La préface du livre de Pierre Loti : Un Pèlerin d’Angkor

Garcia 4

À MONSIEUR PAUL DOUMER
Cher ami,
Vous gouverniez là-bas – et avec quelles facultés
merveilleuses ! – la dernière fois que j’y suis allé. Je dois à votre
hospitalité exquise d’avoir pu, en très peu de jours, pénétrer jusqu’à
Angkor ; veuillez donc accepter la dédicace de ce récit, comme
un témoignage de mon affectueuse reconnaissance, et aussi de
mon admiration.
Et puis, pardonnez-moi d’avoir dit que notre empire
d’Indochine manquerait de grandeur et surtout manquerait
de stabilité, quand vous avez travaillé, si glorieusement et
pacifiquement, pour lui assurer de la durée ! Que voulez vous,
je ne crois pas à l’avenir de nos trop lointaines conquêtes coloniales. Et
je pleure tant de milliers et de milliers de braves petits soldats, qu’avant
votre arrivée nous avons couchés dans ces cimetières asiatiques, alors
que nous aurions si bien pu épargner leurs vies précieuses, ne les risquer que pour les suprêmes défenses de notre cher sol français…
PIERRE LOTI.