mais, cela, elle se garda de le faire connaître à son royal époux.
Rusant avec son bourreau dont l’alcool de riz avait obscurci la claire notion des choses, Néang Pou parvint à lui présenter deux fois son oeil gauche dans lequel il plongea un poignard. Elle put ainsi abuser ses soeurs, leur présentant, comme son enfant à demi dévoré des restes de viande mis de côté, alors qu’elle gardait son fils bien vivant. Ce fut un bonheur pour les pauvres aveugles que Néang Pou pût s’occuper d’elles : elle les soignait, les nourrissait et pourtant elle arrivait à leur dissimuler l’existence de son fils : quand celui-ci criait, elle disait que c’était un petit chat égaré dans la citerne ; quand il jouait, elle prétendait que c’était un chevreau qui folâtrait.
Ro Thi Sen arriva ainsi à l’âge de seize ans. C’était un bel adolescent, savant en toutes choses, habile aux jeux du corps comme à ceux de l’esprit. Comme il avait ses deux yeux et que sa mère devait rester enfermée pour tenir compagnie aux onze soeurs aveuglées, il quittait la’ citerne et s’en allait se mêler au monde, rapportant des nouvelles de la Cour. Alors, au grand étonnement de ses soeurs, Néang Pou leur décrivait le nouveau temple d’Angkor Vat que le roi Suryavarman venait de faire construire en l’honneur du Dieu Vishnou et de sa propre image, divinisée. Elle leur parlait des cinq tours centrales, des murs où l’on venait de graver le combat des Singes et des Guerriers, le barattement de l’océan par le serpent sacré Vasuki et les divines Apsaras dansant.
Et elle leur expliquait aussi par une intervention des Génies l’abondance de vêtements et de fruits que les malheureuses recluses recevaient à profusion. A vrai dire, le Génie n’était autre que Ro Thi Sen qui s’en allait gagner énormément d’argent dans les villages, grâce à un coq de combat qui sortait toujours vainqueur des tournois où son jeune maître l’engageait.
Un jour, Ro Thi Sen s’entendit appeler du haut d’un éléphant : c’était la reine Santhoméa! Le jeune homme lui sourit car il ignorait quelle âme affreuse de Yack habitait ce corps délicieux.
— C’est curieux, lui dit-elle; tu ressembles à quel-qu’un que j’ai dû connaître autrefois. Mais je ne peux arriver à fixer mon souvenir…
Qui dira les pensées que put avoir la reine… Tou-jours est-il que Ro Thi Sen, alors qu’il assistait à un combat de son coq, reçut d’un chambellan du palais l’ordre de s’habiller princièrement et de s’en aller dans la forêt.
La mission était lointaine et dura plusieurs jours. Un soir que le jeune homme s’était endormi, un bonze s’approcha du cheval et le flatta : « Que le Bouddha-Compatissant, qu’Alokiteçvara vous soit propice, à toi et à ton maître !» Le cheval, en encen
sant de la tête, fit tomber de sa selle un tube de bambou.
— Laisse cela, moine, dit Rho Thi Sen qui venait de s’éveiller. C’est le message que la reine m’a chargé de remettre sans le lire à sa fille chérie, Néang Kang Rey.
— Bien, bien, fit le bonze. Mais les caractères sont si beaux que je vais les copier. Laisse-moi donc ce message un moment.
Et il gratta l’avant-dernier mot qui n’était autre que « Tue ». Ce qui fait que la princesse, lorsque le messager se présenta devant elle, lut à haute voix :
Sitôt ce jeune homme arrivé, épouse-le! » On comprend la confusion qui saisit les deux jeunes gens, mais comme au premier regard ils s’étaient plu le mariage eut lieu en grande pompe. Serviteurs, éléphants, mets de choix, rien ne fut épargné. Il y avait même d’étranges assistants, à la figure jaune et verte, aux crocs recourbés comme ceux des sangliers. Mais comme Ro Thi Sen n’avait d’yeux que pour sa femme, il ne les vit point.
— Maintenant, ô’ Maître, tout t’appartient ici. Voilà les palais, voici les écuries. Plus loin c’est le temple de nos Génies. Et ce petit pavillon, c’est là où ma mère a mis son secret…
On dit que les femmes sont curieuses. Elles ont aussi horreur des secrets. Comme le jeune prince ne répondait pas, sa femme insista
— Elle a dit que le malheur se déchaînerait sur moi si je le montrais à quiconque. Mais toi, tu es l’Unique… Et si ma mère était là, elle t’aurait confié le secret, car elle t’a adopté pour son fils en me donnant à toi comme épouse.
Il n’y avait dans le pavillon qu’un vase où Ro Thi Sen put compter vingt-trois yeux. A côté était un flacon de jade rouge et un manuscrit qui indiquait comment on pouvait se servir de certaine liqueur pour remettre ces yeux dans leurs faces. Alors, le prince pensa à sa mère et à ses tantes, et les pleurs coulèrent sur ses joues.
La nuit arriva bien lentement. Enfin, après de tendres embrassements, Néang Kang Rey s’endormit. Ro Thi Sen alla prendre les yeux, le flacon, le sceptre de la reine et sauta sur son cheval, non sans être venu caresser le front de sa femme.
— Marche à ton but si noble, lui dit l’ermite qui l’attendait au passage. Si ta jeune femme te rejoint, souviens-toi que le sceptre de Santhoméa est magique et qu’il te permet de franchir l’espace. Et si tu crois utile d’arrêter toute poursuite, jette derrière toi ce rameau que je te donne.
Déjà Ro Thi Sen apercevait à l’horizon les cinq tours d’Angkor Vat qui s’élevaient dans le ciel comme le mont Méru, la demeure sacrée de Vishnou, lors-qu’il s’entendit appeler. C’était Néang Kang Rey
qui, sans dormir ni manger, était arrivée à le rejoindre.
Alors, le coeur déchiré, pour créer un obstacle infranchissable que lui-même ne pourrait jamais anéantir, Ro Thi Sen jeta à la fois sceptre et rameau. En même temps que son cheval s’enlevait dans le ciel, le sol s’affaissa en une immense étendue que l’eau des rivières transforma aussitôt en un lac aussi grand qu’une mer.
L’histoire pourrait finir là, dans la joie des douze épouses qui avaient retrouvé leurs yeux, dans la rage de Santhoméa dépossédée en un instant de son apparence de femme, dans le bonheur paternel du puissant Suryavarman.
Mais Ro Thi Sen se vit obligé de combattre la reine des Yacks : ce fut une longue lutte dont il sortit vainqueur. Tout autre aurait été ivre de joie, mais, comme Alokiteçvara lui avait donné un coeur compatissant, le fils de Suryavarman ne put se par-donner d’avoir tué la mère de son épouse. Et comme il savait que, jamais plus, il ne pourrait chérir Néang Kang Rey — maintenant de l’autre côté du Tonlé Sap, le Grand Lac — il se fit raser le crâne et prit la robe jaune des bonzes.
Les dieux furent pitoyables pour ces innocents qui, l’un et l’autre, avaient connu un malheur immérité. A leur mort, Néang Kang Rey revint sur terre sous la forme du Génie des Lacs, tandis que l’âme du bonze Ro Thi Sen s’incarnait dans un banian.
Les siècles ont passé, l’Empire khmer s’est écroulé, la forêt a envahi les temples désertés et a disjoint les pierres des palais, l’orgueil des rois n’est plus que ruines. Mais, à Siem Réap, le banian du bonze se mire toujours dans les eaux du Tonlé Sap. Lorsque vient la saison des inondations, l’eau du lac monte amoureusement baigner jusqu’aux plus hautes branches de l’arbre.

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Mes connaissances du pays n’ont pas pour but de vous faire découvrir moi-même ce merveilleux pays car les cambodgiens sont les plus aptes à vous faire apprécier leur royaume, je suis simplement le trait d’union entre vous et eux en vous recommandant les meilleurs.

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Légendes en Terre Cambodge

LÉGENDE DU TEMPLE D’ATTHAROEUS

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Dans tout le Cambodge, les bouddhistes khmers ont l’habitude, selon une coutume fermement conservée depuis l’ancien temps, de construire des temples qui donnent à l’est. Mais nous trouvons également un temple qui donne au nord. C’est le temple d’Attharoeus (en pali, attharasa : dix-huit) situé sur la colline de Préah-Réach-Troap, « Fortune-Royale », dans le canton de Ponhéa-Lü, province de Kandal. Et cela est si étrange que nous avons fort envie d’en savoir la raison.
Voici l’histoire de ce temple :
Au XIIIe siècle de l’ère chrétienne, à la fin de l’époque angkorienne, l’empereur de Chine dépêcha plusieurs groupes d’envoyés afin de faire des recherches, des enquêtes dans divers pays pour savoir quelles civilisations ils avaient. Si un pays avait une culture florissante, il fallait le signaler à la Chine qui prendrait alors ce pays comme ami. Si un pays avait une civilisation terne, la Chine l’aiderait ou le prendrait comme vassal.
Alors les envoyés chinois pénétrèrent dans tout le pays khmer pour y effectuer des recherches et des enquêtes et revinrent pour informer leur roi par ces mots :
— Le Cambodge est prospère et florissant, mais il est un peu plus terne qu’auparavant. Les habitants marchent pieds nus, mangent avec leurs doigts, ils ont la tête nue et n’utilisent pas de techniques commodes. Mais cela ne durera pas longtemps, le Cambodge sera de nouveau plus prospère et florissant qu’avant.
Ces envoyés le savaient parce qu’ils avaient vu tout d’abord un endroit dont le traité des astrologues chinois prédisait qu’il donnerait de bons résultats divers pour le pays. Et cet endroit était la colline de Préah-Réach-Troap dans le canton de Ponhéa-Lü, province actuelle de Kandal. Les envoyés chinois avaient vu que cette colline avait la forme d’un mokâr (en sanscrit makara : grand animal marin : crocodile ?) , animal sur le corps duquel est maintenant le monument funéraire Trai Troeung (C’est le paradis où il y a 33 dieux dont Indra est le souverain suprême), sur sa tête et ses moustaches le monument Tontim, et sur sa queue la statue du Bouddha mourant. De plus, sur cette colline, se trouvait une grotte dont la profondeur allait jusqu’en bas. Les Chinois virent que dans peu de temps le mokâr sortirait de cette grotte. Puis le traité des astrologues chinois prédisait que si un pays ou un endroit voyait surgir un mokâr, ce pays aurait une puissance large et florissante. Les autres pays ne pourraient plus le battre. A cause de cela, pour la sécurité de la Chine dans l’avenir, tous les mandarins chinois firent une pro-position à leur empereur en ces termes :
— Il faut lever une armée pour aller combattre et prendre le Cambodge en le transformant définitivement en pays vassal. L’empereur de Chine réfléchit et dit :
— Si nous agissons de cette façon, c’est comme si nous violions tout à fait ce pays. D’autre part le Cambodge est encore puissant et florissant. Nous ne pouvons pas le battre facilement. Si la Chine bat le Cambodge à la guerre, elle aura des difficultés en raison de la perte de nombreux soldats et de la détresse qui gagnera la population.
C’est pourquoi, pour empêcher le mokâr de surgir dans cet endroit, les Chinois voulaient obstruer fermement la grotte de cette colline d’une façon ou d’une autre. Alors ils pensèrent :
— Si nous prenons des pierres pour obstruer cette grotte, nous craignons qu’un jour les Khmers ne comprennent notre idée et ne les soulèvent. Pour cela, il faut quelque chose d’honoré par les Khmers.
Alors les Chinois virent que le Cambodge était très attaché à la religion bouddhique. Partout où il y avait une
statue du Bouddha, il y avait un temple. Les Khmers n’osaient pas démolir un tel endroit. C’est pourquoi l’empereur de Chine ordonna aux mandarins de venir demander à ceux-là la per-mission de construire un temple sur le sommet de la colline Préah-Réach-Troap. Après avoir obtenu leur autorisation, les Chinois bâtirent d’abord une statue de Bouddha selon le style khmer. Puis ils construisirent un temple abritant la statue du Bouddha selon la tradition khmère mais aussi selon le traité d’astrologie chinoise. C’est à cause de cela que ce temple donne vers le nord, c’est-à-dire qu’il est orienté vers la Chine. Quant au nom de ce temple, on ne sait pas comment les Chinois l’appelèrent. Mais les Khmers qui virent dans ce temple une très grande statue de Bouddha,’ Vainqueur-des-démons, d’une hauteur de dix-huit coudées, nommèrent le temple d’Attharoeus, ce qui signifie « Temple-(du Bouddha)-de-dix-huit-coudées ».
Par la suite, l’empereur de Chine envoya ses mandarins apporter trois énigmes à résoudre au roi du Cambodge. Si le roi khmer ne pouvait pas expliquer ces trois sortes d’énigmes, le Cambodge serait sous la domination de la Chine et devrait apporter chaque année des tributs à son empereur. Ces trois énigmes de l’empereur chinois, nous allons les relater.
D’abord un mandarin chinois, le rapporteur de l’empereur de Chine pour les énigmes à faire résoudre par le roi du Cambodge, se leva devant le souverain et tous les mandarins khmers, et fit les gestes suivants :
Première énigme : Le mandarin chinois courba le dos, tendit les deux bras comme quand on embrasse quelque chose de très grand.
Deuxième énigme : Le mandarin chinois serra un poing et le leva à la hauteur de son visage.
Troisième énigme : Le mandarin chinois tendit le bras vers l’avant et déploya raidement les cinq doigts.
Ensuite il fixa une date au roi du Cambodge et dit :
— Dans sept jours je reviendrai vous saluer pour vous demander de me donner les solutions.
Le roi du Cambodge eut du chagrin et ordonna à tous les mandarins de s’efforcer de réfléchir et de trouver ces énigmes. Parmi tous ces mandarins, personne ne put résoudre ces énigmes. Alors le souverain leur ordonna de battre du gong pour chercher un homme ayant assez d’intelligence pour les résoudre.
A ce moment-là, il y avait un bouvier qui voyait ces gens en réunion. Il s’en approcha, resta debout pour écouter et répondit :
— Ces trois énigmes sont très faciles à résoudre :
Première énigme : mettre les deux bras en rond se traduit par une nasse à poisson.
Deuxième énigme : serrer le poing et le lever se traduit par une pique.
Troisième énigme : déployer les doigts et les tendre en avant signifie qu’on a trouvé cinq poissons.
Ayant entendu, tous les gens réfléchirent et lui demandèrent :
— Tu plaisantes ou non ?
Cet homme lui répondit :
— Ces trois énigmes se traduisent vraiment ainsi.
Les habitants rapportèrent ses paroles pour en informer le mandarin qui frappait du gong. Il emmena le bouvier pour le présenter au grand souverain. Quand le roi demanda à cet homme la résolution des trois énigmes, celui-ci salua et lui dit discrètement :
— La première énigme veut dire qu’il y a un territoire qui est notre pays khmer.
— La deuxième énigme veut dire qu’il y a un souverain qui règne sur ce territoire.
— La troisième énigme veut dire qu’il y a cinq ministres qui travaillent et s’occupent des affaires du peuple en secondant leur souverain.
Le jour fixé étant arrivé, les mandarins chinois entrèrent saluer le roi khmer et lui demandèrent les solutions. Le souverain khmer prit la parole et appela le bouvier afin qu’il résolût les énigmes. Alors, après avoir rendu hommage à son roi, le bouvier résolut ces trois devinettes devant les mandarins chinois par ces mots :
— Première énigme : il reste un chakrâva (en pâli cakravala : litteralement « cercle ou sphere »; sorte de rang de montagnes superposées encerclant le monde) pour arriver au chakrâva où nous habitons actuellement.
— Deuxième énigme : dans ce chakrâva il y a un énorme mont Sumérus (C’est le mont Méru).
— Troisième énigme : dans ce chakrâva il y a cinq Bouddha.
Les mandarins chinois acceptèrent comme justes les solutions des trois énigmes. Ensuite ils se prosternèrent et prirent congé du roi du Cambodge pour aller informer leur souverain. L’empereur chinois demanda qu’on noue désormais une amitié avec le Cambodge sans jamais chercher de querelles.
Quant au bouvier, le roi du Cambodge lui donna une grosse fortune et lui attribua le titre de dignitaire de Thnenh-Chey-Bândit.
Fort longtemps après, le temple d’Attharoeus tomba en ruine ; il n’en resta que la pierre de bornage et la statue du Bouddha.
A l’époque de Lovèk, Chan Réachéa, le grand souverain comblé de mérites bouddhiques, donna l’ordre de construire un nouveau temple. Quant à la statue du Bouddha, elle resta intacte et inchangée et elle n’a été qu’à peine réparée.
Mais à cause du mauvais état de ce temple, Sa Majesté le roi Norodom, l’auguste personne, utilisa de l’argent venu du trésor royal et des quêtes chez les gens du royaume pour cette reconstruction dont le chef du clergé Tieng dirigea en personne les travaux. Ce nouveau temple fut terminé et on en fit le bornage rituel en 1911 durant le règne de Sa Majesté Sisowath.

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Légende du Cambodge : Phnom Pros et Phnom Srey

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LA « COLLINE-DES-HOMMES » ET LA « COLLINE-DES-FEMMES »
Si nous faisons le voyage de Phnom Penh à Kompong Cham, en prenant la route nationale numéro 7, arrivant à la borne kilométrique 116 et regardant au nord-est, à notre gauche, à une distance d’un kilomètre de la route na¬tionale, nous voyons deux collines qui se dressent côte à côte, mais celle de l’est est plus haute que celle de l’ouest. La plus haute s’appelle Phnom Srei, « colline-des-femmes », et la moins haute est dénommée Phnom Pros, « colline-des-hommes ».
Voici la légende concernant ces collines :
II y a fort longtemps, une reine nommée Srei Ayuthyéa régnait dans le pays des Khmers. Comme elle était souveraine régnante, personne n’osait la demander en mariage pour en faire son épouse. C’est donc elle qui demanda en mariage un bel homme qui lui plaisait. Suivant l’exemple de la reine Srei Ayuthyéa qui avait choisi son époux, les femmes qui étaient sous son auguste autorité firent de même.
Durant ce règne, il était pitoyable de voir certaines femmes qui, ayant un physique désavantagé, demandaient les hommes en mariage ; ceux-ci les refusaient. Ils acceptaient seulement de belles femmes à prendre comme épouses. Cela dura tout le règne de cette souveraine.
Au cours du règne qui suivit, les femmes tinrent réunion et dirent :
– A présent, c’est indigne pour nous, les femmes, d’allerdemander les hommes en mariage. Pour cela, nous allons prendre de la terre pour en élever des collines et nous proposons un pari aux hommes : eux, avec de la terre, devront élever une colline et nous, les filles, ferons de même. Parions ensemble.
Si les hommes perdent, ceux-ci, à leur tour, devront nous demander, nous, les femmes, en mariage.
Après avoir réfléchi à cela, elles allèrent proposer aux hommes le projet de pari comme il a été dit. On choisit des « chefs-de-recrutement » qui furent chargés d’aller quérir en grand nombre des participants et des participantes. Du côté des hommes, il y eut un « chef-de-recrutement » qui alla rassembler les hommes, de même du côté des femmes. Des hommes et des femmes étant rassemblés en nombre suffisant, ils parlèrent entre eux :
– Nous tous, nous devrons transporter de la terre jusqu’à l’apparition de l’étoile du matin. Tant qu’elle ne se lèvera pas, nous ne devrons pas nous arrêter.
Ceci étant accepté, ils transportèrent de la terre en la mettant sur les épaules ou sur la tête selon la force de chacun.
A un certain moment pendant la nuit, après trois ou quatre heures de travail, les femmes, plus intelligentes, hissèrent une petite lanterne, le plus haut possible, du côté nord-est de la colline. Les hommes, voyant cette lanterne que les femmes avaient hissée à l’aide d’un bambou, la prirent pour l’étoile du matin. Ils cessèrent de travailler et s’endormirent tous sans exception pendant que les femmes transportaient de la terre jusqu’au lever de la vraie étoile du matin.
Au premier chant du coq, les hommes se réveillèrent, virent la véritable étoile du matin et s’exclamèrent :
– Nous tous, nous avons commis une erreur, la vraie étoile du matin vient de paraftre.
Puis ils jetèrent leur regard sur la colline faite par les femmes, plus grande et plus haute que la leur. Ils se sentirent humiliés d’avoir été joués par les femmes.
A partir de ce moment-là jusqu’à nos jours, ce sont les hommes qui demandent les femmes en mariage.

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Légende Khmère: Le village de …..

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LE VILLAGE DE SDEI BET MEAS
Dans la commune de Trâpéang Russei qui fait partie du canton de Kompong Svay dans la province de Kompong Thom, le long de la rivière se trouve un village, le « village de Sdei-Bet-Méas » (Sdei, nom scientifique : altingia, c’est un arbre de forêt dense poussant au bort des ruisseaux. Sdei Bet Méas, littéralement : « Altingia recouvert d’or »). Il porte ce nom car une légende nous raconte ceci :
Voici fort longtemps déjà, la famille d’un « chef-de-barrage-de-pêche » composée d’un homme, de sa femme et de leur fille nubile d’une resplendissante beauté, vivait au bord d’un étang en pêchant près de la hutte d’un « génie du sol », néak-ta, de l’arbre sdei. La pêche de ce « chef-de-barrage » était prospère chaque année. Il devint un homme très fortuné grâce à son métier.
Cette région était infestée d’une foule de moustiques. Un jour, au crépuscule, le « chef-de-barrage » rassembla sa famille et ses domestiques. Et il s’adressa en plaisantant à ces derniers :
— Y-a-t-il, parmi vous quelqu’un qui oserait rester couché et exposé aux moustiques une nuit durant ?
A ce moment-là, un jeune domestique célibataire, beau et intelligent répliqua qu’il acceptait :
— J’ose. Si je peux rester couché et exposé aux mous-tiques pendant toute une nuit, que me donnerez-vous en récompense, maître ?
Vexé, le « chef-de-barrage » répondit :
— Vaurien ! Tu ne sais que te vanter. Personne ne t’a demandé de t’occuper de cela.
Le domestique riposta et dit :
— Si vous dites que je me vante, je vous prie, maître, de faire un pari avec moi. J’oserai gager tout ce que vous voudrez.
Le maître se mit de plus en plus en colère et lui dit
— Je parierai tous mes biens. Je partirai sans rien à condition que tu oses accepter que je te ligote en te laissant exposé aux moustiques toute une nuit. Mais si tu te dérobes ou si tu ne peux pas résister, consens-tu à être mon esclave et à me servir ?
Le domestique répliqua :
— J’accepte à condition que vous, maître, vous me donniez n outre votre fille, si je gagne.
Le patron répondit qu’il acceptait sans hésitation
— Eh ! Vous, valets ! Arrêtez-le et ficelez-le bien contre l’arbre sdei derrière la hutte de ce « génie du sol ». Je suis d’accord pour tenter le pari contre ce bonhomme ; et vous, aidez-moi en me servant de témoins.
Le domestique se laissa ligoter et attacher à l’arbre sdei. Quand les autres furent rentrés à leur logis, ce jeune domestique pria le génie de cet endroit de venir à son secours
— Sauvez-moi, seigneur génie, je me suis trop engagé dans le pari avec le « maître-pêcheur ». Faites qu’aucun moustique ne me pique, que je reste en vie et que j’obtienne la main de la fille du « chef-de-barrage », faites que j’entre en possession de ses biens. Si comme je le désire, j’obtiens tout cela, je vous fais la promesse d’acheter de l’or pour en recouvrir cet arbre sdei du pied jusqu’à la cime et de construire en outre une cabane en bois couverte de tuiles pour vous en faire l’offrande, seigneur génie.
Quant au maître, lui, il pensait :
— Ce stupide domestique qui s’est laissé ligoter est maintenant exposé aux moustiques. Ils le tueront en lui suçant le sang. Mais, s’il ne peut pas résister, et appelle pour qu’on vienne le délier à minuit, il sera mon esclave jusqu’à la fin de ses jours.
Pendant cette nuit, le génie de l’arbre sdei, qui avait perdu au jeu avec d’autres génies, leur avait apporté tous les moustiques de la région pour rembourser ses dettes. D’habitude, il y avait là tant de moustiques qu’il semblait qu’on lançât à la volée des écorces de riz. Mais ce soir-là c’était désert, il n’y avait pas le moindre moustique. Et pas un ne vint piquer le jeune domestique ; grâce à sa bonne étoile, il aurait pour épouse prédestinée la fille du « chef-de-barrage » et il deviendrait riche.
Lorsque le jour se leva, le « maître-pêcheur » et ses domestiques se concertèrent :
— Le domestique attaché à l’arbre sdei a certainement rendu l’âme.
Ils se rassemblèrent pour aller voir. Mais le maître et les autres domestiques l’aperçurent tout souriant. Alors ceux qui le virent admirèrent avec respect la puissance magique de ce jeune domestique. Désespéré, le maître dit aux domestiques :
— D’après l’engagement d’hier soir, ce jeune domestique a gagné ; je dois lui céder toute ma fortune et lui donner ma fille en mariage.
Le jour même, le « chef-de-barrage » ordonna qu’on tuât des porcs, des poulets et des canards pour en préparer le repas de noces de son jeune domestique avec sa fille. En-suite il le dota de tous ses biens et leur céda son métier afin qu’ils lui succédassent. Le maître emmena sa femme et alla vivre dans son ancienne maison.
Le nouveau « maître-pêcheur » dit à son épouse :
— Il faut que nous ordonnions à quelqu’un d’acheter des feuilles d’or pour en recouvrir l’arbre sdei et que nous fassions construire une hutte pour le génie à qui j’ai fait une promesse et que j’ai invoqué.
Quand tout cela fut construit, ce génie devint très puissant et efficace. Ce n’était pas seulement le « maître-pêcheur » qui lui rendait hommage ; tous les habitants de la région et les voyageurs le long de la rivière demandaient aussi protection à ce génie vénéré. C’est ainsi qu’à partir de ce temps-là il porta le nom de « génie-de-l’arbre-sdei-recouvert-d’or ».
Mais de nos jours l’arbre sdei est mort. Et la cabane que le  » maître-pêcheur  » a construite est tombée en ruine et a été détruite. II ne reste plus que l’endroit où se trouvait l’arbre sdei et une hutte de génie couverte de chaume. D’après cette légende, le village situé au bord de la rivière à côté de la hutte du génie porte toujours le nom de Phoum-Sdei-Bet-Méas c’est-à-dire « village-de-l’arbre-altingia-recouvert-d’or ».

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Présentation de WAM TOUR

Créé en 2007 par moi-même qui suis présent au Cambodge depuis 1993 je vous propose mon expertise pour la réalisation de votre séjour. Il va sans dire que cette expertise représente un cout mais cela vous donne aussi la garantie d’un voyage réussi et parfaitement planifié par un spécialiste sur place. Ce cout sera moins élevé qu’en vous adressant à une agence généraliste qui utilisera de plus un ou plusieurs intermédiaires.
Mes connaissances du pays n’ont pas pour but de vous faire découvrir moi-même ce merveilleux pays car les cambodgiens sont les plus aptes à vous faire apprécier leur royaume, je suis simplement le trait d’union entre vous et eux en vous recommandant les meilleurs.

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Gérard THEVENET – contact@wamtour.com –WAM – Artisan voyagiste au Cambodge – www.wamtour.com

LE VAUTOUR QUI VOULAIT TROMPER L’ÉLÉPHANT BLANC

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Jadis, il y avait un roi des vautours qui vivait dans une montagne, entouré de nombreux sujets. Une nuit, il se vit en songe mangeant le roi des éléphants blancs.
Lorsqu’il se réveilla, il chargea ses « vautours-soldats » d’aller mander ce dernier. Ils s’envolèrent donc en direction de la demeure du roi des éléphants. A leur arrivée, ils l’appelèrent :
– Eh ! Grand frère l’éléphant, notre maître nous ordonne de vous faire venir immédiatement chez nous car il s’est vu en rêve mangeant votre chair.
Entendant cela, l’éléphant trembla de peur. Tout en pleurant, il dit adieu à sa compagne, à ses enfants à ses sujets et suivit les envoyés du roi des vautours.
A mi-chemin, le pachyderme rencontra le juge lièvre qui lui demanda :
– Eh ! Grand frère l’éléphant ! Où allez-vous ? Et pourquoi êtes-vous si pressé et tout en larmes ?
L’éléphant lui répondit :
– Oh ! Grand frère le juge ! Le roi des vautours a eu un rêve selon lequel il dévorait ma chair : maintenant, je me rends chez lui pour me faire manger.
Le lièvre lui répliqua :
– Eh ! Grand frère l’éléphant ! Grand comme vous êtes pourquoi vous laissez-vous manger aussi docilement par un tel oiseau ? Allons, je vais vous sauver la vie.
A ces mots, l’éléphant, ravi, l’invita à se placer sur son dos et se dirigea vers la demeure du roi des vautours.
Voyant s’approcher l’éléphant, le vautour, tout content, s’adressa à lui :
– Eh ! Vous voilà donc, grand frère l’éléphant, je dois manger votre chair aujourd’hui même car je me suis vu en rêve la mangeant.
Pendant que le vautour et l’éléphant discutaient, le lièvre faisait semblant d’être endormi sur le dos de l’animal. Alors le vautour lui cria :
– Eh ! Grand frère le juge, pourquoi dormez-vous sur le dos de l’éléphant ? Descendez vite afin que je puisse le manger aujourd’hui même.
Le lièvre lui répondit :
– Attendez, attendez ! Qu’est-ce que vous venez de dire à l’éléphant ? Tout à l’heure, je n’ai pas suivi la conversation car j’avais trop sommeil.
– J’ai rêvé que je mangeais la chair de l’éléphant blanc, lui expliqua le roi des vautours.
Le lièvre dit :
– Eh oui ! Tout à l’heure j’ai aussi fait un rêve pendant que je faisais un petit somme selon lequel j’ai aimé votre femme.
– Eh ! Grand frère le juge ! Ma femme à moi, je ne vous la donnerai jamais, lui affirma le roi des vautours.
Le lièvre lui répliqua alors :
– Si vous ne me la cédez pas, votre songe ne compte pas non plus, car moi de mon côté, je ne vous donnerai pas l’éléphant comme nourriture.
Vaincu par la ruse du juge lièvre, le roi des vautours ne put manger l’éléphant blanc. Il revint à sa demeure. Quant au lièvre, il bondit et disparut dans la forêt.

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Légendes Khmères : Le Grand Ascète……

LE GRAND ASCÈTE QUI AVAIT RESSUSCITÉ LE TIGRE

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Il était une fois un tigre qui s’était endormi sur le trou d’un serpent. Le serpent, en sortant, le mordit. Le tigre mourut au bord du trou. Ce jour-là, un grand ascète s’en alla mendier sa nourriture et aperçut le cadavre du tigre. Il eut pitié de lui et ‘le fit revenir à la vie par son pouvoir surnaturel. Étant ressuscité, le tigre dit :
– J’étais en train de dormir paisiblement dans la forêt, ma demeure, pourquoi oses-tu me réveiller ? Pour cette raison, je vais te dévorer.
Le grand ascète protesta :
– Tu étais endormi sur le trou du serpent, celui-ci t’a mordu, tu es mort, je t’ai rendu la vie. Tu dois plutôt m’en être reconnaissant, mais pourquoi veux-tu me dévorer ?
Le grand ascète et le tigre discutèrent sans aboutir à un accord et ils allèrent demander justice au chacal en lui racontant chacun ce qui venait de se passer. Le chacal réfléchit et se dit :
– Je vis actuellement dans cette forêt sous la dépendance de la puissance du tigre. Si je lui fais perdre son procès, je ne pourrai plus compter sur lui dans cette forêt.
Pensant ainsi, le chacal décida que le tigre devait manger l’ermite. Le chacal jugeait avec partialité.
Le grand ascète, n’étant pas d’accord, discuta avec le tigre et l’emmena au boeuf. Chacun se plaignit comme avant. Le boeuf réfléchit et se dit :
– Si je fais perdre son procès au tigre, il me haïra et me dévorera.
Alors il décida que le tigre devait manger l’ermite. Le boeuf jugea ainsi par crainte.
Le grand ascète, n’étant pas d’accord, emmena le tigre devant le singe. Le singe se dit :
– Autrefois, un homme était tombé dans le puits. Mon père l’avait sauvé en le tirant de là. Un tigre vint et voulut le dévorer. Mon père l’aida à grimper dans un arbre et il fut hors de danger. En échange, cet homme cruel le tua.
Ayant réfléchi ainsi, le singe décida que le tigre devait manger l’ermite. Le singe jugea ainsi par haine.
Le grand ascète, n’étant pas d’accord, emmena le tigre devant le vautour. Le vautour se dit :
– Chaque jour, je mange les restes des repas du tigre. Si je lui fais perdre son procès, il se mettra en colère contre moi et je ne pourrai plus me nourrir de ses restes.
Ayant pensé ainsi, le vautour décida que le tigre devait dévorer l’ermite. Le vautour jugea ainsi par convoitise.
Le grand ascète ne consentit pas à cela et emmena le tigre devant le génie de la forêt. Le génie de la forêt se dit :
– Les hommes qui voyagent dans la forêt profitent de l’ombre des arbres, mais souvent ils cassent ses branches, déchirent ses feuilles, dépouillent ses arbres et les coupent.
Ayant pensé ainsi, le génie décida que le tigre devait dévorer l’ermite. Le génie jugea ainsi par égarement. Cette sentence était injuste.
Le grand ascète, n’étant pas d’accord, emmena le tigre devant le lièvre et lui dit :
– Ce tigre dormait sur le trou d’un cobra. Celui-ci, en sortant, le mord. Il meurt. Je lui enlève le venin et le resuscite par mes formules magiques, pensant qu’il va me remercier. Mais maintenant, pourquoi veut-il me manger ? Faites-moi donc justice !
Mais le tigre se plaignit ainsi :
– J’étais en train de dormir tranquillement dans la forêt. Cet ascète m’a réveillé. Aussi dois-je le dévorer. Mais il n’est pas d’accord et m’emmène devant le chacal qui me dit aussi de le manger. Il n’est pas d’accord et m’emmène devant le boeuf qui me dit de le manger également. II ne consent pas à cela et m’emmène devant le singe qui me dit aussi de le manger. Il s’y refuse et m’emmène devant le vautour qui me dit encore de le manger. Il n’accepte pas cette sentence et m’emmène devant le génie de la forêt qui me dit également de le dévorer. Il s’y refuse encore et m’emmène devant vous. Faites-moi donc justice !
Ayant écouté les paroles du grand ascète et celles du tigre, le lièvre réfléchit et, grâce à son illustre intelligence, découvrit une solution secrète. Il leur dit :
– S’il en est ainsi, il faut que le grand ascète et frère tigre retournent à l’endroit où s’est produite l’histoire. Et frère tigre doit dormir paisiblement comme auparavant.
Alors le grand ascète et le tigre partirent, emmenant le lièvre avec eux. Arrivé à cet endroit, le tigre se coucha à la même place. Peu après, le cobra sortit et le mordit. Le tigre mourut au bord de ce même trou.
Quant le tigre fut mort, le lièvre dit au grand ascète :
– Veuillez regarder ce tigre ! Comme il est immoral, ingrat, il ne peut pas éviter le mal. Désormais vous ne devez pas faire de bien au tigre.
Le lièvre jugea ainsi avec équité. Cette sentence fut loyale et juste.

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Le crocodile et le charretier

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Il était une fois un crocodile qui vivait dans un grand étang. Quand la saison sèche arriva et que le lac fut asséché, ce crocodile ne put plus y rester. Il grimpa sur la rive à la recherche d’un endroit où il y aurait de l’eau.
Un jour, un vieillard conduisant une charrette, le ren¬contra en train de ramper au milieu de la route.
Le crocodile pria le vieillard de le prendre dans sa charrette et alors ce dernier lui demanda :
– Mon petit-fils, où veux-tu aller ?
Le crocodile répondit :
– Je n’ai plus d’abri, car l’étang où je vivais est maintenant asséché ; je ne peux plus y rester ; alors je pars à la recherche d’un lac, d’une rivière ou d’un fieuve qui ait de l’eau pour vivre. Si vous avez pitié de moi, grand-père, emmenez-moi dans un endroit où il y a de l’eau et déposez-moi là-bas.
Ayant accepté, le vieillard détela alors les bœufs, souleva l’animal et l’allongea sur la charrette. Comme le crocodile avait peur de tomber, il demanda au charretier de l’attacher solidement sous la charrette. Le vieillard fit selon les paroles de l’animal. Enfin, il attela les bœufs et partit. Lorsqu’ils arrivèrent à un étang où il y avait de l’eau, le vieillard arrêta la charrette, détela les bœufs, puis délia le crocodile. Il dit :
– Il y a assez d’eau dans cet étang, rampe et va vivre là.
Mais le crocodile était un animal très ingrat. En plus, comme il était affamé et qu’il était privé de nourriture depuis des jours, il dit au vieillard :
– Grand-père, tu m’as ligoté sous la charrette. J’en ai beaucoup souffert. Il faut que tu me donnes à manger un de tes bœufs pour t’acquitter. Mais si tu ne me le donnes pas, je vais te dévorer à l’instant même.
Ayant entendu cela, le vieillard eut très peur, alors il dit en le suppliant :
– Eh crocodile ! Tu me dois de la reconnaissance, c’est moi qui t’ai conduit ici, et dire que maintenant tu veux me dévorer ! Je n’ai commis aucune faute. Tu ne devrais pas me tuer. S’il en est ainsi, je ne suis pas d’accord. Attends que j’aille chercher un juge pour décider de l’affaire et j’obéirai à sa sentence.
Le crocodile consentit à cela et dit :
– Oui grand-père, va chercher n’importe quel juge. Vas-y vite, je t’attends ici.
Le vieillard, des bananes à la main, alla chercher un juge. Il rencontra un lièvre sur un tertre. Le lièvre, voyant le vieillard porter les bananes et traverser la forêt dans sa direction, lui demanda :
– Grand-père, pourquoi avez-vous les yeux pleins de larmes ? Quel malheur avez-vous rencontré ? Venez ici.
Alors le vieillard lui raconta toute son histoire avec le crocodile. Le lièvre, ayant entendu cela, dit à ce dernier :
– Oui, le crocodile est un animal qui n’a pas de gratitude envers vous ; j’accepte de devenir juge. Grand-père, n’ayez pas peur. Donnez-moi ces bananes à manger et puis, nous irons ensemble.
Le vieillard tendit alors les bananes au lièvre. Une fois que ce dernier eut fini de manger tous ces fruits, ils s’en allèrent ensemble vers l’endroit où le charretier et le crocodile s’étaient arrêtés. Etant arrivé, le lièvre dit au crocodile :
– Eh bien crocodile, tu étais égaré dans la forêt, tu ne savais pas où aller, c’est pourquoi le grand-père a eu pitié de toi et a accepté de te prendre dans sa charrette. Maintenant que tu es arrivé à un endroit convenable pour vivre, pourquoi te montres-tu si ingrat envers lui et veux-tu même Se dévorer ? Quel mal a-t-il donc fait ?.

Le crocodile répliqua :
– Oui, il est vrai, Monsieur le juge, que ce grand-père a accepté de me prendre dans sa charrette, mais il m’a beaucoup maltraité. II m’a ligoté tellement fort que je n’arrivais presque plus à respirer. Il m’a fait souffrir ainsi, c’est pourquoi je me suis mis en colère. Il faut qu’il me donne un de ses bœufs à manger et s’il s’y refuse, je dois le dévorer.
Le lièvre arrangea sa réponse suivant la situation :
– Eh bien grand-père, vous l’avez attaché trop fort, c’est pour cette raison qu’il s’est fâché ; mais pourquoi l’avez-vous serré si fort qu’il ne pouvait plus remuer ?
Le vieillard lui répondit :
– Oh non, je ne l’ai pas serré très fort, je l’ai attaché tout juste pour qu’il ne tombe pas.
Le lièvre reprit :
– Hé ! Le plaignant prétend qu’on l’a serré trop fort et l’accusé déclare que c’est juste assez pour ne pas tomber ; tous les deux, vous n’avez personne comme témoin, ainsi crocodile tu dois remonter sur la charrette pour que le grand-père t’attache de nouveau. Je vais voir si c’est trop serré ou non. De cette manière, je peux rendre la justice en toute équité.
Le crocodile qui était un animal sot grimpa sur la char¬rette et le vieillard prit les liens et le lia comme avant. Alors le lièvre demanda au crocodile ;
– Eh bien crocodile, grand-père a-t-il attaché fort de cette façon ?
L’animal rétorqua :
– Oh non, avant il m’a attaché plus fort que cela, s’il m’avait attaché comme en ce moment, je ne me serais pas mis en colère contre lui.
Le lièvre continua encore :
– Grand-père, serrez-le doublement plus fort que cela, pour qu’il soit d’accord.
Le vieillard serra encore plus fort les liens. Le lièvre demanda :
– Eh crocodile, cette fois, est-ce que c’est aussi serré que la dernière fois ?
Le crocodile répondit :
– Non, ce n’est pas aussi fort qu’avant.
Le lièvre commanda au vieillard :
– Grand-père, allez couper du bois pour faire des traverses afin de pouvoir le resserrer solidement.
Ayant suivi ses conseils, le vieillard resserra de tous les cotés le crocodile très fort au point que celui-ci ne pût plus respirer. Il répondit :
– Auparavant, il m’a serré très fort de cette façon. Seigneur ! Personne ne peut le supporter. Soyez témoin. Qui dit le mensonge et qui dit la vérité ?
Le lièvre, voyant que le crocodile ne pouvait plus bouger, commanda au vieillard :
– Qu’attendez-vous donc ? La grande hache sur la charrette, pourquoi ne la prenez-vous pas pour l’abattre ?
A quoi bon laisser vivre un tel ingrat qui oublie le bien qu’on lui a fait ?
Le vieillard, trouvant que l’occasion lui avait été fa¬vorable puisque le lièvre parlait ainsi, s’empressa d’arracher sa grande hache et fendit la tête de l’animal et le coupa en plusieurs morceaux, grands et petits. Le crocodile trouva aussitôt la mort.
Le lièvre conseilla au charretier :
– Sa queue, grand-père, vous pouvez la faire fumer afin de la conserver pour en mettre dans des soupes et des salades.
Le vieillard fit tout ce que le lièvre lui conseillait et offrit à ce dernier des bananes et des concombres pour lui avoir évité la mort.
Ensuite, il attela les bœufs, prit congé du juge lièvre et regagna son domicile.

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La vie merveilleuse de Noix-de-Coco

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Nous dirons de cette histoire dirait qu’elle débuta en 1038. Beaucoup plus exactement nous dirons qu’elle commença en l’année du Rat, ère du Cheval. Le mois importe beaucoup, car c’était celui du Crabe — qui, chacun le sait, est des plus néfastes. Pour comble de malheur, l’étoile Hau était au plus haut du ciel, signe évident de calamité.
Qui naît au moment où l’étoile Hau est au sommet du ciel, dans le mois du Crabe de l’année du Rat, est évidemment soumis aux plus déplorables influences! On conçoit qu’avec ces conditions de départ dans la vie, le jeune Kadop eut une existence complètement en dehors de la normale…
Sa naissance fut elle-même entourée des circonstances les plus extraordinaires. Sept jours avant que Kadop vînt au monde, sa mère était allée se baigner dans une source et n’avait aucune idée d’avoir un enfant. A peine se fut-elle plongée dans l’eau fraîche que soudain la vasque de pierre où elle s’était étendue se trouva sèche, absolument sèche comme si, depuis des lunes, des feux de bergers y avaient été allumés.
Aussi, après un présage si étonnant, personne dans le village cham où vivait le charron Pan, personne ne fut étonné que Jong, la jeune femme de celui-ci, annonçât qu’elle allait avoir un enfant. Tout le monde fit des voeux pour que ce fût un garçon, car les pauvres gens n’avaient eu jusque-là que des filles, progéniture sans valeur aucune.
Ce fut un garçon… Sans en entendre davantage, le charron alla remercier la déesse brahmanique Baghâvâti Uma, épouse de Çiva. Après s’être incliné dans le temple de briques rouges en forme de bouton de fleur, il s’en retourna tout bonnement cercler ses roues de chariot. Mais le soir, quand il revint, les voisines, les cheveux épars, lui apprirent que son fils n’avait ni bras ni jambes et était rond comme une noix de coco.
— Bah! dit Pan le charron, que quelques coupes d’alcool de riz avaient rendu optimiste. Bah! Nous l’appellerons Noix-de-Coco et voilà tout…
Tout de même, comme il craignait le mauvais
sort, il eut l’idée de pratiquer ce qu’on appelait le rachat. Au matin, il alla déposer son enfant sur le bord de la route que suivent les villageoises pour se rendre au marché, puis il se cacha derrière un buisson. Une vieille femme entendit crier et se pencha sur le nouveau-né.
— Ô mon petit morceau, dit-elle apitoyé. Trois âmes et sept Esprits de vie, que fais-tu là. ? Qui a eu le coeur assez dur pour t’abandonner ? Ah! si ma fille pouvait t’adopter… Mais elle a déjà tant à faire avec ses six enfants!… Et moi, ma poitrine desséchée ne pourrait te nourrir.
— Oh! le joli petit enfant que vous avez trouvé là, dit le charron en se montrant. Si vous ne pouvez l’élever, voulez-vous me le vendre ? Je vous en offre trois cents sapèques. C’est une somme!…
La villageoise, tout heureuse de l’aubaine, ne demanda pas mieux que d’accepter. Pour ne pas en perdre l’habitude, elle marchanda et l’accord se fit pour trois cent dix-huit sapèques, plus quatre chiques de bétel. Chacun s’en fut content, la vieille mâchonnant sa noix d’arec et le charron heureux d’avoir repassé à une autre le mauvais sort que Noix-de-Coco pouvait avoir apporté dans la maison.
Cet enfant fut étonnant de précocité. A sept mois, il savait non marcher mais se diriger en roulant sur lui-même; à trois ans, il parlait couramment; à cinq ans, sans se tromper, il vous récitait toute la généalogie des dieux brahmaniques — et c’est fort compliqué! — y ajoutant, pour peu que vous insistiez, les principales prescriptions de la religion islamique que pratiquaient les Chams Banis. A sept ans, chose plus utile que d’être savant en théologie, il pouvait à merveille garder les chèvres.
Aussi fut-ce d’une manière toute naturelle qu’il demanda à sa mère d’aller trouver le Roi et de le prier humblement d’admettre le petit, tout-petit Kadop comme gardien des troupeaux.
A la vérité, ce n’était guère le moment d’aller trouver le grand Indravarman. Dans le village de Ka Jong, on n’avait connaissance des nouvelles du royaume que plusieurs lunes après les événements. D’ailleurs, une bonne récolte, les pluies, les méfaits du seigneur Tigre n’étaient-ils pas d’une autre importance que ce qui se passait à la cour de Vijaya ? Aussi les habitants étaient-ils excusables d’ignorer que le royaume cham s’était scindé en deux et qu’il y avait maintenant deux États : celui de Phan rang, dans le Sud, au Pandarang, et celui de Cha ban, au Nord. Et personne ne pourrait blâmer les pauvres bûcherons isolés dans la forêt de n’avoir pas appris que le royaume du Nord était envahi par les Annamites et que le glorieux Indravarman II, après avoir perdu le sud de son royaume, se faisait dépouiller maintenant du nord_ de ses ltats par l’empereur du Dong khi.
— Aller trouver le Grand Indravarman ? dit la mère (car elle ignorait que le roi cham était en fuite), Mais c’est folie!… Tu n’as ni pieds ni mains, j’ai chaque jour peur que tu ne perdes mes trois chèvres et tu veux garder les buffles du Roi!… C’est insensé!
Mais Noix-de-Coco insista tellement qu’elle se mit en route pour le Palais. Elle ne fut pas trop étonnée de voir que les maîtres avaient changé. Mais qu’importe qui les gouverne pour de pauvres charrons : ils n’en paieront pas moins un impôt, chaque année plus élevé, et les typhons ravageront toujours les rizières.
Quand dame Jong arriva au Palais, les chiens aboyèrent avec fureur. Les officiers de garde sortirent : c’étaient des « pan nongs » chams, autrement dit des militaires d’antichambre, toujours prêts à faire leur cour au puissant du moment. Quand la femme leur expliqua le but de sa visite, ils s’esclaffèrent :
— Mais ce c’est plus le roi Indravarman qui règne ici! C’est le Grand et Noble Empereur d’Annam Li Thanh Ton, qui a défait les Chams et remporté la plus grande victoire de ce siècle!
Quelques jours après, la femme revint avec son enfant. Celui-ci avait tant roulé sur le chemin qu’il en était plein de poussière. Pendant qu’assise dans un couloir daine Jong attendait que le souverain passât, tant qu’elle pouvait elle frottait Noix-de-Coco. Lorsque retentit le grand tambour qui annonçait l’arrivée de l’Empereur, Joug se mit à genoux, le front sur les dalles, prête à exposer sa requête. Il était autrefois plus facile d’aborder le Fils du Ciel qu’aujourd’hui le dernier des mandarins.
— Mon fils, poussière de la plante de tes pieds d’or, ô mon Roi, mon fils voudrait garder tes buffles.
— Mes buffles ?… Mais, ma pauvre femme, avec ceux que j’ai amenés du Dong kin pour ravitailler mes armées et tous ceux que j’ai eus ici en butin, j’en ai bien trois cent mille! Et mes trente bouviers ne suffisent pas à la tâche… .
— Tes buffles, dit une voix pointue, je les garderai bien tout seul, quand même ils seraient trois fois trois cent mille!
Et Noix-de-Coco roula jusque sur les sandales dorées de l’Empereur. Il est à penser qu’il étonna le souverain, car celui-ci, d’un air indifférent, dit ce simple mot : « Va! »
La moitié du Palais était dehors pour voir la sortie de Noix-de-Coco qui roulait, talonnant les bêtes qui s’attardaient. Et chacun de se tenir les côtes de rire… A midi, la petite princesse Mi Nuong — dont le nom signifie Reine de Beauté – s’en vint dans la brousse porter à manger à Noix-de-Coco. En ce temps-là, les moeurs étaient très simples et personne ne s’étonnait de voir une fille de roi venir servir un petit bouvier.
Elle trouva tous les buffles paissant bien tranquillement et revint en courant en faire part à son père le souverain. Le plus surprenant fut que, le soir, tout le troupeau revint complet aux étables, chose que depuis sa victoire l’empereur d’Annam n’avait pu obtenir de ses serviteurs, bien que pour l’exemple il eût fait trancher quelques têtes.
— Tu me rapporteras aujourd’hui des lianes que tu couperas dans la forêt, ordonna le lendemain le roi Li Thanh Ton à Noix-de-Coco. Et tu les enrouleras autour des cornes d’un buffle : j’en ai besoin pour consolider les toits du Palais.,
Ce jour-là, la petite Mi Nuong alla encore porter son repas à Noix-de-Coco. Mais, parce qu’une enfant de six ans est curieuse comme une femme, elle se cacha pour surprendre l’artifice par lequel le bouvier pouvait, sans pieds ni mains, retenir trois cent mille buffles: De derrière un buisson, elle vit des serviteurs innombrables, tous beaux et bien vêtus, couper les lianes et rassembler les bêtes qui s’écartaient. Il y avait même, pour divertir Noix-de-Coco, un palais avec, devant, des chiens et des chèvres qui faisaient des tours.
Émerveillée, elle appela faiblement le petit bouvier : aussitôt, la brousse redevint vide. Portant son plat de riz, la petite princesse ne pouvait en croire ses yeux.
Au soir, le retour fut triomphal. Ce n’était pas un buffle qui avait des lianes enroulées autour de ses cornes, mais tout le troupeau. Et des serviteurs qui comptaient les bêtes pour tâcher de prendre en faute le bouvier en trouvèrent trois cent mille et dix, car dix bufflons étaient nés dans la journée. Comme il avait beaucoup de dignité, le Grand Roi Li Thanh Ton, vainqueur des Chams, ne voulut pas montrer sa perplexité, mais il resta songeur toute la soirée.
— Ce jour, tu me rapporteras un paquet de perches, dit l’Empereur. J’ai à faire réparer mes palissades.
Se cachant à nouveau, la petite princesse vit tous les animaux de la forêt qui étaient venus rendre hommage à Noix-de-Coco, sans songer à s’entre-dévorer. Il y avait là des sangliers, des biches, des tigres, des aigles et des tourterelles, des pythons et des lapins, même un rhinocéros et plusieurs éléphants sauvages. Montant sur un arbre pour mieux voir, Mi Nuong surprit Noix-de-Coco sortant de son enveloppe. C’était un jeune garçon à la peau ambrée, d’une merveilleuse beauté, — de cette beauté qu’a la lune de Juin au lendemain de la nuit où elle est pleine.
— Frère aîné, dit la petite princesse en posant respectueusement son plat devant Noix-de-Coco qui avait repris sa forme ronde. Frère aîné, je…
Et elle éclata en sanglots, car son petit coeur de fillette était déjà plein d’amour.
— Non pas Frère aîné, ô Princesse : je ne suis qu’un bouvier. Appelle-moi donc tout simplement : « Garçon ».
Tous les deux discutèrent longtemps sur ce point. En réalité, ils étaient aussi intimidés l’un que l’autre. Enfin, croyant mettre Noix-de-Coco à l’aise, Mi Nuong lui demanda de couper une perche, « pour m’aider à regagner le palais de mon Père, ajouta-t-elle, car je suis bien fatiguée. »
Le jeune bouvier parut fort embarrassé : il ne voulait pas sortir de sa coque devant la fillette et, sans bras ni jambes, il ne pouvait rien faire que rouler.
— Prenez donc une de celles qui sont coupées, fit-iI. Je n’ai plus la force d’en abattre une de plus!
Le croirez-vous ? Il fallut, le soir, cent charrettes pour rapporter les perches que l’Empereur avait demandées : il y avait de quoi remettre à neuf toutes les palissades de Cha ban.
Le quatrième soir, les choses faillirent se gâter. Les deux filles aînées du Roi, Ngoc Hoa et Luc Xuong — Perle harmonieuse et Jade étincelant — étaient occupées à préparer le thé vert lorsque Noix-de-Coco, tournoyant sur lui-même, arriva tout trempé près de leur feu. Un orage épouvantable avait éclaté au moment même où le bouvier ramenait son troupeau, toujours accru de quelques têtes.
— Va-t’en, monstre! lui crièrent-elles, furieuses. Tu salis tout et tu nous effrayes, plus encore qu’un tigre…
Comme Noix-de-Coco aperçut à ce moment Mi Nuong qui, de derrière une portière, lui adressait un tendre sourire, il ne dit rien; il se contenta de rouler sur les pieds des deux jeunes filles en se retirant.
Le lendemain, Mi Nuong arriva dans la brousse, revêtue de ses plus beaux atours : en même temps que son riz, elle portait un plat de chiques de bétel.
— Vous allez donc porter ces feuilles de bétel à la fiancée de votre frère, en signe d’engagement ? demanda Noix-de-Coco.
— Non, répondit la petite en s’empourprant. Mais j’ai pensé que, peut-être, vous-même voulez vous fiancer à une jeune fille… Aussi, j’ai préparé pour vous ces feuilles de bétel que vous enverrez à la famille de celle qui vous plaît. Mais n’en dites rien à personne.
Alors au soir, le troupeau rentré, Noix-de-Coco roula tout au long du chemin jusqu’à la maison de sa mère. La nuit entière se passa en discussion entre Jong et son fils. Au matin, lassée de l’insistance de Noix-de-Coco, Jong l’emmena au Palais.
— Je viens pour une affaire que j’ai, dit-elle en arrivant, et je veux voir l’Empereur.
En même temps, de sa manche, elle s’évertuait à faire briller la coque de son fils.
— Mon fils, ô Grand Roi vainqueur de mon peuple, mon fils, boue de tes pieds augustes, veut épouser une de tes filles.
— Ma foi, dit en souriant le souverain, ton fils n’est pas précisément une beauté, mais il m’a rendu de tels services qu’il ne me déplaît pas de le voir entrer dans ma famille. Il faut que je voie laquelle de mes filles consent à l’épouser.
Les filles d’Annam ne sont cependant jamais consultées lorsqu’on parle de leur mariage. Mais, en l’occurrence, il s’agissait d’une fille de roi et d’un monstrueux bouvier, fils d’un charron : la chose valait bien qu’on fît quelque entorse à la coutume.
Ngoc Hoa, consultée, prit un air hautain et se retira sans un mot. Luc Xuong cracha par terre de mépris et ne dit que : « Un vrai tigre!… » Mi Nuong rougit, ce qui valait tous les aveux d’amour.
— Bien! dit le Roi. Il épousera donc Mi Nuong. Mais il faut auparavant que je sache le vrai nom de Noix-de-Coco, puis que je consulte les devins pour savoir si les astres des deux enfants peuvent s’accorder. Après quoi, tu pourras, Jong, aller faire part de ces fiançailles aux grand’mères et aux grands-pères de ton fils.

Le nom joue un rôle important dans la vie du peuple d’Annam, plus d’ailleurs que chez les Chams. Quand l’enfant est petit, sa mère le nomme volontiers « Peau de banane » ou « Queue de poisson », appellations qui indiquent aux mauvais Génies que l’âme enfantine dont ils voudraient s’emparer a vraiment peu d’importance. Ensuite, on adopte un numéro d’ordre : « deux » OU « six », selon qu’après le Génie protecteur (qui a le numéro un) on est l’aîné ou le cinquième enfant. Le vrai nom est caché. Ce n’est qu’à la mort de celui qui le porte qu’il sera prononcé et écrit : il sera alors gravé sur la tablette qui, au milieu de l’autel domestique des ancêtres, abrite l’âme de ceux ayant disparu de la famille.
Mais Kadop était cham et s’était toujours appelé ainsi, quoique chacun le nommât plus couramment Noix-de-Coco. Aussi les devins annamites du Roi, fidèles à la tradition, décidèrent-ils qu’on le nommerait « Haï », ce qui veut dire le premier, l’aîné, les filles ne comptant pas dans la numération.
— Pour le reste, ce n’est pas mauvais, ajouta l’astrologue en chef. Le promis a un an de plus que la fillette : ne faut-il pas que l’âge du mari, lorsqu’il dépasse celui de la femme, le fasse en chiffre impair ? Il y a bien ce mauvais Rat de l’année et ce détestable Crabe du mois… Mais la fiancée est née en l’an du Chat et au mois du Taureau : les uns annulent les autres!… Et leurs deux éléments, Terre et Eau, se compléteront.
Alors Jong, pour satisfaire à la coutume annamite, envoya au Roi un plateau rempli de chiques de bétel et de noix d’arec, avec deux boucles d’oreilles. Et elle alla ensuite discuter la dot que l’Empereur devait donner pour qu’un garçon prît sa fille. Le souverain se crut généreux en offrant cent cinquante ligatures de cent sapèques et fut bien étonné d’entendre Jong discuter. Mais le marchandage est si profondément ancré dans le caractère des femmes d’Asie que le Roi ne put y mettre fin qu’en offrant deux cents ligatures et vingt-cinq coups de rotin. Jong s’en tint alors aux cent cinquante ligatures…
Et, les enfants fiancés, on décida d’attendre huit ans. Maintenant le fiancé devait « faire le gendre » chez ses beaux-parents. Ne faut-il pas que ceux-ci apprennent à le connaître ? La qualité de Roi n’empêche pas qu’on exploite tant qu’on le peut les forces du promis tandis qu’il en est encore temps : il ne faudra plus compter sur lui quand, pour de bon, il aura conquis sa femme…
Ce que fit Noix-de-Coco pendant un an est inimaginable : les buffles étaient devenus innombrables, des porcs s’y étaient joints, et aussi des milliers et des milliers de canards isabelle; on ne lui demandait plus de rapporter des lianes et des perches, mais les plus gros arbres de la forêt, des poissons gros comme des veaux et des charrettes pleines de fruits et de légumes.
Puis, un matin, tout disparut : les gardes annamites, les étendards dentelés où étaient brodées des constellations, les quatre cent mille buffles, les porcs, les canards et jusqu’au Grand Empereur Li Thanh Ton. Celui-ci avait reçu de mauvaises nouvelles de son empire du Dong kin que les Chinois avaient envahi et il avait dû partir en hâte pour défendre le nord de ses États.
Il appela l’ancien roi Indravarman pour gouverner à sa place, sûr de la fidélité de son nouveau vassal. Puis, en une nuit, il vida Cha ban sans y laisser âme qui vive autre que les pannongs chams qui se préparaient à acclamer le nouvel occupant du trône.
Noix-de-Coco était allé passer la soirée chez darne .Jong sa mère : on n’eut pas le temps de le prier de rentrer au Palais. Quand, à l’aube, il pénétra dans la capitale, il n’avait plus de fiancée.

Bien des années passèrent. Les riz poussèrent et furent fauchés, les buffles piétinèrent dans la boue des rizières. Des tigres sortirent des forêts pour emporter du bétail, des crocodiles se traînèrent hors des rivières pour manger de petits enfants imprudents qui ne se méfiaient pas assez de ces gros troncs échoués sur les berges.
Désireux de reconquérir les provinces du Pandarang qui s’étaient séparées de son royaume, le Puissant Bouclier Indravarman reconstitua son armée. Ce n’était pas dans les conditions du traité qu’il avait signé avec l’empereur Li Thanh Ton. Celui-ci, avait appris que son vassal manquait à sa parole et levait une armée. Il quitta la capitale du Dong kin, fondit comme un épervier sur le royaume des Chams et, en deux jours d’assaut, s’empara de Vijaya.
C’en était fait de la glorieuse septième dynastie cham. Comme un bufflon attaché au bout d’une corde, le roi Indravarman prisonnier suivit la litière de son vainqueur, l’empereur d’Annam, jusqu’à Thang Long où il perdit la tête, proprement enlevée par l’exécuteur particulier de Li Thanh Ton.

Quatorze ans avaient ainsi passé. On était en l’année de la Grenouille (pour la commodité, nous traduirons par l’an 1070). Kadop avait grandi, ce qu’on peut exprimer en disant qu’il était de la taille de vingt noix de coco. Cette fois, il avait suivi son futur beau-père, mais en palanquin, car on ne pouvait songer à ce qu’il roulât sur les trois mille li du chemin.
Comme il avait vingt-deux ans, les devins se réunirent pour choisir le jour du mariage et déterminer le nombre et la qualité des vêtements, des mets et des invités. C’est là recherche à laquelle on n’attache jamais trop d’importance : sait-on ce qui peut arriver en faisant à la légère un choix qui pourrait mécontenter quelque Génie…
Pendant plusieurs semaines, on battit les forêts pour capturer paons, chevreuils et lièvres destinés au repas de noces. Et l’on dressa des tables pour une ripaille ininterrompue, de cent jours et cent nuits.
Après neuf siècles, on parle encore de ces épousailles, du maître de mariage tout vêtu de bleu qui précédait le cortège, sabrant l’air de grands coups de coupe-court pour éloigner les mauvais Esprits. Derrière lui, marchaient des serviteurs portant sur des plateaux de laque rouge les chiques de bétel rituelles, les quinze mille sapèques offertes par l’Empereur au charron Pan, les vêtements donnés à l’épousée.
Dans un palanquin soigneusement fermé venait ensuite la princesse Reine de Beauté. Qui aurait écarté les rideaux de soie rouge aurait aperçu, piquées sur les revers de sa robe, dix aiguilles disposées là pour coudre le bonheur. Par instants, la Princesse sortait une main fine et semait sur la route des poignées de sel et de riz. Le sel et le riz!… L’essence même de la vie du peuple d’Annam.
Sous l’immense tente bleu et jaune qu’on avait dressée dans la plaine, des femmes se promenaient, un pot de chaux à la main pour chasser les Génies malintentionnés. Des tables étaient dressées où, en silence, on s’assit par quatre autour de chaque plateau. Pendant ce temps, les nouveaux mariés se prosternaient devant l’autel des ancêtres sur lequel on avait disposé des mets dont l’odeur devait nourrir les mânes de la famille.
Durant toute la première journée, les deux pauvres enfants durent servir leurs invités. On n’oublie pas la hiérarchie en Annam, car c’est bien le pays d’une minutieuse étiquette : les mariés servirent le Roi, les princes et les ministres, puis ensuite les parents, les notables et, pour finir, toutes les petites gens qui, depuis des mois, rêvaient de ce repas pantagruélique. La pauvre Mi Nuong sentait ses jambes flageoler sous elle, quoiqu’elle se fût allégée de ses lourds bijoux d’or et de son collier d’ambre à trois tours. Quant à Kadop, en bonne Noix-de-Coco, il roulait d’un bout à l’autre de la tente, poussant avec adresse les plats vers les invités. Ce n’est que tard dans la nuit que les nouveaux époux purent enfin se reposer, boire les coupes d’alcool de riz qu’après la libation la jeune femme renversa l’une sur l’autre en signe que, désormais, le mari et la femme ne feraient plus qu’un.
— Mais comment, sans pieds ni mains, ton mari pourra-t-il t’aider et te protéger ? demanda au troisième jour la Reine Mère à sa fille.
— Mais, Mère, comme tous les autres hommes, je pense… répondit la princesse.
Et elle avoua que, tous les soirs, Kadop sortait de sa coque et qu’il se révélait alors un jeune homme des plus beaux et des plus tendres.
— Il est même plus nacré que moi, ajouta en riant la jeune femme.
Ngoc Hoa et Luc Xuong étaient là qui entendirent cet aveu. Elles n’eurent de cesse qu’elles ne se fussent cachées et qu’elles n’eussent assisté au miracle, admirant le jeune homme, «beau comme la lune de Juin ». Alors, folles de regret et de jalousie, elle se mirent à haïr leur jeune soeur.
C’est bien cent jours et cent nuits que la tente vit nourrir les invités du Roi. « Je ne croyais pas avoir autant de sujets! » disait avec bonhomie le souverain. Mais, à la fin, les invités eux-mêmes, bien que certains fussent revenus trente ou quarante fois à la table, demandèrent grâce. Ils étaient excédés de porc laqué, de canard au sucre, de petits pâtés et de carpes au caramel. Ils n’avaient plus envie que de riz bien grossier et de saumure de poisson. Le Roi avait au moins obtenu ce résultat que son peuple n’enviait plus ceux qui mangeaient à leur faim.

Mais les femmes perdent rapidement de vue ce qu’on leur offre : elles ne rêvent plus que de ce dont on les prive. Mi Nuong se desséchait d’une envie : voir dans le jour son mari sans coque. Comme il se refusait à être homme autrement que la nuit, elle prétexta, un matin, qu’elle avait froid et alluma du feu. Sans que son mari s’en aperçût, elle brûla la coque de Noix-de-Coco.
Plusieurs jours durant, Kadop dut s’envelopper du matin jusqu’au soir dans ses couvertures. Mais sa femme sut lui faire l’aveu de sa faute avec une confusion si gentille qu’il ne put qu’en rire et s’entraîner à vivre le jour sans son enveloppe. Quelle imprudence il commettait et combien il connaissait mal le coeur des femmes!
apparaître les serviteurs que m’envoient mes Esprits protecteurs, recommanda Kadop.
La barque au large, les trois princesses décidèrent de se baigner. Mi Nuong eut tôt fait de rejeter ses vêtements et de plonger, la tête la première. Mais la bague était trop large à son doigt de grande fillette et elle glissa dans la mer. Ngoc Hoa et Luc Xuong aperçurent leur soeur qui, entre deux eaux, cherchait à rattraper le bijou et elles songèrent tout à coup à Kadop qui était en train de dormir sur le rivage. Sans se concerter, elles hissèrent avec précipitation la grande voile, et la jonque cingla vers la terre, abandonnant Mi Nuong.
Il faudrait être un grand poète pour chanter la douleur de Kadop… Le palais retentissait de ses sanglots et au soir, dans les vallées, le vent portait aux villageois les gémissements du veuf. L’Empereur eut beau promettre au jeune homme de l’adopter comme fils aîné pour honorer ses mânes quand il mourrait, les deux princesses vinrent essayer de le consoler, chacune avec l’espoir secret de s’en faire épouser, Kadop n’aimait plus que de mener paître les buffles du souverain, couper des lianes et dépouiller des perches : il pensait au temps où la petite princesse venait lui apporter son riz dans la brousse et ne s’en désolait que davantage. Il ne lui restait même pas l’espoir de se faire assister de ses Esprits, car il ne possédait plus sa bague enchantée.
Mais les histoires ne sont jamais tout à fait tristes !… Mi Nuong avait à temps rattrapé la bague au moment où un poisson vorace allait l’avaler et elle était revenue à la surface, le bijou au doigt. Las! La mer était vide et la côte trop lointaine pour revenir à la nage.
— Esprits de Noix-de-Coco, venez à mon aide, cria-t-elle la bouche déjà pleine d’eau.
Mais, en mer, les Esprits n’étaient pas dans leur royaume et il n’était pas dans leur pouvoir de créer une jonque et des mariniers. Tout ce qu’ils arrivent à faire, c’est de rapetisser Mi Nuong au point qu’elle pût entrer à l’intérieur d’une coquille d’huître.
Et avec beaucoup d’autres huîtres, elle fut un jour ramassée par des pêcheurs. Comme ceux-ci avaient ouvert sa coquille pour en décorer les bordures de leur jardin, Mi Nuong se trouva libérée. Mais elle ne sut probablement pas tourner comme il le fallait le chaton de la bague : toujours est-il que tout ce qu’elle put obtenir, c’est que la table des braves gens chez qui elle était venue échouer fût garnie de mets choisis et de chiques de bétel.
Chaque jour il en fut ainsi, si bien que les pêcheurs étonnés se cachèrent pour voir qui leur apportait une abondance si miraculeuse. Mi Nuong avait beau ne pas être plus grosse qu’une perle, elle fut aperçue, attrapée et longuement admirée, passant de l’un à l’autre au creux des rudes mains. Les pêcheurs attendris virent ainsi qu’elle portait un collier minuscule de grains d’or et aussi que des larmes ruisselaient au long de ses joues. Ils ne surent quoi faire pour la distraire; ils passèrent la nuit à jouer du violon à deux cordes, ils lui apportèrent des poissons étranges aux vives couleurs, ils l’emmenèrent voir battre le paddy : la minuscule princesse paraissait toujours aussi triste.
– Y a-t-il un roi dans ce pays ? demanda-t-elle un jour.
— Certainement, il y en a un. Le plus Grand de tous les Empereurs du monde…
— A-t-il des enfants ?
Alors les pêcheurs lui racontèrent l’histoire des trois filles de l’Empereur dont l’une s’était noyée en plongeant pour rattraper une bague que lui avait confiée son mari.
— Et… (Alors, elle s’arrêta, le souffle coupé.) Et le prince Kadop s’est-il remarié ?
— Les deux autres filles du Roi voudraient bien l’une et l’autre l’épouser, mais, lui, il pleure nuit et jour.
Et tous les assistants purent voir la princesse en miniature qui, les mains croisées sur son coeur, se pâmait de joie.
De ce jour, celle-ci se mit à tisser de ces écharpes bariolées — des dalahs — que les femmes se mettent sur la tête. A mesure que le tissu sortait des mains de Mi Nuong, il s’élargissait. Quand il y eut une centaine de ces dalahs amoncelés dans un coin, la princesse pria la femme du pêcheur d’aller les vendre au Palais royal. Elle lui passa au doigt la bague qui s’élargit aussitôt.
Toute petite dans sa coquille ouverte au soleil, Mi Nuong regarda la femme qui s’éloignait. Dans la chatoyante cargaison résidait tout l’espoir de la princesse.
— Je rie sais qui prier d’entre vous, ô Dieux et Génies, tant vous êtes nombreux mais je fais voeu, si Kadop me retrouve, de sacrifier cent buffles blancs et de brûler chaque jour de mon existence les neuf bâtonnets d’encens… Un pour chacune de mes âmes, ajouta-t-elle en soupirant.
La femme était assise dans l’antichambre de l’Empereur, en train de plier ses écharpes, quand le souverain vint à passer, si triste et si voûté de chagrin qu’on n’aurait pas reconnu dans cet homme accablé le vainqueur des Chams et des Chinois. Le regard de Li Thanh Ton fut attiré par les couleurs brillantes des étoffes et machinalement il se baissa pour les considérer.
— Mais, s’exclama-t-il, il n’y a jamais eu que ma fille Mi Nuong pour tisser de tels dalahs…
Perdue dans ses écharpes brodées de fleurs et d’oiseaux, la femme dut parler toute la nuit. Elle raconta la pêche de son mari et de son frère, elle décrivit l’abondance que connut son humble maison, la découverte d’une minuscule créature « grosse comme une perle » et toujours triste…
A ce moment, Kadop rentra, vêtu en bouvier, la figure sombre. De la porte, il aperçut au doigt de la femme la bague qui brillait.
— Où as-tu volé cela, chienne ? cria-t-il violemment.
Et la femme dut raconter encore une fois l’histoire de la coquille d’huître. Kadop n’attendit pas la fin de la narration, empoigna la femme sous son bras et sauta sur le premier cheval qu’il trouva aux écuries. Toute la nuit, tout le jour et toute une nuit encore, ils galopèrent. Et c’est en trombe que le prince entra dans la maison des pêcheurs, criant : « Mi Nuong, Mi Nuong, trois âmes et neuf Esprits de Vie, Mi Nuong, où ,es-tu ?
Surprise, Mi Nuong chercha où se cacher, car elle avait le coeur qui battait si fort qu’elle ne se sentait pas la force de se faire reconnaître de son mari avec tant d’émoi dans l’âme. Elle ne vit qu’une vieille noix de coco vide qui servait à prendre de l’eau dans la jarre et elle s’y blottit.
Mais Kadop avait repris sa bague : aussi ses Esprits protecteurs le conduisirent-ils devant la
cachette d’où, entre le pouce et l’index, il sortit avec précaution sa minuscule épouse.
Heureusement, dis-je, qu’il avait sa bague. Cela permit à Mi Nuong de retrouver en une seconde sa taille et de se jeter au cou de son époux. Jamais le Ciel et tout ce qu’il contient, jamais les forêts et les mers ne furent témoins d’une si grande joie. On ne peut que se taire en l’évoquant et attendre que l’émotion soit dissipée.
Les gens heureux n’ont pas de rancune. Tout de même, le prince et Mi Nuong n’eurent de bonheur calme que lorsqu’ils eurent éloigné les deux princesses. On maria celles-ci bien loin de la capitale et elles s’estimèrent heureuses que le bonheur du prince eût été plus fort que sa rancune.
Mais Mi Nuong était espiègle. Ayant appris de son mari à se servir de la bague, souvent elle s’emparait du bijou pendant que le prince dormait et elle s’amusait à redevenir petite comme une perle. Alors, elle se cachait dans une noix de coco vide et riait comme une folle jusqu’à ce que son mari l’eût retrouvée. Kadop –qui, on s’en souvient, était né sous le signe du Crabe — avait par cela même le pouvoir de se servir de ces animaux. Il en prenait quelques-uns et les lâchait dans la chambre : on entendait aussitôt des cris perçants et l’on voyait sauter hors d’une noix la princesse, tout effrayée à l’idée de se sentir saisie par la taille entre deux pinces dentelées.
Quand un Annamite entend du bruit au sommet d’un cocotier, il ne manque jamais de lever les yeux. Il aperçoit des crabes de terre qui grimpent au long du tronc et vont, d’un coup de pinces, détacher toutes les noix jusqu’à ce que la dernière soit tombée à terre.
— Ah! ce n’est rien, dit-il en souriant d’un air entendu. Ce ne sont que les crabes de Kadop qui cherchent où s’est cachée l’espiègle princesse Mi Nuong…

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Présentation de WAM TOUR

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